‹ Metaphysica nova et vetusta:Chapitre 22 sur 67 · LE COMMUN OU LE GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

LE COMMUN OU LE GÉNÉRAL

Le Processus en général.

Remettons-nous maintenant à suivre à la trace la marche de Tintelligence ou de la Raison- Volonté.

Si tous les objets étaient isolés Tun de l'autre et complètement différents, si toutes les choses n'étaient pas des parties d'un système unique, s'il n'y avait pas une communauté ou un commerduni universels, notre connaissance consisterait simplement en une énumération arithmétique de faits sans liaison — d'atomes sans signification. Il ne pourrait y avoir absolument aucune médiation, aucune abstraction, aucune généralisation, aucune réduction à une cause, aucune vue systématique de la nature, que ce soit. Cette communauté n'est pas simplement une participation commune à l'Etre, un, simple et universel en tous et en chacun, mais une communauté d'attribution. C'est grâce au semblable dans le différent et au différent dans le semblable que notre connaissance du particulier s'élève à l'universel et est susceptible de rationalisation. Cette communauté et réciprocité est un fait de la nature

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extérieure : nous approchons, et le trouvant W, nous essayons de Tinterpréter en recourant à Tinstrument — Raison.

1. — JLe mouvement appréhensif de la Volonté (ainsi que nous l'avons vu) saisit la totalité d'attuition, et, en l'appréhendant et en le subsumant dans l'unité de la conscience, élève Tattuit au rang de percept. Mais tandis que les totalités ou les agrégats comme tels sont perçus, le fondement de la différence de chacun d'eux à l'égard de l'autre, quoique existant et senti, reste encore à l'état de vague attuition seulement. La Volonté dissout alors les totalités par une série de séparations de leurs parties constituantes, percevant ainsi chacune d'elles ; et, réunissant ces parties ou éléments, elle transforme le percept de la totalité synoptique en percept d'une unité — en une unité à l'état de perception qui est un concept individuel ou concept-sensible — une synthèse véritable et rationnelle.

2. — Mais pendant tout le temps, et antérieurement à l'action de la Raison, le datum que nous élevons ainsi à l'état d'unité perçue est là comme unité, et existe en vertu de tout ce qui est en lui et de toutes ses relations, positives et négatives. La fonction de la Raison est simplement de connaître et d'interpréter ce qui est déjà là. Mais, considérée par rapport au Sujet, l'unité externe n'existe, d'abord, que pour la conscience attuitive et n'existe, par conséquent, qu'à l'état d'agrégat ou de tout, et non encore à l'état d'unité. Dans toute séparation perceptive subséquente que nous opérons des éléments variés qui entrent dans cet attuit ou cette synopsis, sans cesse nous nous

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référons implicitement à ce tow^ existant dans Tattuition; et cette implicite référence à un tout se poursuit pendant que nous jouons (pour ainsi parler) de l'analyse en vue de transformer le tout en une unité. Si une synthèse finale et véritable n*est pas possible, cela est dû à ce fait qu'une analyse (diathèse) finale n*est pas possible, car les éléments contenus dans un objet ont d'infinies relations. Il n'en est pas moins vrai, toutefois, que les objets ont des caractères définis : un cheval est un cheval, et non un homme, et je puis assez bien rendre compte de l'un et de l'autre. [La possibilité de l'identité d'un concret dans le domaine sensible est une question dont nous ajournons ici la discussion].

3. — Tant que nous sommes encore dans cette phase où nous percevons un attuit complexe comme un tout, un total et un objet individuel [a single], les caractéristiques de cet attuit qui surtout marquent leur empreinte sur le sujet sentant [on sensation] sont celles qui sont le plus saillantes et le plus proéminentes ; et ces caractéristiques saillantes, quoique n'existant encore que dans le sentiment, constituent le fondement de notre conscience de la différence. Le caractère de distinction que possède le percept de l'attuit total est encore, dans une large mesure, celui d'une distinction numérique, les caractères saillants de l'objet n'étant que confusément sentis. Le tout en tant que perçu n'est nullement un concept-sensible, mais la perception d'un ^ittuit, d'une conglomération d'impressions sensibles que nous sentons être différente d'autres conglomérations qui nous pressent. Il est, en tant que percept, clair.

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4. — Le caractère le plus proéminent de Tattuit est ensuite le premier à être vraiment perçu, et cela apparemment sans effort : et c'est précisément le caractère qui est le plus abondamment partagé par les objets autres que celui qui, à un moment quelconque, nous est présent. Ainsi, « à branches feuillues » peut être le premier percept complexe d'un chêne ; chose naturelle, car c'est là le caractère ou la qualité saillante par laquelle il impressionne tout d'abord la conscience simplement attuitionnelle (comme celle d'un chien ou l'intelligence naissante d'un enfant), avant que le mouvement spontané qui s'achève en perception entre en jeu. Comme tous les autres arbres et même les arbustes partagent cette qualité proéminente, ils se rangeront tous dans une classe commune et seront désignés par le même nom. C'est ainsi avec un nom Commun ou Général — un pseudo- général, il est vrai, mais néanmoins un général — que nous nous mettons en route pour le long voyage qui conduit à la Connaissance. Résultat stérile encore.

8. — Ce nom — le nom de l'élément différencié qui s'affirme avec le plus de force — devient maintenant l'élément directeur dans le concept-sensible de tel ou tel arbre ou arbuste; et ce nom devient le « sujet » des futurs jugements ampliatifs. Il symbolise la chose en tant que phénomène et aussi la chose en tant qu'être.

6. — Le fait même et l'acte de séparer l'élément différencié qui s'affirme avec le plus de force et de le fixSr par un nom comme terme d'une application multiple ou générale à une série d'objets, met vivement en relief dans la conscience les caractères spécifiques de

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chaque objet de cette série; et ainsi la Volonté dont Tessence est de se mouvoir, de développer de Ténergie et de séparer (et, en séparant, d'affirmer) empiète lambeau par lambeau sur la totalité qui est devant elle.

7. — Le premier « nom » est employé comme un terme général ou commun (faussement commun), mais il n*est pas perçu ou connu en qualité de commun tant que les éléments différenciés spécifiques dans les individus de la série ne sont pas perçus ou connus. En fait la communauté de caractère n'était, jusqu'à ce moment, que saisie attuitivemeni comme une communauté : elle est maintenant perçue, connue, et affirmée comme terme Commun, et elle devient un terme Général véritable et rationnel (quoiqu'il puisse être tout à fait inadéquat).

8. — La Volonté, qui ne connaît pas le repos, fait ainsi, par la nécessité de sa nature, de continuels efforts à la poursuite du terme séparé, de l'individuel [single], du simple, qu'elle ne peut jamais atteindre. C'est l'individuel qu'elle cherche à l'effet de pouvoir connaître. C'est dans cette recherche de termes singuliers [singulars] qu'elle a maintenant trouvé le Général comme tel. Le fait qu'il y a « communauté » entre les choses est maintenant reconnu aussi bien que le fait (déjà reconnu) qu'il y a différence : et ainsi le Général devient un objet de recherche consciente et faite de propos délibéréy exactement comme la recherche de la différence est dé^ devenue une fin consciente et voulue.

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