CHAPITRE VI
l'acte de séparer et l'acte de nommer.
1. — Maichant en avant désormais avec cette armé nouvelle, la Raison, à la synthèse et à la conquête du multiple sensible, le sujet, maintenant conscient-de soi.
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découvre bientôt que le secret de son pouvoir consiste dans Tacte primaire de séparer, de déterminer par l'intermédiaire d'une négation, dont nous avons montré plus haut le processus. Par Pacte de séparer les phénomènes, les totalités offertes dans Tattuition qui, pour l'œil du sens, constituent cette chose ou cette autre, il poursuit, pour la Connaissance, Toeuvre de séparation qui a déjà été visiblement achevée au dehors par la constitution d'une multiplicité de choses au lieu d'une seule vaste chose emplissant tout. La différenciation d'un arbre d'avec une pierre et d'une pierre d'avec un animal, a déjà été opérée /?oi/r l'œil de l'attuition passive (comme dans le cas des animaux). Lorsqu'entre en scène le pouvoir de différencier activement la nature et de découvrir ses différenciations moins saillantes, le sujet commence à parcourir une carrière dans laquelle, sans repos, infatigable, il absorbe tout [all-devouring]. Il sépare et saisit dans une s)niopsis les totalités de simple attuition et ainsi les perçoit, chaque totalité comme une] il sépare et saisit les éléments qui entrent dans ces totalités, chaque élément comme un ; il saisit la connaissance résultante comme telle, et ainsi, ayant réussi une fois, s'enflamme du désir de connaître: il saisit le processus par lequel il saisit; il se saisit luimême; il saisit l'acte de se saisir lui-même, et il ne tombe vaincu qu'aux portes de l'absolu et de l'indifférenciable.
2. — Cette raison- Volonté est le pouvoir de maintenir présent à la conscience, et de subsumer à la conscience, ce qui est non-soi. Le [phénomène] séparé, elle le maintient devant elle comme [phénomène]
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affirmé, « connu ». Le [phénomène] présenté, elle le maintient de même devant elle comme [phénomène] séparé; elle maintient de même le présenté, après quil a disparu de la vision, sous forme de représenté. Cet acte de connaître, cet acte d'affirmer fortifient aussi l'impression faite sur la conscience attuitionnelle nônralionnelle, en même temps qu'ils purifient cette impression en l'élevant jusqu'à la Perception.
5. — La séparation du présenté individuel le maintient toujours dans une relation négative aux autres présentés dont il fest séparé ; mais ces autres présentés ont le caractère subconscient d'attuits; par exemple, je sépare et perçois la solidité d'un sabot de cheval, mais tandis que je fixe mon es'pfit sur cette caractéristique, le reste de l'animal m'est présent; mais seulement à Vétat d'attuit.
4. — Pour compléter son acte d'affirmation, la Volonté se trouve forcée, copime il a déjà été expliqué, d'extérioriser son acte et de rechercher une forme sensible ou matérialisée — les mots. Non revêtues de formes, que ce soient des mots ou des signes, les appréhensions sont à peine dignes du nom de percepts, car elles n'ont jamais bien franchement émergé hors de la sphère non-rationnelle de l'attuition. Jusqu'au moment où nous nommons, nous ne faisons, pour nous servir d'une phrase de Montaigne, que « lécher l'embryon . sans forme de nos pensées ». De même que l'être d'une chose ne s'achève que dans son extériorisation matérielle, de même la perception ou pensée d'une chose ne s'achève que dans son extériorisation sensible ou sa fixation en sons que l'on peut entendre. La
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Volonté, lorsqu'elle applique sa force à connaître, ne se tient pas pour satisfaite du simple acte de connaître, mais elle poursuit son œuvre jusqu'à ce qu'elle se satisfasse et se complète en projetant dans la sphère sensible sa perception achevée.
5. — Mémoire. Tout ce que nous arrachons à l'expérience s'incarne en langage. L'homme de génie est celui qui peut nous faire don de quelque nouvelle conquête. Le percept se sensualise ainsi en un son articulé et, comme tel, retourne à la conscience en qualité de recept, et, de cette manière, une puissance [basis] de réminiscence attuitionnelle (en tant que distincte du ressouvenir [recollection]) se forme pour les percepts comme tels, ndti moins que pour les sensations et les attuits.
6. — Le fait de là Volonté donne aussi l'explication du Souvenir [ Recollection | en tant que distinct de la simple Réminiscence, cette dernièçe étant déterminée complètement par l'association naturelle. La Volonté fortifie, en V affirmant y l'objet dans la conscience; et lorsque le besoin s'en fait sentir, elle se met en mouvement et va à là recherche de la conscience passée. Le Souvenir est la réminiscence animale plus la Volonté. En tant qu'il est Volonté, il est un acte pur; la Réminiscence appartient à la conscience réceptive et attuitionnelle de l'homme. En tant que la mémoire d'un chien diffère de celle d'un homme, cette différence est due simplement à l'absence de la Volonté.
7. — La Volonté, le sujet conscient en tant que voulant, n'a pas seulement le pouvoir de rappeler les percepts passés et de donner, grâce à la base physique
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de la vie au sein de laquelle elle se trouve enveloppée, une forme sensible dkns le langage à son acte propre, mais en son libre mouvement elle peut même suspendre sa propre activité et ramener le sujet à un état d'attuition. Tels sont le rêve éveillé et la rêverie. Il y a j:)roduction involontaire de cet état dan$ ces conditions physiques que nous connaissons sous, le nom de sommeil. Dans le rêve éveillé, la rêverie ou le sommeil, des mouvements sans conscience-de soi se poursuivent avec plus ou moins d'intensité selon le degré de vitalité (quelque sens que puisse avoir ce mot) du sujet. Le sujet non-rationnel ou animal se trouve toujours dans cette condition de subconscience-de soi dans laquelle l'homme n'entre qu'occasionnellement; et la différence entre le rêve éveillé d'un homme et la conscience d*un chien semble être que, chez le premier, il y a un arrière-fond de Volonté existante, quoique presqu'entièrement suspendue, et qu'en lui la condition d'attuition embrasse nécessairement les percepts passés aussi bien que les recepts et les attuits. Ce jeu non réglé du sujet non conscient-de soi peut être appelé un jeu de représentation ou d'imagination dans le sens primaire de ce dernier mot. Des affinités cachées entre les représentés, peuvent alors se révéler fréquemment d'elles-mêmes, et de vastes suggestions ainsi que des vues plus larges sur la vie et sur les possibilités de la conscience peuvent parfois être le fruit de cette suspension de la Raison. Ses abus possibles sont manifestes, mais les bienfaits qu'elle apporte en enrichissant le sol de l'esprit sont incontestables. L'on peut même dire que, en cette action latente de la Raison, nous partiel-
6o La Sensation et la Perception.
pons plus pleinement de Tintelligence universelle, et que, perdant ce qui est individuel, nous devenons partie du Tout. C'est dans cette direction que se trouve la porte du temple du mysticisme.