Hume ne nie pas que nous soyons convaincus
(i) La discussion qui suit suppose un point de vue pré-Fichtien.
(Note de V Auteur .^
(Note de V Auteur,)
Dualisme. yS
de rextériorité des autres hommes* dans le monde, et de chaque objet qu'il renferme ; ni non plus que nous ayons des convictions touchant la substantialité, Têtre, la cause nécessaire, etc; il ne nie pas davantage que de telles convictions doivent être admises comme vraies dans la tâche ordinaire de la vie. Son objet est de faire voir en quelles circonstances etpar quel processus ces croyances pratiques sont tirées des impressions et des idées susdites, et de démontrer qu'elles doivent toutes être expliquées comme étant (fondamentalement) des impressions en étroite liaison; qu'ainsi elles restent toujours enfermées dans la sphère de l'esprit individuel et qu'au-delà de celle-ci elles n'ont aucune validité.
4. Extériorité, -^ Tout est en dedans de moi. Naturellement : où, sinon là, toute chose pourrait-elle être, si je dois en avoir conscience et la connaître? De là vient que je puis douter de l'extériorité de ce que je sens et connais.
5. — Si un objet — la nature, ou disons cette partie de la nature que j'appelle mon corps — est vraiment extérieur à la conscience, nous n'avons pas besoin de démontrer sa non-dépendance à l'égard de l'intelligence humaine et sa continuité séparée en tant qu'agrégat plus ou moins explicable de qualités et de relations s'interpénétrant mutuellement. [La qualité correspond dans Vobjet à V impression ou à la sensation dans l'esprit]. Une telle extériorité nous donnerait cette dualité de l'esprit (ou de la conscience) et de la nature qui est admise par le sens commun, et, si elle pouvait être démontrée, elle justifierait, dttne manière critique, la croyance non-réfléchie du vulgaire. Et, après tout,
76 Dualisme.
toute philosophie doit, en fin de compte, se présenter à la barre du « sens commun », au sens ordinaire de cette expression.
6. — Hume fait remarquer que nous n'avons pas directement conscience de Vextériorité de l'espace ou de l'Extension, mais que nous avons simplement conscience de l'extension en tant qu'impression et en tant que qualité des objets. A largument que l'extension est, conjointement avec d'autres qualités des objets, présentée à notre conscience comme existant en dehors de nous ou externe, Hume répliquerait que c'est là rendre double une impression, qui est singulière de sa nature, puisque l'impression présenterait alors à nos esprits l'Espace plus l'Extériorité.
7. — Hamilton, formulant la thèse fondamentale de l'Ecole Ecossaise, dit que l'externe et l'interne existent à l'état de termes opposés, en vertu précisément de la même évidence, et dans le même acte. Dans cette mesure^ il donne une base critique au c< Sens Commun o . Mais, pourrait-on lui objecter, où trouvez-vous cette extériorité et cette intériorité comme faits de conscience primaires indépendants ? Les actes les plus rudimentaires de sensation et de perception vous font voir seulement de l'espace ou de l'extension, et vous décidez d'ajouter à cette extension le fait ultérieur d'extériorité, alors que vous n'avez, à aucun moment, conscience d'autre chose que de l'extension; et vous vous hâtez illégitimement d'inférer l'extériorité : autre chose est l'objectivité, autre chose l'extériorité. Si ce n'est pas une inférence, alors vous êtes tenus de montrer que dans le même acte la sensation dextérioi:ité est donnée.
Dualisme. 77
plus la sensation d'un objet spatial; bref vous devez soutenir — ce que nie Hume — que les impressions sont, ou peuvent être, en leur analyse dernière, doubles. Si rimpression double qui donne ainsi naissance (pour parler la langue de Hume) à deux idées, est contraire au fait, alors il faut justifier Vinférence, Dire qu'elle est une inférence « nécessaire et universelle », c'est simplement réaffirmer, sous sa forme imparfaite et étrangère à la critique, l'ancienne thèse Ecossaise. Et, même si nous lui concédons sa thèse, la dualité primaire d'Hamilton ne nous donne, à mettre les choses au mieux, qu'un non^ego d'une espèce ou d'une autre.
8. — ' Toutefois, si nous devions identifier l'Extension avec l'Extériorité, nous aurions, sur ce point, une réponse à Hume. Où est l'impression, dirait Hume, qui vous fournit « l'idée » d'extériorité? Réponse : l'impression de l'extension (que vous-même admettez), car celle-ci est l'extériorité. Elle nous donnerait une dualité véritable; car l'extériorité, ainsi que Hume luimême le reconnaît, enveloppe l'indépendance. Mais comme, dans ce cas, l'extériorité elle-même serait encore une impression subjective, des difficultés nouvelles surgiraient.
9. — Avant toute apparition de la Raison sur la scène, et tant que nous envisageons encore l'esprit comme limité à des relations purement aesthétiques ou sensibles (Attuition), la situation paraît être celle-ci : — L'Extension commeuntotum objectivum^ et des choses étendues et figurées sont reçues par le sujet sentant en qualité d'impressions. Ces impressions agissent comme stimulus ou irritant du sujet sensible [sensational] ou attui-
78 Dualisme,
tionnel et donnent lieu ainsi à une action réflexe de la conscience par laquelle les impressions, c'est-à-dire l'extension en général et tous les objets qui sont venus s'imprimer en lui, sont placées au dehors du sujet, et, dans cet acte, constituées à l'état d'objet externe. L'Extension est ainsi un datum offert à la conscience ; Textériorité de l'extension est donnée réflexivement par la conscience. C'est par une action réflexe de la conscience que les choses sont constituées objets et extérieures. Ce mouvement, d'ailleurs, réside au cœur même de la conscience ; et c'est par son moyen seulement que la conscience est possible. L'Extériorité est ainsi un élément universel et nécessaire dans toutes les impressions sensibles, et, en ce sens, elle est simplement un produit a priori de la conscience aesthétique. Le dualisme du sujet et de l'objet est ainsi constitué au-dedans de la sphère des sens ou de l'attuition (la sphère du Sentir), avant que la Raison, sous la forme élémentaire de la Perception, n'entre en scène. Quand elle paraît, tout de suite elle pose ou alSirme le résultat final de ce mouvement réflexe nécessaire du sujet sentant par lequel est constituée l'extériorité d'un objet; et elle le fait dans la forme: « A, c'est-à-dire. Cet arbre {là), est ». Ainsi l'extériorité de la « chose » n'est en aucune façon dépendante de la Raison.
40. — Nous devons, je pense, tenir avec Hume que V indépendance des choses est constituée par, et consiste dans, leur extériorité. Par conséquent, l*Extension ou l'Espace, dont on vient de montrer qu'il est extérieur au sujet, est indépendant du sujet.