CHAPITRE III
LE PERCEPT-ABSTRAIT. — LE CONXhPT- ABSTRAIT.
a) Les Pèrcepttf-abstraits.
\ . — J*ai généralement parlé du résultat de la différenciation, enlant qu'il concerne l'objet, en l'appelant nn séparé^, évitant, pour de bonnes raisons, le terme plus commun à' abstraction, terme qui, d'ailleurs, suppose généralement que nous maintenons à part, pour la considérer, la qualité qui a été abstraite.
2. — Nous avons retracé le processus par lequel la Volonté, travaillant à son œuvre selon le mouvement de la dialectique (voir « La Forme du Percevoir )>), atteint une proposition commune ou générale ; et il est apparu, je pense, que ce qu'on nomme une proposition générale — c'est-à-dire une proposition où l'on affirme quelque chose de toute une classe d'individus, telle la
(i) Il est désirable de distinguer un acte de son résultat, et lorsque la langue elle-même nous offrira des participes passés aussi bien que des participes présents, nous les emploierons. Abstraction est employé dans son sens ordinaire, non dans le sens Kantien. (Note de V Auteur).
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« Classe Vache » ou « la Classe Arbre » ou « la Classe Homme » — ne diffère que sous le rapport de la quantité de ce que nous avons appelé un Commun plural (ou généralisation partielle). Il est apparu en outre que cette proposition générale est simplement une énonciation explicite de ce qui se trouve déjà implicitement contenu dans le terme général. S'il en est ainsi, nous voici dégagés de la grande confusion qui s'attache à ce sujet des termes Généraux et des propositions Générales, et en même temps nous confirmons Thistoire du processus intellectuel qui a été donnée dans les chapitres précédents. L*énoncé provisoire, « deux ou vingt vaches sont cornues », ne diffère sous aucun autre rapport que celui de la quantité, de la proposition: 4c toutes les vaches sont cornues ». Tous deux sont simplement des liaisons d'observations particulières qui ont été effectuées par la pure force de la Volonté.
Et, si nous mettons en relief dans la conscience le percept qualitatif et disons, par conversion : « la cornité est à vingt vaches », le percept « comité », dans la connexion où il se trouve, ne contient rien de plus que lorsque nous disons : « la comité est à deux vaches », ou « la comité est à une vache » . Cela peut paraître évident ; et pourtant nous serons bien récompensés du labeur de suivre à la trace les mouvements de l'intelligence qui aboutissent à des propositions générales et à des termes communs ou généraux, si nous avons montré qu'il n'y a, dans tout le processus, rien qu'une énergie plus intense de la puissance de la Volonté, énergie mise en œuvre dans le but de consolider, d'abréger et de faciliter l'acte de Connaître.
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3. Car nous montrons par là que le percept-abstrait « le vert, » « la comité • ou quelque autre que nous nous efforçons d'affirmer et de faire subsister à part de Tobjet que ces percepts qualifient, n'est en vérité qu'une qualité séparée ou un percept sépsuéplus l'affirmation tacite [sub-affirmation] qu'il est commun à beaucoup d'-objets. Nous avons donné justification de ce pouvoir de double affirmation, en montrant que la puissance de la Volonté est capable de deux ou de plus de deux perceptions, connaissances et affirmations synchrones. Nous avons davantage encore élucidé notre thèse en faisant voir la vraie nature de l'acte de percevoir ou de connaître, qui est simplement un acte de la Volonté arrêtant, affirmant et subsumant l'existence de ce qui est, pour le moment, présent à la conscience. Que l'objet présent soit un arbre, un homme, ou simplement une qualité d'un objet, il n'importe : il est, par la Volonté, subsumé et affirmé comme existant. Il se fait ainsi que le percept séparé est affirmé comme existant, et son entité séparée devient plus saillante à la pensée (par opposition) à mesure que s'accroît le nombre des objets dont il peut être prédicat. La confusion se met dans la confscience par suite de la multitude des individus, et ainsi, par le contraste même, l'unique percept séparé, dont l'affirmation en qualité de percept commun ou général s'effectue, est mis plus distinctement en relief, et il se présente à nous comme s'il était lui-même vraiment une entité. La Volonté, épuisée par la multitude des affirmations tacites [sub-affirmations] est poussée, pour le propre salut de la connaissance elle-même qui court danger d'être écrasée, à affirmer, avec une sorte d'éner-
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gie affectée, Tentité du percept commun séparé ; à connaître « fort et ferme », pour ainsi dire.
Telle me semble être Thistoire naturelle des Généraux en tant qu'ils sont des Percepts séparés ou abstraits.
h) Les Concepts-abstraits.
\, — Nous n'avons pourtant pas encore épuisé ce sujet, une fois que nous avons montré qu'un percept séparé n'altère pas son caractère (si ce n'est quantitativement) lorsqu'il devient un percept Commun et peut être qualifié de général-abstrait. Il y a une forme différente et plus trompeuse de « Généraux » ou d' € Universaux », ainsi qu'on les nomme souvent sans les distinguer. J'entends : les « choses ou concepts généraux-abstraits » . Il est bon que nous mettions en lumière et que nous maiiitenions séparées les différentes espèces de généraux-abstraits : autrement nous nous égarerons dans un labyrinthe dont il est impossible de se tirer. Il se peut qu'un petit nombre de claires diS' tinctions adéquates, dans les éléments du connaître, soient plus utiles, à la fois comme discipline et comme source féconde de connaissance ultérieure, qu'un système élaboré de pensée à travers lequel quelque erreur secrète poursuit sa marche égarée et déréglée.
2. — Jetons donc les yeux sur l'histoire naturelle du . Concept Général Abstrait. Les mouvements précédents de la Volonté dirigés vers la formation de propositions générales (formation qui consiste simplement à relier par force et mécaniquement de nombreuses observations particulières), et le pas qu'elle fait ensuite lorsqu'elle isole ou abstrait les percepts et les fait
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subsister à l'état de percepts-entités communs ou généraux, présupposent une généralisation élémentaire et antécédente, quoique illégitime et attuitionnelle, généralisation ou arrangement en classes opéré suivant quelque caractère saillant des objets qui pour le moment se trouvent à portée. Lorsque la totalité, existant à Tétat d'attuition, « Vache » tombe sous les prises de la Volonté et est perçue, affirmée et nommée, nous avons là l'acte par lequel cette totalité est différenciée de toutes les autres totalités de l'espèce animale; et la qualité saillante ainsi nommée dans le mot « Vache » [désignons la par ces mots : « qui donne du lait »] est en fait la différence spécifique de cet animal qui a été discernée par la Volonté. L'objet « Vache )r est maintenant, par cette différence, distingué de tous les autres objets-animaux observés jusqu'ici. Sans doute, dans les premières phases de la vie perceptive, les « Vaches », les « Daims » et même les « Chevaux » sont tous confondus, ainsi qu'ils le sont constamment par les jeunes enfants. La totalité existant à l'état de perception, qui est une « Vache », en viendrait sans doute, avec le temps, à se séparer elle-même de la totalité « Daim » grâce à l'impression fréquente sur les sens de quelque qualité, saillante dans l'un de ces animaux, et non trouvée dans l'autre, — même si nous n'étions pas doués de la Volonté et de la perception qui en est la conséquence. Mais puisque nous sommes ainsi doués, la Volonté n'attend pas que se soit effectuée une lente opération extérieure de ce genre due à la simple impression, mais elle-même se porte en avant, en une infatigable recherche de la différence. « Vache », « Daim », « Cheval »,
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continuent à être sentis comme totalités similaires, mais l'active Volonté discernante a découvert que, à un ou à plusieurs égards, ils diffèrent d'une manière si marquée qu'ils doivent être nommés différemment; nommés, parce que je ne puis atteindre la différence sans que, par l'impulsion de ma nature, je cherche à donner une forme sensible (articulée et perceptible à l'ouïe ou écrite) à tout ce qui est distinctement saisi comme Percept. Ces actes de différenciation ou ces perceptions brisent, comme nous l'avons montré auparavant, la chaotique totalité existant à l'état de perception, et y trouvent qiielque chose de dissemblable et de différent de cette première qualité qui faisait, de la différence affirmée et nommée, une « Vache » (à savoir, I qui donne du lait »). Cette différence nouvelle peut être, par exemple, la rapidité relative des deux objets ; et l'acte nouveau de la Volonté distinguant un Daim d'une Vache peut s'exprimer simplement par les différences « animal-vache-lent », « animal-vache-rapide ».
3. — Les deux totalités similaires sont à présent brisées en ces deux totalités différenciées, chacune représentant sa propre classe d'individus. Le premier pas est en vérité fait maintenant vers la transformation de la totalité perçue « Vache » en une « unité perçue » ou concept, car il y a maintenant une liaison consciente de deux percepts en un seul tout — à savoir le percept Vache ou « qui donne du lait » , et le percept « lent » .
4. — Ainsi se poursuit le processus de la différenciation (qui est connaissance) jusqu'à ce que l'unité à l'état de perception, l'imparfait concept-sensible ou la