II. Connaissance de l'objet extérieur
Relativité.
1 . — En résumé : la Conscience, soit au degré de la sensation élémentaire, soit à ce degré plus avancé de sensations co-ordonnées qui s'appelle Attuition. a tm prius dans l'objet, c'est-à-dire : c'est par un mouvement extérieur à elle-même et indépendant d'elle-même que la potentialité de la conscience passe , à l'acte. Du côté du sujet, cette irritation [irritation] s'appelle Réceptivité. Le sentiment de l'extériorité de la source de cette irritation est simplement un résultat d'une action réflexe dans la conscience; et ce qui est extérieur au sujet est indépendant du sujet. Lorsque ensuite les strates de la simple Réceptivité ont éclaté,. pour ainsi dire, sous l'action volcanique de l'énergie nouvellement dégagée qui se révèle dans le sujet et jaillit de lui (énergie dynamique que nous appelons Volonté), l'extériorité de l'impression (de l'extension) est dans et par cet acte même affirmée. Ainsi le fait et l'attribution de l'extériorité se trouvent implicites dans l'opération par laquelle se constitue la conscience aesthétique, attuitiormelle et non-rationnelle, et ils se trouvent ensuite à l'état explicite et sont affirmés dans la conscience rationnelle. Et ici, mais exclusivement dans la sphère de la perception ou de l'affirmation, l'extériorité repose sur la même base que le fait de l'intériorité. L'affirmation de l'intériorité, comme terme solitaire, est pour la Raison une impossibilité.
2. — Toute cette question de l'extériorité ne devient vraiment une question que lorsque les hommes com-
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mencent à analyser la nature de la connaissance et les sources de la connaissance. De là vient que, en connexité avec cette question, se présente la question ultérieure, mais de la même famille : « Etant donné un objet vraiment extérieur au sujet, le sujet peut-il vraiment le connaître, précisément tel qu'il est là ? »
3. — A coup sûr, si je ne connais pas l'objet extérieur comme il est, mais si je m'en sers simplement comme d'un point d'appui x pour mes propres activités attuitionnellçs . et rationnelles, il devient purement et simplement un objet dont les déterminations appartiennent à ma Raison [it becomes a mère determinable of my Reason] non seulement sous le. rapport de ses fondements formels (aspect de la que^on qui peut être Is&ssé de côté pour le moment), mais aussi en ce qui regarde ce qu'on nomme ses qualités sensibles — ses phénomènes, sa matière. C'est là la question de la Relativité de la Connaissance. Si nous ne connaissons pas l'objet an sich^, alors ou bien c'est pour la conscience qu'il existe, ou c'est la conscience qui existe pour lui. Aucun autre genre de relativité n'est possible.
4. — Si l'objet n'est pas extérieur, cadit quaestio^ parce que, s'il n'est pas extérieur, il doit être intérieur; en d'autres termes il doit être, d'une façon ou d'une autre, la création de la conscience, et ce qui est créé par la conscience doit être vrai, tel quil est, pour la conscience.
(i) Expression allemande qui signifie : en soi, {Note du traducteur,)
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5. — Nous pouvons, toutefois, nous considérer comme parvenus à ce résultat-ci : — Il y a un objet dont l'empreinte s'est marquée sur moi et qui est extérieur à moi, à savoir l'extension; mais ce que je vois et nomme « extension » peut, après tout, être seulement un «quelque chose» extérieur qui, par une loi de la nature, met en moi l'image et le schème de l'extension, h'x vraiment extérieur peut être transformé en jr lorsqu'il pénètre en ma conscience de sujet. Pour tout ce que j'appelle connaissance -du sensible, je dépends d'un nombre infini â*xes transcendentaux que je convertis enjrs. Ces xes transcendentaux sont simplement une série de poussées dynamiques. Si la relativité de la connaissance ne 'signifie pas cela, elle ne signifie rien. Il n'importe pas le moins du monde que la relativité prenne la forme d'une relativité physiologique, psychologique, ou ontologique. Elles sont toutes les mêmes au fond, pour ce qui regarde la vérité et la validité de ma connaissance des phénomènes. Ceux qui pensent s'être débarrassés des difficultés concernant la Matière en transformant tout le sensible en formes de Mouvement, ne font que substituer un genre de cosmos (ou de chaos) extérieur à un autre : la question philosophique n'est, par là, pas même effleurée.
Sophisme dans les Termes.
6. — Les termes les plus communément employés dans la discussion sont : Relatif, Sensation, Idée, Forme, Substance, Phénomène. Ces mots sont trop souvent employés de manière à supposer vraie une théorie ou à masquer un sophisme. Toutefois, si nous
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pouvons faire voir les sophismes que Ton commet dans l'usage (Jes termes Relativité et Phénomène, cela sulSira.
7. — (( Relatif y> s'emploie parfois dans le sens de localement ou personnellement relatif, comme lorsqu'un objet, dont la constitution demeure cependant inaltérée, est amer pour l'un et doux pour l'autre, ou peut-être amer et doux pour la même personne dans des circonstances modifiées. Il y a le relatif parmi les choses, comme lorsque nous disons que les choses sont grandes ou petites, en tant que mesurées à quelque commun étalon. Et, en outre, il y a le relatif enveloppé en toute connaissance, puisqu'aucune chose que ce soit ne peut être connue qu'en, relation de communauté ou (J'opposition avec d'autres choses, ou dans ces deux relations à la fois. En aucune de ces significations, le terme ne peut être admi§ dans la discussion de la Relativité de la Connaissance Humaine.
8. — Mais il est un sens dans lequel « relatif » est employé même dans la discussion philosophique, et qui est à côté de la question : c'est le sens de limité ou restreint * . Il va de soi que la connaissance est limitée ou restreinte. Cela laisse intacte la question philosophique portant sur la validité — la vérité — de ce que nous connaissons,
9. — En fait, la question se pose tout entière entre la relativité proprement dite et la relativité dans le sens d'une adaptation ou d'une transformation de Vx inconnu, opérée conformément à certaines conditions impo-
li) Les textes d'auteurs invoqués par Hamilton ont trait presque tous à ce sens de « Relatif ». (Note de T Auteur),
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sées par le sujet percevant. Je soutiens que ces deux sens distincts du terme sont constamment confondus.
10. — Personne, je suppose, ne nie que la connaissance soit une relation, ni non plus que la connaissance
• d'un objet soit la connaissance d*un système de relations. Partout où il y a Sujet et Objet, il y a nécessairement ime relation j et Tobjet aussi est lui-même un système de relations de ^ quantité, qualité, etc. Cette acception rigoureuse et exacte du terme doit être désignée par le mot: Relatité [Relatedness], Tout le monde reconnaît la Relatité, et Fon en vient ainsi à admettre que relatité enveloppe relativité [relativity | ; alors qu'en fait dans le mot « relatiiâté » une nouvelle idée a été subrepticement introduite. Relativité, selon Tusage commun de ce mot, est, en vérité, relatité plus adaptation de l'un des termes de la relation à l'autre. Et c'est en cela que consiste le sophisme.
11. — Un homme peut, tout à fait rationnellement, soutenir qu'il y a un ordre de choses existant réellement [actually] et indépendamment, mais que sa connaissance de cet ordre de choses se réduit à faire entrer un certain objet— la nature — inconnu tel qu'il existe, dans la sphère d'une certaine espèce d'intelligence appelée humaine : intelligence qui voit l'objet conformément à sa propre nature [kind] à elle, et ainsi le constitue. En d'autres termes, nous pouvons soutenir que le sujet crée pour lui-même un monde cohérent, relativement valable pour les buts de l'existence de l'in-
(i) dây non ; dans la quantité, etc.; autrement il n'y aurait rien à mettre en relation. {Note de V Auteur).
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dividu, le crée, dis- je, d*un monde, réellement existant, il est vrai, mais différent (peut-être), en son indépendante réalité, du monde de l'intelligence humaine, et à jamais inconnaissable pour elle. C'est là, en substance, la doctrine du réalisme hypothétique ; et il est en même temps manifeste que ceux qui s'imaginent sauver la vérité externe des percepts en affirmant le caractère nonmédiat des perceptions sensibles sont dans l'erreur et s'abusent eux-mêmes, tant qu'ils soutiennent également la doctrine de la relativité de la connaissance humaine. La chose ne demande que d'être énoncée pour être, du même coup, manifeste. Relativité, dans leur bouche, doit signifier, si ce mot signifie quelque chose, la modification, effectuée dans ou par le sujet percevant, d'un objet extérieur inconnu, qui ne sert que de point d'appui : et, cela étant, on ne jette aucune lumière sur la validité de la • connaissance en disant que mes perceptions sensibles sont le fruit d'une communication directe ou immédiate entre moi et le monde extérieur A vrai dire, la thèse est inintelligible. Je ne puis m'intéresser au caractère direct ou indirect d'une connaissance qui, après tout, n'est pas d'une vérité et d'une validité absolues.
12. — Ni un sujet sensible, ni un sujet attuitionnel, ni un sujet rationnel intelligent n'est possible que comme l'un de deux facteurs. Ni la sensation, ni la perception (pour exposer la chose d''une autre manière) n'est possible que comme membre d'une dualité •— l'un des membres étant le Sujet, l'autre membre étant le non-Sujet ou l'objet. En d'autres mots, sujet et objet, dans le sens d'interne et d'externe, sont
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nécessairement des termes d'une relation : l'un des termes entraîne l'autre. Or, si nous considérons ce fait du point de vue d'un Pouvoir Créateur objectif présupposé — un ens realissimum absolu, dont toutes les intelligences sont de simples formes transitoires, il est absurde prima facie de supposer que le plan de la création enveloppe, à l'apogée même de sa réalisation, qui est la Raison finie, un acte de suicide : qu'il crée dans son plus haut effort un sujet intelligent, tout en ruinant, dans l'acte même de création, la raison (Têtre ^ de cet acte, c'est-à-dire le percevoir ou le connaître. Cette considération, en nous portant à compter sur l'efficacité et la validité de la perception, écarte les objections basées sur la supposition du changement total qui serait imposé à l'objet de la perception par Une modification de nos sens. Nous avons le droit dé partir de la supposition d'une harmonie entre le conscient et le non- conscient, d'une équivalence parfaite entre l'idée et l'idéat [the ideatum]. Dans la sensation et dans la perception, il y a, comme en toute atitre chose, un processus dé « Devenir ». Etant donné un objet extérieur, cet objet devient pour ma conscience. Pourquoi ce processus se vicierait-il? Uofius probandi incombe à celui qui suppose qu'il se vicie. Quelle que puisse être la portée de la sensation ou de la perception d'un sujet, les présentés sensibles, comme tels et dans l'étendue de leurs limites, sont donnés véritablement au sujet. C'est-à-dire qu'il est possible au sujet, s'il est un organisme normal de son espèce, de
(i) En français dans le texte. (Note du traducteur).
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sentir et de percevoir, dans la sphère d'action qui lui est propre, le sensible et le perceptible tels qu'ils existent.
13. — Au reste. Relativité, dans le sens de relatité du sujet à Tobjet, ne peut impliquer invalidité. Car si relatité implique invalidité, et si la relatité est présente, comme elle doit Têtre, partout où sujet et objet sont présents^ la connaissance est à jamais impossible pour' toute intelligence, quelle qu'elle soit. Qui plus est, il devient douteux que même le Créateur puisse connaître les objets de Sa propre création, après que ceux-ci ont été placés hors de Lui-même.
14. — D'autre part, l'acte par lequel le soi pense le soi serait ruiné, attendu que le soi est ici, grâce à l'acte de dédoublement, mis en relation avec le soi. La doctrine de la relativité est, d'ailleurs, comme le scepticisme, une doctrine qui se détruit elle-même, car la connaissance que la connaissance est relative est ellemême une connaissance relative.
18. — Relativité de la connaissance, dans la signification rigoureuse du terme relativité — c'est-à-dire relatité, signifie simplement qu'en toute connaissance il y a un sujet et un objet, et par suite nécessairement une relation entre eux. Si une telle relativité introduit un élément d'incertitude, la connaissance est (je le répète) à jamais impossible pour toutes les intelligences quelles qu'elles soient, qu'elles existent dans le corps ou hors du corps. Voici où gît le sophisme fondamental : parce que sujet et objet — la condition de toute connaissance possible par des intelligences, divines ou humaines -^ sont membres d'une relation, c'est-
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à-dire, parce qu*ils s'impliquent Tun VoMixQ, pour cette raison la relation dans laquelle le premier se trouve nécessairement à Tégard du dernier est une relation « relative », le terme étant maintenant employé subrepticement dans le sens secondaire de : modifié ou adapté. En d'autres mots, la condition même de toute connaissance possible est elle-même destructive de la validité de l'acte de connaître, bien plus, de la possibilité du connaître, et convertit en une illusion la connaissance elle-même. L'absurdité de cette thèse est évidente. La doctrine aboutit tout simplement à dire : Il est impossible de connaître , et cela, de par la nature même de l-acte de connaître.
16. — La relatité entre le sujet conscient et l'objet dans la conscience n'est pas la seule ; il y a encore
• l'universelle relatité des choses, l'inter-réciprocité et la communauté de toutes les parties du tout. D'expérience sensible d'une Chose per se il ne nous en est donné ni à nous ni (probablement) à aucun esprit possible. De fait, elle ne peut jamais être per se qu'en tant qu'elle Qst per aliud et in alio : mais le « comment » du (( per se » per alia et in aliis me paraît en dehors de toute possibilité d'explication. Pourtant, la chose « pour nous » est la chose en elle-même {an sic h} : en d'autres termes, la chose que nous connaissons comme déterminée de telle manière est la chose telle qu'elle est en sa réalité objective [actuality]. Pourquoi n'en serait-il pas ainsi ?
17. — Je conclus que notre simple conscience attuitionnelle est un miroir véritable de l'extérieur tel qu'il existe là» Il n'est pas à supposer que la Nature, dans
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le lent processus de son évolution, échoue finalement au moment critique de se réfléchir elle-même. Le nàif^ réalisme naturel n est pas ébranlé.