‹ Metaphysica nova et vetusta:Chapitre 26 sur 67 · Concept^ Abstrait · texte numérisé non relu

Concept^ Abstrait

synopsis primaire, devienne l'objtet riche et plein que, de nos jours, elle est pour tous, mais particulièrement pour celui qui applique sa Volonté spécialement à la classe animale des totalités et la connaît kti\xe de naturaliste de profession» Dans le cas que nous avons supposé, « animal lent, qui donne du lait » est tout ce qui est jusqu*ici discerné dans le présenté sensible VachCy et cela constitue (non pas la totalité existant à l'état de perception, laquelle est en réalité bien davantage, quoique ce surplus soit encore inconnu, mais) V unité à l'état de peixeption, qui est ce que nous entendons par un concept-sensible rationnel — une première synthèse.

8. — li y a, toutefois, comme nous ne tardons pas à le découvrir, un nombre indéfini d'individus répondant à cette unité à l'état de perception, et ceux-ci diffèrent en grandeur, en couleur, et même, quelque peu, en figure. Et, conséquemment, lorsque, en l'absence de l'objet, je suis appelé, dans le cours de la pensée ou de la conversation, à reproduire dans la conscience la chose « Vache », je ne me forme pas l'image de telle ou telle vache particulière, mais je me représente une vache en général — une vache abstraite. Ce que je tiens présent à ma pensée est quelque chose de différent de toute vache particulière qui me soit connue ; et, s'il n'en était pas ainsi, il arriverait souvent que je ne pourrais parler de la « chose » sans m'embarrasser dans des contradictions. Qu'est-ce maintenant que cette Vache-en. général? Il semblerait qu'il y ait quelque nouvel élément ou quelque nouvelle matière introduite dans la sphère de la connaissance. La conscience est

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mise en présence d'un phénomène étrange et qui semble inexplicable : une vache qui n'est aucune vache et qui est pourtant toute vache — une vache idéelle ou idéale — Tidée d'une vache

6. — L'opinion de Berkeley et celle de Hume sur cette question semblent être approximativement exactes; mais elles ont ce défaut d'être des exposés d'une vue unilatérale de la question, qui, quoique persuasifs par leur clarté, ne sont pas convaincants, attendu qu'ils sont impuissants à révéler le développement génétique et, par suite, le vrai caractère de ce fait nouveau de la conscience, et peuvent par conséquent être contestés avec une force en apparence égale par un contre-.exposé de l'aperçu opposé- Or, nous ne pouvons découvrir ce qu'il en est véritablement de ce fait, comme de tout autre, qu'en observant la naissance et le développement de la connaissance.

7. — Et cette attitude mentale historique ou phénoménologique met si distinctement devant nos yeux la vérité, que nous pouvons prendre le fait même qui cause maintenant notre perplexité, ce concept dont nous avons retracé le développement, et nous verrons la difficulté qui s'attache à un Concept-Général ou Abstrait se résoudre si nous rapportons le phénomène à la puissance de la Volonté dans l'acte de concevoir, de la même manière que nous avons déjà expliqué im percept-Abstrait, singulier et général, et son illusoire entité indépendante.

8- — Lorsque la Volonté appréhende les diverses qualités présentes dans l'unité de la perception, et trouve que la multitude des objets déjà classés comme « ani-

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maux lents et donnant du lait » ou « vaches » , diffèrent en couleur, en grandeur et en figure tout en demeurant « vaches », elle prend la liberté (dont on a déjà vu un exemple dans la manière dont elle constitue à l'état d'entité intellectuelle un percept unique) de construire pour elle-même une unité dans la conception, unité dont elle exclut délibérément toute qualité quHl lui plaît d'exclure.

9. — C'est pourquoi, lorsque « vache » est maintenu présent à la conscience sans qu'on se réfère à aucune vache particulière, ce n'est pas du tout « l'unité à l'état de perception » d'une vache particulière qui est main,tenue présente par la Volonté et considérée comme représentant toutes les autres vaches, mais cette seule unité à Vétat de perception que la Volonté a choisie pour constituer une « vache » pour la pensée. Ce n'est pas du tout une vache ; mais simplement un certain nombre de qualités abstraites d'individus que la Volonté a liées ensemble dans l'unité de l'acte de concevoir, et auxquelles elle confère une entité provisoire ou quasi entité. Lorsque nous parlons d'une « vache » dans le sens générique, nous parlons d'une connaissance, non d'une chose — d'un objet idéel (une image intellectuellement constituée), non d'un objet réel.

10. — Il est vrai que nous ne pouvons maintenir dans la conscience l'unité à l'état de conception — ce concept abstrait — cet ens rationis — cette chose artificielle de connaissance, sans qu'elle nous présente et nous impose quelque chose sensible particulière, quelque jmage ; car la Volonté, dans sa lutte pour subjuguer la nature et émerger au-dessus du sensible, ne

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réussit pas toujours complètement, et en conséquence les formes sensibles viennent sans cesse se pousser en avant et réclamer une place là où elles n'ont droit à aucune. Mais la suggestion sensible ne vient avec importunité s'imposer (de même que les suggestions sensibles dans la sphère morale) que pour être niée et exclue de la sphère de la connaissance dont il s'agit pour le moment — qui est une connaissance basée sur un acte de la Volonté, c'est-à-dire sur le pouvoir que possède la Volonté de subsumer et d'affirmer une série de percepts tout en excluant une autre série, de façon permanente ou provisoire, de l'alliance avec les premiers. C'est précisément de la même manière que nous lui avons vu le pouvoir d'affirmer une qualité (un percept) et d'affirmer synchroniquement qu'elle réside dans un grand nombre d'objets.

H. — Toute la difficulté est écartée (à mon sens) par la distinction que fait saillir une investigation attentive des opérations de l'intelligence — la distinction entre la totalité à l'état de perception et l'unité abstraite à l'état de conception. On ne soutient pas du tout que la chose générique « Vache », en sa qualité d'une unité dans la connaissance, exclue nécessairement d'ellemême la totalité telle qu'elle est dans la perception. Les àeux peuvent correspondre, tout simplement parce que chaque vache vue jusqu'ici par nous peut être à tous égards semblable à chaque autre vache. Dans un tel cas, le concept-sensible comme réalité [reality] et l'unité rationnelle abstraite (le général-abstrait) arrivent à coïncider et ne diffèrent que numériquement. Tout ce que l'on prétend soutenir, c'est que l'unité

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rationnelle qui est la « notion générale -Vache» [the « Cowgeneral »] n'a rien de sensible en elle (sauf son origine, quant à sa matière), et qu'elle est simplement un faisceau d'affirmations (qui peuvent ou non correspondre à quelque vache individuelle dans la sphère du sens) liées ensemble par la force de la Volonté et transformées en une quasi-entité propre à être affirmée de toute vache possible. En un mot, la Volonté, qui est la source de toute raison et de toute connaissance, a créé une unité rationnelle (qu'on l'appelle, si Ton veut, une vache générique) en affirmant et liant ensemble certaines qualités comme constitutives de cette unité et en niant certaines autres qualités, quoiqu'elles puissent avoir pénétré dans la sphère du sens en compagnie de celles qui sont choisies à l'effet de constituer, pour la première fois, l'unité dans la connaissance. Et cette unité peut être, comme entité spirituelle, entretenue dans la conscience et maintenue en son intégrité par la puissance merveilleuse de la Volonté, qui résolument nie et repousse toute affirmation ou intrusion des totalités originelles existant dans l'attuition sensible.

12. — Toutefois, une entité telle que celle de cette unité rationnelle ou de ce concept rationnel n'est rien de plus ni de moins que l'entité indépendante possédée par les percepts^ tels que « noirceur » ou « chaleur », lorsque ces qualités, étant séparées des objets, sont affirmées par elles-mêmes. Une vache « idéelle » est une vache en idée; une vache en idée est une vache ^/'idée

— une vache de la Volonté. Nous n'en dirons pas davantage sur cette remarquable invention Kantienne

— un monogramme a priori.

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13. — Il est suffisamment clair que le percept-abstrait et le concept abstrait sont l'un comme l'autre accompagnés par l'affirmation tacite [sub-affirmation] qu'ils existent en de certaines choses. Une existence réelle et objective est assignée à ceux-ci, à ce titre qu'ils sont dans les choses dont ils ont été tirés ; mais ils ne nous donnent rien de plus. Et par là nous apprenons que les abstraits, qu'ils soient des percepts, des concepts ou des « lois », ne doivent jamais être traités par la pensée que comme réalisés [actualized] dans les choses, à part desquelles ils ont une signification, mais aucune existence réelle.

44. ' — Ainsi nous trouvons, lorsque nous jetons un regard rétrospectif sur notre analyse précédente, que tous les phénomènes de rintelligence-Raison (en tant que distinguée de l'intelligencé-attuition de animaux) qui successivement se présentent à notre conscience en train de s'épanouir, sont simplement les efforts successifs faits par l'infatigable Volonté pour appréhender, par séparation et par affirmation d'entités, plus qu'elle n'a encore appréhendé. Non contente de se porter par \m mouvement offensif sur les phénomènes sensibles et de sadsir les totalités à l'état d'attuition et de les transformer ainsi en totalités à l'état de perception, elle saisit les parties de ces totalités et constitue des unités à l'état de perception, c'est-à-dire des concepts individuels ; elle saisit les parties de ces parties ; elle saisit, de plus, deux parties ou davantage dans les différentes unités de perception et les maintient réunies ; elle affirme la ressemblance et la non-ressemblance de celles-ci ; elle affirme le percept singulier [singular] comme tel

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(abstrait) ; elle saisit et affirme ce percept comme percept commun ou général; elle maintient ensemble, en qualité d'unité abstraite, tout ce qu'il lui plaît; cette unité à son tour, elle la laisse se dissoudre; et elle dissout aussi ce qui se présente devant elle comme unité, et ainsi découvre la tendance trompeuse de sa propre habitude impérieuse de construire des entités.

15. — Non seulement la Volonté, de cette manière, saisit et différencie, particularise et généralise, combine et dissout : elle saisit (comme nous venons de le faire ici) dans ses prises son propre déploiement d'énergie, ses propres actes d'appréhension et fait de celle-ci, dans toutes les formes ci-dessus rappelées, un objet de contemplation. C'est ainsi qu'elle fait du Connaître comme tel et per se un objet à poursuivre; car non seulement elle saisit et de cette manière connaît, mais elle désire sdlsïx pour pouvoir connaître ceci ou cela : bien plus, elle saisit l'acte de connaître, ainsi que nous venons d'essayer de le faire, et sépare et débrouille les processus secrets de sa propre opération; et elle accomplit une œuvre bien plus grande encore (quoique du même genre), comme nous le verrons ci-après. La connaissance, simplement en tant que connaissance, devient un délice et peut devenir une passion, parce qu'en elle résident la victoire de la liaison et la joie de la vérité. Connaître le vrai et le bien et les réaliser, c'est la cause finale de l'homme.

16. — Mais même un pouvoir aussi grand que celuilà finit par échouer. La piultiplicité sensible menace de l'écraser dans sa recherche de la ressemblance et de la dissemblance; et, d'ailleurs, celles-ci sont souvent

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difficiles à découvrir. La Connaissance sous ses diverses formes se trouve engagée dans une lutte pénible contre sa propre complication et sa propre étendue, lorsqu'elle découvre heureusement, fait à sa main, un nouvel outil — un nouvel instrument pour subjuguer la nature et le phénoménal; outil, toutefois, qu'elle s'est déjà, sans le savoir, mise à employer sous sa forme nidimentaire ; car la forme de l'acte initial de la Perception même — en d'autres termes, la Dialectique, le recèle.

Nous en sommes encore, en vérité, aux phases simplement élémentaires du mouvement d'intelligence : il nous faut maintenant avancer.

Remarque. — Il est usuel, dans les traités de psychologie et de logique, d'aborder « l'abstraction » conjointement avec la généralisation, comme si la première ne faisait son apparition comme acte de l'esprit que conjointement avec la seconde. Mais notre analyse montre que l'acte de percevoir — l'acte élémentaire de toute intelligence — est, comme acte de séparation, un acte d'abstraction. J'isole ou abstrais ceci ou cela, tel que ceci ou cela existe déjà dans l'attuition, et, par un processus de médiation, je le subsume et je l'affirme.

Le percept généralisé est simplement cet acte et l'affirmation tacite concomitante [the concurrent sub-affirmation] que le percept existe en beaucoup d'objets. (C'est, je pense, un abus de langage de l'appeler concept). Le concept généralisé, à son tour, est simplement une S3nithèse de percepts et l'affirmation tacite concomitante que cette synthèse existe en beaucoup d'objets.

122 La Forme de Médiation,

Je puis dire ici également que dans des ouvrages très répandus traitant de la psychologie, la perceptionsensible [sense-perception] est constamment confondue avec la conception-sensible [sense-conception], La Perception est toujours de singulis. J'ai à peine besoin d'ajouter que chez les psychologues sensationistes la Sensation et la Perception sont inextricablement roê' lées.

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