‹ Métamorphoses mœurs et instincts des insectes (insectes, myriapodes, arachnides, crustacés)Chapitre 81 sur 174 · LE NID DE LA CHALICODOME DES MURS, DÉTACHÉ ET VU À L'INTÉRIEUR · texte numérisé non relu

LE NID DE LA CHALICODOME DES MURS, DÉTACHÉ ET VU À L'INTÉRIEUR

à son mur appliquer cette première quantité de ciment. Le même manége se renouvelle nombre de fois ; enfin la masse de mortier étant jugée suffisante pour commencer le travail, la Chalicodome se met à gâcher sa terre, et si bien elle la pétrit en l’humectant de salive, que, dans l’espace d’une journée, une première cellule est construite. Mais cette cellule reste ouverte sur une certaine étendue, l'Hyménoptère y a pénétré plusieurs fois pour en lisser les parois. À ce moment, un autre soin doit l’occuper, il s'agit de procéder à l’approvisionnement de cette loge. La Chalicodome a récolter sur les fleurs miel et pollen; l'un avec l’autre est

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mêlé, et il en résulte la pâte sucrée qui constitue la nourriture de toutes les larves d’Apides. La provision étant complète et rem— plissant presque en entier la cellule, un œuf est déposé. Notre Hyménoptère mure cette loge, et tout aussitôt se met à en construire une seconde tout auprès, puis une troisième, et ainsi de suite jusqu'à ce qu'il y en ait huit, dix, douze ou même davantage. Ces loges sont placées assez irrégulièrement et ne sont pas en même nombre dans tous les nids. Toutes les cellules construites, approvisionnées et hermétiquement closes, le travail n'est pas encore achevé; l'Hyménoptère façonne une couverture générale, une sorte de toit pour lequel il recueille des graviers plus gros que ceux qui sont entrés dans la composition du mortier destiné à la fabrication des cellules. La paroi exté— rieure du nid se trouve avoir une épaisseur énorme et la dureté prodigieuse dont nous avons parlé et qui n'est pas le caractère le moins curieux de ce genre de construction. Les larves vont vivre dans l'abondance, ef, autant qu'il est possible de l’imaginer, à l'abri du danger. Au terme de leur croissance, elles s'emprisonnent encore dans une coque d'un tissu papyracé et comme vernissé. Leur transformation en nymphe s'effectue et les Insectes adultes éclosent. Comment pourront sortir de leur demeure les nouvelles Chalicodomes? Parviendront-elles à percer ce ciment plus dur que la pierre, et que les coups de marteau ne brisent pas toujours ? On l’a cru, et Réaumur tout le premier ; mais c'est une erreur. Tout est prévu pour ne pas donner de peines infinies aux Abeilles maçonnes voulant venir à la lumière. Quand la voûte du nid a été construite, une échancerure a été ménagée au bord inférieur, au voisinage d’une cellule, de celle dont l'habitant est destiné à sortir le premier : c'est une sorte de porte simplement masquée par une terre assez friable. L'instinct de l’architecte confond notre raison, et cet architecte n’o— béit-il en toutes circonstances qu'à un instinct aveugle? Lui, si attentif à choisir et son emplacement et ses matériaux, paraissant

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à chaque instant examiner l'état de son travail, agit-il comme la machine montée, exécutant son mouvement uniforme ? Que l’on en juge par plusieurs faits de l’histoire de notre Chalicodome. Possédant exclusivement des facultés instinctives, elle devrait accomplir toujours le même travail, le commencer et le finir de la même façon. Ce n’est pas ce qui a lieu. Des nids plus ou moins délabrés, contenant à l'intérieur des coques abandonnées, des dépouilles de nymphes, ayant les parois des cellules plus ou moins brisées, restent attachés aux murailles. Des Chalicodomes, dans leurs explorations, reconnaissent ces vieux nids, et ne manquent pas alors de s’épargner leur besogne habituelle en en prenant possession. Elles ont donc compris qu'elles s'éviteraient beaucoup de fatigues. Un pareil sentiment ne saurait être mis au compte de l'instinct. Ce n’est pas tout, cependant. Lorsqu'une Abeille maçonne s'empare ainsi de ce que nous appellerions une masure, s'il s'agissait d’une habitation construite par la main des hommes, elle est obligée de se mettre à un genre de travail bien différent de celui de l’Insecte qui bâtit son nid de toutes pièces. Il lui faut procéder à un nettoyage intérieur, enlever les débris des coques, les dépouilles de larves et de nymphes et toutes les saletés possibles. Il lui faut ensuite réparer les brèches, boucher les ouvertures ; en un mot, se rendre compte de la situation des détails et de l’ensemble. Peut-on estimer qu'aucun raisonnement n’est nécessaire en telle occurrence ?

Il y a mieux encore; il arrive parfois qu'une Abeille maçonne paresseuse songe à voler autrui; elle pénètre dans le nid en construction d'un autre individu, et, trouvant l'endroit à son gré, cherche à s’y maintenir par la force.

Réaumur a bien tracé d’après l’étude d’un autre naturaliste ce côté curieux des mœurs de la Chalicodome des murs.

« Ces observations, dit-il, nous apprennent de plus que l’esprit » d'injustice ne nous est pas aussi particulier qu'on le croit;

» qu'on le trouve chez les plus petits animaux comme chez les » hommes; que, parmi les Insectes comme parmi nous, on veut » usurper le bien d'autrui et s'approprier ses travaux. Pendant » qu'une Mouche étoit allée se charger de matériaux pour ajou- » ter ce qui manquoit à une cellule, M. du Hamel a vu plus » d’une fois une autre Mouche entrer sans façon dans cette cel- » lule, s'y tourner et retourner en tous sens, la visiter de tous » côtés, travailler à la ragréer comme si elle lui appartenoit. La » preuve qu'elle le faisoit à mauvaise intention, c'est que quand » la vraye maitresse arrivoit chargée de matériaux, la place qui » lui étoit nécessaire pour les mettre en œuvre ne lui étoit point » cédée par l’autre; elle étoit obligée de recourir aux voyes » violentes pour se conserver la possession de son bien; elle » étoit forcée de livrer un combat à l’usurpatrice, qui étoit » prête à le soutenir. »

Avec un peu de patience chacun peut voir aisément les faits que nous venons de rapporter au sujet des Chalicodomes, et se procurer un agrément fort instructif. Rien n’est plus digne des méditations du philosophe que ces manifestations de l'instinct et de l’intelligence des petits animaux, que ces actes de leur part, qui, parmi les hommes, seraient jugés les uns louables et les autres méprisables. Des individus d’une même espèce, chez les Hyménoptères industrieux, semblent n'avoir pas tous les mêmes penchants : les uns, courageux, travaillent honnêtement; les autres, paresseux, préfèrent ne pas travailler, et accaparer, soit par la ruse, soit par la force, la propriété d'autrui. Restera-t-il longtemps encore des gens assez ignorants pour voir dans les animaux de véritables machines, et ne rien comprendre à la grandeur de la création ?

Ces réflexions seraient à leur place dans une foule de chapitres de l’histoire des animaux; elles se présentent ici naturellement, parce que le sujet est l’un des mieux connus et l’un des plus faciles à connaître pour quiconque veut s'instruire.

D'autres espèces de Chalicodomes, et notamment la Chalicodome de Sicile (Chalicodoma sicula), bâtissent leurs nids sur les branches d'arbres ou autour des tiges.

Les véritables Osmies se donnent infiniment moins de travail que les Chalicodomes ; s’établissant dans des trous de murailles, de talus où même dans le bois, elles n’ont à fabriquer qu'une très-petite quantité de mortier pour les parois de leurs cellules,

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