‹ Métamorphoses mœurs et instincts des insectes (insectes, myriapodes, arachnides, crustacés)Chapitre 83 sur 174 · À i Se TE NRC TT PATES Er · texte numérisé non relu

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LES HYMENOPTÈRES. u31

Une seconde cellule est construite de la même manière, dont le fond se loge dans l'ouverture de la première, et ainsi de suite d’une troisième, d'une quatrième, etc. On trouve ordinairement une série de huit ou dix de ces jolies petites loges, offrant à l'extérieur l'aspect d’un long tuyau. Nous tenons du docteur Sichel, auquel on doit nombre d’intéressants travaux sur les Hyménoptères, les nids de la Mégachile représentés sur la planche voisine.

Quand la Coupeuse de feuilles a achevé l’approvisionnement de toutes les cellules qu'elle a construites, elle mure son trou avec la terre rejetée au dehors, et elle le ferme si bien, qu'il est presque impossible d'en apercevoir la trace.

Réaumur, qui a décrit avec son exactitude ordinaire les habitudes de la Mégachile, raconte au sujet des nids de cet Insecte une jolie historiette. « Dans les premiers jours de juillet 1736 », dit-il, «le seigneur d’un village proche des Andelis vint voir M. l'abbé

» Nollet accompagné entr’autres domestiques d’un jardinier qui © » avoit l'air fort consterné. Il s’étoit rendu à Paris pour annoncer » à son maitre qu'on avoit jeté un sort sur sa terre. Il avoit eu » le courage, car il lui en avoit fallu pour cela, d'apporter les » pièces qui l'en avoient convaincu et ses voisins, et qu’il eroyoit » propres à en convaincre tout l'univers. IL prétendoit les avoir » produites au curé du lieu, qui n’étoit pas éloigné de penser » comme lui. À la vue des pièces, le maitre ne prit pourtant pas » tout l’effroi que son jardinier avoit voulu lui donner; s’il ne » resta pas absolument tranquille, il jugea au moins qu’il pouvoit » y avoir du naturel dans le fait, et il crut devoir consulter son » chirurgien : celui-ci, quoique habile dans sa profession, ne se » trouva pas en état de donner des éclaircissements sur un sujet » qui n'avoil aucun rapport avec ceux qui avoient fait l'objet de » ses études; mais il indiqua M. l'abbé Nollet comme très- » capable de décider si l'histoire naturelle n’offroit point quelque » chose de semblable à ce qu'on lui présentoit. Ce fut done sa

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» réponse qui valut à M. l'abbé Nollet une visite qui a servi à » m'instruire. Le jardinier ne tarda pas à mettre sous ses yeux »ces rouleaux de feuilles qu'il n’avoit pu soupçonner être faits »que par main d'homme, et d'homme sorcier. Outre qu'un » homme ordinaire ne lui sembloit pas capable d'exécuter rien » de pareil, à quoi bon les eût-il faits, et à quel dessein les eùt-il » enfouis*dans la terre de la crête d’un sillon : un sorcier seul » pouvoit les avoir placés là pour les faire servir à quelque ma- » léfice. » L'abbé Nollet assura le brave homme que ces jolis ouvrages étaient faits par des Insectes, et comme preuve, il tira un gros ver de ces rouleaux. « Dès que le paysan l’eut vu », poursuit Réaumur, «son air sombre et étonné disparut : un air de » gayeté et de contentement se répandit sur son visage, comme » s’il venoit d'être tiré d’un affreux péril.» La visite finie, l'abbé Nollet n’eut rien de plus pressé que d'apporter à Réaumur les rouleaux qu'il avait eu soin de retenir, et les jolis rouleaux devinrent le sujet d’un beau mémoire.

On nous assure que notre Coupeuse de feuilles du Rosier, se trouvant en quelques endroits de la Russie où n'existe pas de Rosiers, fait son nid avec des feuilles de Saules ou d’Osiers. Uné espèce de Mégachile (M. pyrina) choisit des feuilles de Poirier, une autre (M. cincta) des feuilles de Bourdaine.

D’autres Osmiines voisines des précédentes, mais faciles à distinguer à leurs mandibules tridentées et à leurs palpes de quatre articles, ont encore de plus grands raffinements dans la confection de leurs cellules : ce sont les Abeilles tapissières de Réaumur ; pour les naturalistes modernes, les Anthocopes ou les Coupeuses de fleurs. L’Anthocope du Pavot (Anthocopa Papavenis), qui est assez commune dans notre pays, est une petite espèce velue, noirâtre, avec du duvet blanc au bord des anneaux de l'abdomen. La femelle creuse dans les terrains secs et arides des trous perpendiculaires d’une profondeur de quelques centimètres. Le tuyau achevé, ses parois rendues bien unies, la première partie

LES ANTHOCOPES ET LEUR NID (Anthocopa Papaveris).

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du travail seule est faite ; il s’agit maintenant pour l'Anthocope de poser les tentures, et quelles tentures ! les plus délicates, les plus somptueuses que l'on puisse imaginer. Les pétales des fleurs de Coquelicot doivent en faire les frais. La petite Abeille solitaire va done aux champs et coupe des morceaux de pétales des Coquelicots les plus frais, les plus nouvellement épanouis. L'Insecte emporte sa pièce d’étoffe : celle-ci, introduite dans le trou, se trouve un peu chiffonnée, mais notre fapissière sait s'y prendre; l'appliquant contre la paroi, elle l'étend de façon qu'il ne reste pas un pli. Pour que la tapisserie forme une paroi un peu résistante, l'Anthocope superpose successivement trois ou quatre pièces d’étoffe, et de cette façon se 'ouve constitué un joli petit godet capable de recevoir la pâtée miellée. La cellule approvisionnée, l'œuf pondu, il ne s’agit plus que d'opérer la clôture. lei encore l’industrie du petit Hyménoptère commande l'admiration; il ne faut pas que la terre qui va servir au remblai puisse entrer dans la loge. L'Insecte commence donc par replier la partie supérieure des morceaux de Coquelicot, procédant absolument comme nous procédons lorsque nous voulons fermer un sac. Getle opération faite, la terre est poussée de manière à combler le trou et à ne laisser aucune trace extérieure de la présence du joli nid. L'Anthocope construit ainsi autant de loges isolées qu'elle a d'œufs à pondre; on voit par là que sa vie est bien occupée. Les habitudes des Osmiines sont si variées et toujours si curieuses, qu'on voudrait esquisser l’histoire de chaque espèce. Citons encore les Atithidies, moins velues que les autres Osmies et ornées de taches et de bandes jaunes ou roussâtres, et, surtout aractérisées par leurs palpes maxillaires très-petits, formés d'un seul article. Ces charmants Hyménoptères ont aussi des délicatesses particulières dans la construction de leurs nids. Ds les établissent au pied des arbres, ou dans des fissures de rochers, édifiant près les unes des autres douze ou quinze cellules avec un fin duvet, et notamment avec la bourre recueillie sur les fruits des

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Molènes où Bouillons-blanes. Certaines espèces du même genre fabriquent leurs cellules avec de la cire, mais jusqu'ici nous ne savons pas bien si cette matière est produite comme chez les Abeilles.

Les espèces d’une tribu de la famille des Apides, les Andrénines, se distinguent de tous les autres représentants de la famille par leurs mâchoires et leur lèvre inférieure fort courtes. Ce sont des Hyménoptères d'une forme plus élancée que les Osmies, que les Anthophores, que les Abeilles, ayant les jambes postérieures couvertes de longs poils servant à la récolte du pollen.

Les véritables Andrènes, qui, avec le premier article des tarses très-court, ont des antennes longues et les ocelles disposés en triangle sur le front, se contentent d'établir des cellules en creusant la terre dans les endroits bien exposés au midi. Les Halictes, ayant les ocelles placés sur une ligne courbe, les antennes beaucoup plus longues dans les mâles que dans les femelles, l'abdomen ceinturé par une bordure à chacun des anneaux, se comportent comme les Andrènes. D'intéressantes observations ont été faites à leur sujet, il y x juste un demi-siècle, Dis Walckenaer.

Les Dasypodes, Andrénines remarquables par le premier article de leurs tarses fort long et tout couvert de poils, et par leurs antennes arquées dans les mâles, creusent des trous profonds le long des sentiers. L'espèce la plus commune dans une grande partie de l'Europe centrale (Dasypoda hirtipes) fait d’ordinaire sa récolte de pollen sur les plantes de la famille des Chicoracées, avec une extrême rapidité, à l’aide des grands poils qui garnissent son corps et surtout ses pattes postérieures. Des Hyménoptères de la même division, chez lesquels le premier article des tarses postérieurs, tout en étant très-long, est dégarni de poils, les Collètes, confectionnent des cellules avec une substance particulière. La Collète hérissée (Colletes hrta), longue de 12 à 14 millimètres, noire et hérissée de poils roides d’un roux

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brun, ayant creusé un tube, ou ayant pris possession:d'une cavité à sa convenance, dégorge une sorte de gomme liquide qui, se solidifiant à l'air, prend l'apparence d’une membrane. L'Insecte emploie cette substance à fabriquer ses loges, et comme il en place plusieurs à la suite les unes des autres, les nids ressemblent à de petits cylindres. On sait peu comment se fabrique cette substance dégorgée par la Collète ; sans doute à l’aide de certaines matières végétales triturées et plus ou moins modifiées par la salive.

Des Apides solitaires, dont les mâchoires et la lèvre inférieure sont fort longues, dont les jambes postérieures sont dilatées en forme de palette, dont le premier article du tarse, également élargi, est garni d’une brosse en dessous, constituent l'imtéres— sante tribu des Anthophorines. Dans cette division, les espèces, en général d’assez forte taille, sont extrêmement nombreuses. Beaucoup d’entre elles, habitant les régions intertropicales, n’ont pas été observées dans leurs travaux, mais plusieurs de nos espèces indigènes ont été bien étudiées.

Pendant l'été, tout le monde remarque dans les jardins, dans la campagne, le Xylocope violet (Xylocopa violacea), \' Abeille percebois, l'Abeïlle charpentière de Réaumur, gros Hyménoptère d'une taille au moins égale à celle de nos plus grands Bourdons, au corps entièrement noir, velu, avec les ailes violacées. Le Xylocope, voulant édifier son nid, se met à la recherche de branches mortes ou de pièces de bois qu’il pourra creuser sans de trop grandes difficultés. Notre gros Hyménoptère, ayant fait son choix, pratique un trou; travail long, pénible, si le bois est dur, pour l’Insecte obligé de ronger chaque parcelle avec ses mandibules. L'opération peut demander plusieurs semaines, un trou de Xylocope ayant souvent la profondeur de 30 à 35 centimètres. Mais si l'Abeille perce-bois a rencontré une galerie pratiquée dans un arbre, dont les habitants ont disparu, si elle trouve même un tube quelconque d’un diamètre convenable, elle s'en

empare. Dans tous les cas, une fois le local acquis, l’Hyménoptère établit ses cellules, en fabriquant des cloisons avec de la sciure de bois qu’elle agglutine au moyen de sa salive,

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