IV. Récapitulation
1. — La conscience attuitive reçoit les choses extérieures, déjà coordonnées, dans leur coordination ; et, à cette phase du développement de l'esprit, la capacité du éujet conscient est la capacité de recevoir comme un tout (existant là» aii dehors) des parties en relation — en d'autres termes, de recevoir, sous la forme d'un tout ou d'une synopsis du Sens, des qualités coordonnées. Le datum n'est pas atomique ou dépourvu de relations, mais il est un agrégat de relations reçu comme par un miroir et réfléchi à l'état d'agrégat, et un agrégat dont les parties ne sont pas distinguées.
2. — ^ La conscience attuitive, au moment où elle reçoit r « impression » de l'Extension (et toutes les impressions sensibles), les établit, grâce à une action réflexe qui est de l'essence de la conscience, comme
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extérieures à elle-même, et, à ce titre, indépendantes d'elle-même. L'idée « ici » (pour employer Texpression de Locke) est aussi la chose « là ». Le Sujet conscient est en ceci nié par « l'autre ».
3. — Le Sentiment de l'Etre que nous recevons avec le phénomène est extériorisé dans l'Objet phénoménal et avec lui (Vid, Chap. I).
4. — Lorsque, ultérieurement, la Conscience s'élève à l'état de Raison grâce à l'apparition, au sein d'elle-même, de la Volonté, son affirmation première est la susdite extériorité et indépendance de Textension et de tous les objets sensibles ; la formule étant : « -Cela (là) est A, B ou C », etc. L'extériorité est ainsi donnée comme fait primaire d'attuition et comme acte primaire de raison.
5. — La négation du sujet conscient par V « autre » est annulée ou niée par l'acte de subsomption qui fait entrer l'autre ou 1' « objet » dans une relation d'unité avec le sujet. Mais, immédiatement après, cette négation de la première négation est à son tour niée par l'affirmation que la « chose » est là,
6. — Il y a, par suite, un dualisme véritable de sujet fini et d'objet fini.
7. — L'Extension, étant un prédicat universel des choses, est par conséquent un prédicat universel de l'impression; mais on ne rend pas raison ainsi de l'Extension ien tant que prédicat nécessaire, {Vid, g).
8. — La conscience potentielle, sur une excitation venue de quelque chose qui n'est pas elle-même, extériorise ce quelque chose comme « objet », en vertu de la nécessité de sa propre nature (que j'appelle action réflexe), et, par et dans cet acte, devient conscience actuelle.
Dualisme. gS
9. — En outre, ce qui est prédicat universel dans la réceptivité est aussi prédicat nécessaire dans toute pensée impliquant le sens externe. Car toute imagination du sensible ou du sensible-possible a elle-même lieu dans la sphère du sens et grâce à lui. Comment pourrait-il en être autrement ? La nécessité du prédicat d'Espace est, par suite, analytique. Si Textériorité est sous la forme d'Espace, comment pourrai s-je imaginer ou penser l'extérieur sinon sous la forme d'Espace, en d'autres termes, comment pourrais-je imaginer ou penser l'Espace sinon comme Espace ? Ceci met en lumière ce que j'entends en disant que l'Espace est un prédicat analytiquement nécessaire.
10. — Lorsque j'ai conscience de l'Espace extérieur, j'ai conscience d'une entité ou chose étendue indéfinie, ou plutôt d'une chose indéfiniment étendue en une série de points qui s excluent mutuellement — et non d'un espace vide dans lequel sont placés les corps étendus. J'ai aussi conscience de corps étendus séparés, de la figure, de la couleur, etc., et cela bien avant que la nouvelle activité appelée Raison paraisse sur la scène pour percevoir ce qui a été senti réceptivement. La juxtaposition et l'extériorité mutuelle des corps ne présupposent pas un Espace antérieur dans lequel ils sont localisés ici et là. ^ Ces corps sont eux-mêmes des
(i) Il est difficile de voir comment, dans rhjrpothèse de la forme Kantienne a priori d'Espace, nous pouvons arriver à localiser — a ici, et h là, etc. Il est aisé de voir comment, par le moyen d'une forme-d'Espace, nous (et nous comprend les chiens et les chevaux) revêtons de l'Extension, qui est la condition de leur perception, les suggestions apportées par le sens. Mais comment
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parties de l'Espace qui pénètre tout — des déterminations de luniverselle extériorité dont ils font partie. ^ Je ne veux pas dire par là que TEspace est une chose, je veux dire que je n'ai conscience que de choses éteiidues [spaced things], et non d'un Espace-abstrait; c'està-dire que l'Espace est un prédicat.
11. — L'a, qui existe ici, faisant partie de la conscience réceptive, est exactement similaire à Va, qui existe là, faisant partie de l'extériorité. L'harmonie du Cosmos doit être supposée se maintenir ici comme elle fait ailleurs, à moins qu'on ne puisse alléguer des raisons puissantes d'en douter. Il est nécessaire seulement de réfuter les objections à l'effet de sauvegarder cette supposition primaire. Ces objections (j'ai essayé de le montrer) reposent toutes sur un emploi fallacieux des termes Relativité et Phénomène. La condition de la conscience, qui est la relatité, ne peut ipso facto invalider la conscience. Le mouvement final de l'évolution cosmique de l'Etre, mouvement qui est connaître, ne peut avoir la nature d'un suicide.
12. . — A cette objection que certaines qualités de l'externe (dites secondaires), par exemple, la couleur, le son, la chaleur, etc., sont entièrement subjectives, la réponse à faire est que ces qualités sont, en tant que
distribuons-nous ces choses ? La même difficulté apparaît en ce qui concerne les séquences dans le Temps. (Note de V Auteur),
(i) Cette conscience primaire de l'Espace implique sans doute des unités de sensation, mais c'est seulement lorsque ces unités ont atteint une certaine quantité que je suis averti de quelque impression que ce soit. {Note de VAutmr).
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subjectives, pur Schein ^ ou illusion, non pas Erscheinung^ ou phénomène véritable. Certaines impressions enveloppent plus que d'autres le sensorium dans le plaisir et la douleur, et c'est ainsi qu'elles sont conçues et nommées en termes du sentiment, non en termes de l'objet. Aucun observateur compétent ne recevra une première impression comme la vérité du. phénomène extérieur. Aussitôt que je m a£Er^nchis de l'excitation locale, le phénomène extérieur est reconnu être un mouvement de quelque espèce, et ce phénomène subsiste et existe réellement [actually] et extérieurement tel que le physicien (non le rustre) le connaît.
13. — Le vrai présenté sensible qui est dans la conscience existe donc là, en dehors de moi, tel qu'il est ici en dedans de moi.
14. — Cependant, tout est phénomène, c'est^-à-dire le côté-paraître de l'existence, dont le côté*être ne peut être dissocié sans que nous soyons enveloppés dans des contradictions gratuites et volontaires, créées par nous-mêmes. Le phénomène est y les phénomènes sont. Et ces phénomènes ne se présentent pas non plus à la conscience (excepté peut-être à la conscience vulgaire) comme une grossière matière substantielle. Nous sentons et nous percevons des qualités seulement — qualités en repos et en mouvement, statiques et d)mamiques — toutes en relation. Bref, la « chose )> est un système de prédicats et de relations plus l'Etre
(i) Termes que Tauteur emprunte à la philosophie allemande. JotA du traducteurs.
(NotA du traducteur).
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(et la dialectique, ainsi qu'il sera plus amplement montré ci-après). Quant à l'impénétrable noumène, il est simplement la pensée qui existe là et la pensée qui existe ici en moi. Tel me semble être le fait réel [actual] fourni par une psychologie critique, et Ton doit l'accepter et en tirer le meilleur parti j>ossible. Nonobstant tout ce que je sais, il est possible qu'il y ait une entité matérielle dans le sens vulgaire, mais je ne puis ni la voir, ni Timaginer, ni en aucune façon la penser. Le philosophe, comme l'investigateur de la nature physique, doit honnêtement accepter et rapporter ce qu'il trouve réellement [actually]. Si même, en tenant cette conduite, il doit plonger la pensée dans d'insolubles contradictions, ce n^est pas sa faute. Je sais très bien qu'en admettant naïvement <i l'autre », corrélatif du Sentiment interne et externe [the « other » of Feeling], j'esquive certaines difficultés plutôt que je ne les résous, et que je! me jette dans d'autres. Mais je me soumets à la nécessité d'admettre que si, d'une part, le datum peut être décrit et défini en ses termes et relations ultimes, il est, d'autre part, impossible de dépasser la simple acceptation de ce datum ; et quant aux contradictions, si nous pouvons montrer qu'elles doivent surgir dans ime intelligence finie tout simplement parce qu'elle ost finie, cela doit suffire.
Note I. — L'idéalisme égoïstique, dans la simple affirmation de l'Ego comme unique réalité, pose eo ipso l'autre, ainsi que le disait Fichte et que le confirma Hegel. La pensée Hégélienne vise à réduire cet « autre » à un moment dans la dialectique universelle
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— résultat qui eât, pour la foi philosophique, une conclusion irrésistible, mais qu'il est impossible de démontrer scientifiquement.
Note II. — L'on s'apercevra que la disparité totale de la « matière » et de « l'esprit » n'est pas reconnue dans le Dualisme tel qu'il est défendu ci-dessus. Et pourtant, la doctrine soutenue est une doctrine de Dualisme, et non simplement de Dualité.