LA SENSATION ET LA PERCEPTION
L'Attuition,. comme simple réceptivité plus ou moins réflexivement coordonnée, est la Sensation dans Tacception philosophique usuelle de ce terme, mais la sensation sous sa plus haute forme. La doctrine courante sur Torigine et le processus de la connaissance et sur les espèces primaire et secondaire de la connaissance du sensible oblige à tenter d'établir une distinction entre la Perception proprement dite et la Sensation proprement dite, et de montrer où finit Tune et commence Tautre.
A suivre les théories régnantes de la connaissance, aucune distinction réelle n'est possible entre les deux, si les partisans de ces théories sont conséquents avec eux-mêmes. Tout au plus peuvent-ils dire que la sensation finit où finit le processus grâce auquel le sujet réceptif est atteint par l'objet; et qu'à ce point là précisément, la perception commence. Mais c'est là simplement une façon commode de parler, par laquelle on marque, sans l'expliquer ou la justifier, une différence sentie, d'une espèce ou d'une autre. Même prétendre
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que la perception et la sensation sont en raison inverse Tune de Tautre, c'est simplement énoncer, d'une manière encore plus expressive, qu'il existe quelque différence sentie et signaler des caractéristiques des phénomènes psychologiques qui ont leur valeur en ellesmêmes comme faits observés (s'ils sont vrais), et peuvent aider peut-être à révéler le fondement de la relation que ces phénomènes soutiennent à l'égard l'un de Pautre. Est-ce que, après tout, cette soi-disant « loi » du rapport inverse est une proposition soutenable dans les théories ordinaires de la connaissance? Si la perception n'est qu'une résultante de la sensation (n'est que cet état dans lequel la sensation devient un objet distinct pour la conscience), il semblerait bien plutôt s'ensuivre que, plus le degré de la sensation est intense, plus la perception doit être intense : si, bien entendu, il y di perception à un degré quelconque.
La vraie relation phénoménologique de la sensation et de la perception, et leur distinction que met en lumière cette relation phénoménologique, ont déjà été exposées. La sensation proprement dite diffère de la Perception en ceci, que, dans la première, l'Objet saisit le Sujet (pour ainsi dire parler), le stimule à une action réflexe, processus qui est celui par lequel est senti l'objet et, par là même, le sujet. Le sujet est, pour ainsi dire, dans les mains de l'objet. Dans la seconde, le sujet comme Volonté, en d'autres termes l'Ego, se porte lui-même en avant et saisit l'objet senti, le subsume à lui-même ou le rapporte à lui-même, et réalise la connaissance sous la forme d'une affirmation. L'union de l'objet (déjà donné dans le processus antécé-
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dent de la sensation) avec le sujet par le sujet est l'acte de percevoir ou la connaissance élémentaire. Aussi, exactement comme, dans le premier cas, le sujet, en sentant l'objet, entre lui-même dans la sphère de Texpérience-sensible ; de même, dans le dernier cas, l'affirmation du sujet par lui-même fait son apparition dans et par Tacte d'affirmer (de percevoir, de connaître) robjet.
Une impression sur les sens peut être tellement vive et intense que la Volonté ne soit capable de réagir contre elle qu'avec difficulté, et, dans ce cas, l'acte de percevoir ou de connaître est entravé. De là vient que, comme dit Kant, la condition la plus favorable pour connaître se rencontre là où la sensation est modérée. C'est là une expérience commune; mais si, néanmoins, nous voulons percevoir lorsque l'impression est intense, alors plus la sensation sera pénétrante, plus vive et vraie sera la perception. Il est \Tai, toutefois, que l'acte de la Volonté, dans l'œuvre de perception, peut être vaincu par la masse et l'intensité d'une sensation.
L'explication du fait psychologique réside en ceci que percevoir est un acte libre émané du sujet, acte de la Volonté procédant, d'une certaine manière, à l'appréhension et à la subsomption dans l'unité de la conscience de l'objet déjà senti ; et sans une telle explication, l'on ne peut découvrir la nature de la relation entre la sensation et la perception, quoique l'on puisse donner de cette relation une description aussi correcte.
U Unité dans la Perception du Multiple. 63