Ainsi, nous avons, en premier lieu, l'acte de la
io6 Le Commun ou le Général.
Volonté fixant une qualité particulière à part des autres qualités auxquelles elle est unie au moment où elle entre dans la conscience; en second lieu, l'acte de la Volonté maintenant cette qualité présente à la conscience, tout en discernant et affirmant sa présence dans un objet autre que celui dans lequel elle fut d*abord discernée, et dans divers objets successifs. Par exemple, l'affirmation de la qualité « vert » dans l'herbe est un acte de séparation ou de différenciation. Tout acte de séparer est un acte d'affirmer, en d'autres termes constitue entité idéelle [notional entity] la qualité séparée ; et il rend ainsi possible de penser la qualité séparée comme une entité et d'en parler comme d'une entité (par exemple, le vert) existant à. part, semblerait-il, de quelqu'un des objets ou de tous les objets dans lesquels elle est originairement perçue. Je dis « semblerait-il », car il est . manifeste que lorsque nous tenons « le vert » présent à la conscience, nous l'y tenons tel que nous le trouvâmes originairement, à savoir comme le vert de quelque objet particulier, ou comme le vert de beaucoup d'objets. La séparation est un simple pas logique sur la route de la synthèse. En un mot, un séparé particulier est simplement l'affirmation d'une qualité maintenue, par la force de la Volonté, à part dans la conscience, plus l'affirmation qu'elle existe dans un objet : la même entité idéelle [notional] de séparation, maintenue présente à la conscience simultanément à l'affirmation implicite qu'elle a été perçue dans plus d'un objet ou d'une totalité externe, est un séparé commun ou général.
Le Commun on le Général. 107
Tout cela est dû à l'énergie de cette nouvelle puissance, la Volonté. Les animaux ne peuvent faire, faute de Volonté, ce que fait l'homme.
S. — Avant de quitter cette partie de notre analyse, n'omettons pas de signaler la condition nécessaire pour affirmer qu'une qualité dans A est la même qu'une qualité dans B (ou plutôt que A = B relativement à C); cette condition est celle-ci : je ne puis affirmer en B une similarité avec A sans maintenir présents à la perception deux objets à un seul et même moment de mon expérience. Je dois avoir conscience des deux ensemble soit en qualité de présentés (objets immédiats) ou de représentés (objets médiats), soit de l'un en qualité de présenté et de l'autre en qualité de représenté, pour qu'il me devienne possible d'affirmer la similarité de l'un à l'égard de l'autre. Les deux actes de perception doivent être dans la conscience au même moment, l'un comme souvenir, l'autre soit comme percept présent, immédiat, soit comme souvenir. Il y a dans ce fait une nouvelle manifestation de la puissance de la Volonté : elle appréhende non pas simplement A, mais aussi, en même temps, et par le même acte, B. Si A et B n'étaient pas coexistants dans la conscience, la comparaison et l'identification des consciences seraient manifestement impossibles. De même aussi, lorsque je maintiens présent à la conscience en qualité de percépt « Commun » le « vert » ou quelque autre percept, j'affirme le « vert » et j'affirme aussi, en même temps, qu'il est un percept commun. Il y a là deux actes synchrones de la Volonté. Tout cela me semble être simplement le résultat de la pure
io8 Le Percept' Abstrait,
force dynamique de la Volonté en tant que moment premier et primaire dans la dialectique de la Raison; quoique, à chaque pas, naturellement, la Volonté se meuve au sein de sa propre dialectique.