‹ Métamorphoses mœurs et instincts des insectes (insectes, myriapodes, arachnides, crustacés)Chapitre 82 sur 174 · L'OSMIE DORÉE ET SON NID · texte numérisé non relu

L'OSMIE DORÉE ET SON NID

(Osmia aurulenta).

toujours bien polies à l’intérieur. Quelques Osmies s'emparent parfois de toute cavité qu'elles rencontrent. En Algérie, des coquilles d'Hélices dont le propriétaire n'existe plus, sont sou— ventchoisies par quelques-uns de ces Hyménoptères pour berceaux . de leur postérité. Avec de la terre et de la bouse de vache, l'Insecte construit ses cellules dans la coquille de l'Hélice.

Il est des espèces qui préfèrent le bois : l'Osmie dorée (Osmia

aurulenta) recherche des tiges sèches de la Ronce, les évide, puis construit ses cellules les unes à la suite des autres avec une petite quantité de mortier. Ici le travail est bien simple, si on le compare à celui de la Chalicodome des murs et de tant d'autres Apides.

Autrefois il y avait des villages entiers où les habitations étaient couvertes de chaume. Toute une végétation poussait sur les toits des maisons rustiques, des Insectes y trouvaient des établissements commodes. Ceux dont les souvenirs peuvent remonter à trente ans en arrière, n’ont pas oublié ces charmants hameaux si simples et si pittoresques avec leurs chaumes moussus ; ceux qui observent de près se souviennent que souvent chaque brin de chaume des humbles toitures était le berceau d'une nombreuse famille. Les maisons couvertes en chaume ont beaucoup diminué, mais il y en a encore, il y a les granges. Des Osmies de petite taille, caractérisées par de longues mandibules étroites et échancrées à l'extrémité comme par leurs palpes maxillaires de trois articles, trouvent des galeries commodes dans la paille fixée dans une situation horizontale. On les appelle des Chélostomes : leur taille est bien minime, puisqu'un fétu de paille est pour eux une spacieuse galerie. Le petit Hyménoptère a des mandibules admirablement construites pour entailler cette paille. Il évide bien proprement l'intérieur, et cette première besogne faite, il s’en va comme les autres Osmies à la recherche des matériaux nécessaires à la fabrication du mortier. Dans ce brin de chaume, il y aura une suite de loges bien maçonnées. Tout ce travail du Chélostome, la maçonnerie, l'approvisionnement des cellules, n’ont rien de plus extraordinaire que les travaux des autres espèces du même groupe, mais ici cependant tant d’habileté, tant de sollicitude maternelle de la part d’un Insecte pour lequel le tuyau d’une paille est une galerie dans laquelle s'élèvent des murailles, impressionne davantage. Du côté matériel, c’est l’exiguité qui porte au dédain;

LES HYMÉNOPTÈRES. h29

du côté où l'on sent l'intervention d’une intelligence suprême, c’est la grandeur qui porte à l'admiration.

Et puis il n'est pas sans charme de voir au village cette pauvre demeure d’une petite famille humaine, qui est la demeure de centaines de familles d'êtres dont la présence n’est pas même soupçonnée, familles où les mères sont laborieuses et pleines d'une sollicitude sans pareille, quand il s’agit d’assurer le sort d'une postérité qu’elles ne verront jamais.

Les Chalicodomes, les Osmies, sont certes des Insectes fort habiles, mais encore n’ont-ils pas les raffinements que nous offrent les Mégachiles, les Anthocopes, les Anthidies.

Les Mégachiles, leur nom fait allusion à la grande longueur de leurs mandibules, ont été appelées par Réaumur, les Coupeuses de fewlles. Ces Hyménoptères, en effet, coupent les feuilles; des mandibules pourvues de quatre dents parfaitement tranchantes leur ont été données pour cet usage.

La plus répandue des Mégachiles est la Centunculaire (Megachile centuncularis) ; c’est elle qu’il faut voir à l’œuvre. Elle vole dans les jardins, mais on la remarque peu. Plus petite qu'une Abeille, noire, avec des poils roux sur le thorax, un duvet blanc sur la têle, un duvet semblable formant un liséré aux trois premiers anneaux de l'abdomen chez la femelle, à tous les anneaux chez le mâle, rien dans cette humble apparence ne permet de soupçonner un être doué des plus curieux instincts.

Dans la terre battue, notre Mégachile creuse un trou perpendiculaire, et après avoir atteint une profondeur de quelques centimètres, elle pratique une galerie horizontale d’une assez grande longueur. C'est l'endroit destiné à l'établissement des cellules. Jusqu'ici rien d'extraordinaire, ce sont les procédés de la plupart des Sphégides, des Crabronides, des Apides solitaires, ete., et l'on pourrait simplement s'attendre à voir s’élever dans la ga lerie des cloisons de terre pour former des loges particulières. Notre Hyménoptère fait tout autre chose. Se transportant sur les

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Rosiers, il se pose sur le bord d’une feuille, soit en dessus, soit en dessous, et coupe un assez large morceau de cette feuille avec ses mandibules, comme on le ferait avec une paire de ciseaux. L'Insecte va très-vite : en le voyant cramponné à la portion de feuille qu'il veut détacher, on s’attendrait à le voir tomber avec son fardeau au moment où le morceau va être entièrement coupé; il n’en sera rien, car il agite déjà ses ailes, et, dès que la pièce ne tient plus, il s'envole, la tenant entre ses pattes et ses mandibules. La Mégachile coupera ainsi dix, douze morceaux de feuilles de taille inégale, et les transportera au fond de sa galerie, Avec une merveilleuse habileté, elle contourne les différentes pièces, sans doute en les appuyant contre les parois de sa galerie, elle les imbrique les unes avec les autres, les superpose, et confectionne ainsi une sorte de godet dont le fond est un peu plus étroit que l'orifice, et qui, pour la forme, est comparé, à juste titre, à un dé à coudre. Les divers morceaux de feuilles ne sont nullement collés ; mais leur ajustement est si parfait, qu'ils se maintiennent sans difficulté et se pressent d'autant mieux que s'opère la dessiccation. Hé bien, ce joli godet, profond de 8 à 10 millimètres, est une cellule, une loge pour une larve de la Coupeuse de feuilles.

L'Hyménoptère approvisionne sa loge avec la pâtée ordinaire composée de miel et de pollen, puis il pond un œuf. [l ne s'agit plus que de murer la loge : les feuilles de Rosier donneront encore les matériaux de la elôture. La Mégachile va couper un morceau bien circulaire du diamètre convenable, et vient l'appliquer sur l’orifice du godet, poussant suffisamment son bord contre les parois de la loge pour que la fermeture soit complète. Cependant notre intelligente ouvrière ne s'en contente pas, le miel s'écoule facilement par un espace étroit; elle va encore tailler au moins deux opereules semblables au premier, pour renforcer celui-ci. Les petits godets de la Mégachile sont clos ainsi par trois couvercles superposés, quelquefois par quatre.

race 430,

IMPR, DE E, MARTINET

LIBRAIRIE GERMER BAILLIÈRE

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