III. « Le Phénoménal est ipso facto Relatif
Qu'il n*en est pas ainsi.
18. — Il y a, concernant le mot « phénomène », un sophisme aussi grave que celui que nous trouvons dans le terme : relativité. Ceux qui jouent de ce mot considèrent (s'ils sont conséquents) tous les data du sens comme des formes constituées par le sujet, et en même temps ils posent, comme sous-jacent à celles-ci, un « être » d'une espèce ou d'une autre, à titre de seule réalité. Cette seule réalité peut être im x nouménal simplement limitatif. J'admets qu'il semble y avoir une contradiction dans les termes à parler de la réalité du phénomène, mais n'est-elle pas due à ce fait que nous avons d'abord délibérément introduit dans le mot phénomène la notion d'apparence [semblance] par opposition à l'être véritable? Nous n'avons aucun droit de le faire. Le présenté extérieur est le phénomène, c'est-à-dire : il est le modus existendi de l'Etre — l'Etre tel ou tel [Being thus or thus]. Mais l'Etre n'est pas une « chose », et le phénomène une autre. La chose devant nous est l'Etre plus son modus exi~ stendiy c'est-à-dire le phénomène. Ils sont deux faces d'une seule et même réalité [actuality]. Ce point apparaîtra avec plus de clarté lorsque nous étudierons plus loin la conscience de « l'Etre » . Toute abstraction
(i) En français dans le texte. (Note du traducteur).
go Dualisme.
d'une face du fait réel [actual] à part de l'autre est purement logique -^ un processus nécessaire dans la recherche de la vérité. Chaque moment dans la réalité [actualityj nous apporte directement une vérité. Toutefois le phénomène ou le « sensible » ne doit pas s'interpréter grossière matière. Ici notre tâche est de reconnaître de quoi nous avons réellement conscience dans le monde extérieur, et nous devons l'y laisser. Ce n'est certainement pas d'une grossière matière que nous avons conscience.
i9. — En ce qui concerne la difficulté spéculative ontologique qui nous porte à n'affirmer qu'une seule Substance possible, la question devrait se poser, non pas de cette manière ; des choses sensibles sont-elles, comme objets extérieurs, possibles, — mais en ces termes : des Egos finis individuels sont-ils possibles? Car, d'un point de vue ontologique strictement logique, il est tout- aussi légitime de concevoir l'existence substantielle [the subsistence] d'une pierre comme l'existence substantielle d'un Ego fini. Devons-nous admettre de telles individualités finies (même si leur existence substantielle présente d'insolubles difficultés), ou nous en tenir à l'alternative inévitable que nous sommes nous-mêmes de fantômales ombres d'ombres avec une liberté illusoire enveloppant un sentimait inexplicable (et ridicule) de responsabilité morale? Ombres fantômales vraiment, mais avec cette particularité en plus, que nous pouvons découvrir la dérision dont nous sommes les victimes, et de cette manière vaincre, pour ainsi dire, le Créateur sur Son propre terrain ? L'immense — le Destin — qui nous écrase, nous trouve
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encore dans une attitude pleine de défi et souveraine!
20. — Il n'est personne qui nie Tunité fondamentale du sujet et de l'objet, de l'interne et de Texteme ; la nier serait poser deux Dieux. C'est un fait positif, toutefois, que le mouvement de la création se scinde, et notre oeuvre est terminée lorsque nous avons épuisé notre analyse de l'expérience. Mieux vaut laisser subsister des inconciliables que nous plonger nous-mêmes dans des absurdités. La métaphysique phénoménologique a simplement à regarder et à enregistrer. Gardonsnous de confondre le fait de constituer une « chose » pour la connaissance consciente avec ce qui constitue une « chose » pour elle-même.