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CHAPITRE IV

LA FORME DE MÉDIATION ENVISAGÉE COMME LA FORME DE LA PERCEPTION, DE LA COMPARAI- SON, DE l'abstraction, DE LA GÉNÉRALISA- TION, DU RAISONNEMENT ET DE L'INDUCTION CAUSALE.

1. — A chercher, par le moyen de la ressemblance et de la dissemblance, des « généraux » [gênerais], la puissance de la Volonté ne tarde pas à s'épuiser. Elle ne pourrait, sans rompre net le fil trop tendu de la pensée, maintenir distinctement présents à elle-même des percepts innombrables et toujours croissants, et le fait de leurs ressemblances et différences. Elle doit ou bien trouver un expédient pour abréger et simplifier sa lourde tâche, ou bien renoncer complètement à sa poursuite du général.

2. — Or elle a déjà, sans le savoir pour ainsi dire, trouvé cet expédient et elle Pa mis secrètement en

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ceuvre sous une forme rudimentaire. Car lorsque nous parlions de l'existence synchrone dans la conscience de B et C (en qualité soit de présentés, soit de représentés) comme étant la condition nécessaire de la comparaison entre eux (ce qui revient à parler de leur existence sjmchrone en qualité d'objets de perception soit immédiats, soit imaginés), dans Texposé de cette condition se trouvait déjà indiqué le nouveau et merveilleux mécanisme d'intelligence qui fait l'objet de notre recherche.

Si je dis que la mer et l'herbe sont semblables sous le rapport de la qualité « vert », la mer seule se trouvant offerte à ma contemplation immédiate, en qualité de présenté, tandis que l'herbe ne lui est offerte que comme souvenir ou représenté, la manière dont je procède est la suivante : — Le Vert (A) est une qualité de la mer (B) ; A est aussi une qualité du représenté de l'herbe (C^); C* -= C; A est une qualité de l'herbe C. Le représenté est déclaré me transmettre un rapport fidèle du présenté ; mais dans le cas en question (cas très usuel) je ne connais le présenté que par son image remémorée. Je désire unir B et C, et je le fais par l'intermédiaire de C^. Il y a ainsi, dans une forme rudimentaire, un acte de perception médiate. Deux extrêmes — B et C — sont réunis grâce à un moyen terme C^

5. — Ainsi la portée du Connaître acquiert une extension qui n'est pas seulement d'un seul degré, mais qui est indéfinie ; la perception iihmédiate a un champ d'observation vaste sans doute, mais non aussi vaste ni aussi important sous le rapport des résultats que la per-

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ception médiate. Il y a bien le souvenir de deux jugements séparés, mais ce souvenir ne suffirait que pour ces jugements séparés, et tout se bornerait là, sans ce phénomène entièrement nouveau de l'intelligence grâce auquel Ton voit les deux jugements donner pour fruit un troisième.

4. — En même temps, ce même pouvoir de médiation facilite aussi le progrès de Tintelligence acquisitive dans sa recherche des qualités communes ou générales ; et la Volonté, comme nous Tavons dit plus haut, en arriverait à s'épuiser, si elle n'était pas pourvue de ce nouveau mécanisme (car il a manifestement la nature d'un mécanisme et il n'est pas lui-même un nouveau pouvoir). J'affirme que la qualité « vert » est commune à A, B, C et D, ou même à un nombre plus considérable de concepts-sensibles distincts, tous maintenus présents à la conscience en qualité de présentés ou de représentés (selon le cas). Toutefois les perceptions et affirmations successives se multiplient au-delà des limites du pouvoir qu'a la Volonté de les retenir ensemble, dans la connaissance, en vue de les comparer ; et cette impuissance nécessite le recours à quelque expédient, tel que celui qui vient d'être mis en lumière. Par exemple, en affirmant la ressemblance de la vingtième observation de la qualité « vert » à la dix-neuvième, nous ne nous bornons pas à affirmer cela, mais nous affirmons aussi la similarité de la vingtième à tout ce que la dix-neuvième, selon ce qui a été antérieurement constaté, est (ou contient) relativement à cette similarité particulière ; et comme la dix-neuvième a été affirmée semblable aux dix-huit observations antérieures.

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la vingtième est aussi semblable à celles-ci, en vei^tu de sa ressemblance à la dix-neuvième, ^

(i) Je m'aperçois bien que les points exposés ci-dessus offrent, à certains égards, matière à discussion, mais l'on admettra que le processus est tel que je l'ai décrit, si Ton considère la seule autre supposition possible. On pourrait dire, par exemple, qu'il n'y a que deux jugements enveloppés dans l'affirmation que le vingtième objet est, sous le rapport du « vert », semblable aux dix-neuf précédents, à savoir, en premier lieu, le jugement que le vingtième est vert, et, en second lieu, le jugement qu'il est, sous le rapport du vert, semblable aux dix-neuf percepts précédents. Mais ce que nous avons déjà établi concernant les a Généraux » montre que dans chaque « Général » il y a Taffirmation d'un particulier plus une seconde affirmation portant que ce particulier est semblable à, ou représente, selon le cas, beaucoup de particuliers. Par conséquent, lorsque je dis que le vingtième est semblable aux dix-neuf percepts précédents, qui sont tous verts, (puisqu'il m'est impossible de maintenir à la fois dans la conscience dix-neuf percepts distincts) en vérité j'affirme la ressemblance du vingtième au dix-neuvième, et en plus de cela, j'affirme tacitement [I subâffirm] une certaine qualité — le vert — comme se trouvant dans le vingtième ; cette qualité est semblable à celle qui a été observée dans les dix-neuf objets précédents. Mais je ne suis pas en état d'affirmer la qualité vert comme présente dans tous les dix-neuf, et comme le dix-neuvième a déjà été affirmé semblable aux dixhuit qui le précèdent, le vingtième est aussi et par là même semblable à ces dix-huit. L'observation du dix-neuvième ne fut pas simplement le jugement : « Le dix-neuvième est vert » ; car je ne tins pour satisfait et ne le laissai que lorsqu'il renferma aussi le jugement : a ce dix-neuvième est semblable aux dix-huit précédents », et que, par conséquent, il enveloppa en lui ces dix-huit objets, quelque loin que pût aller la comparaison future.

Au reste : dire que l'objet vingt est, sous le rapport du vert, semblable à dix-neuf objets précédents, c'est en fait dire que vingt est semblable à l'affirmation générale : a tous ces dix-neuf objets

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5. — Il apparaît donc que, lorsque, dans Toeuvre de comparaison, les objets excèdent ce nombre d'objets qui peuvent être facilement maintenus dans la perception présentative ou représentative comme observations séparées et être immédiatement vus semblables, nous nous trouvons en état d'ajouter un nouveau fait de ressemblance en recourant k la. perception indirecte ou médiate; exemple : dans le cas ci-dessus, 20 = 19, et 19 = I + 2 + 3 etc. jusque 1-8 ; par suite 20 == i + 2 + 3 etc., jusque 18. Ainsi vingt A's successifs

sont verts » ; donc, qu'une qualité ou un percept dans un certain objet est semblable à l'affirmation générale d'une qualité ou d'un percept. Qu'une qualité soit semblable à une affirmation, c'est chose manifestement absurde. On pourrait dire aussi qu'il n'y a à trouver, dans la proposition considérée, que ces deux propositions-ci : « le vingtième est vert », et « le vingtième est, sous le rapport du vert, semblable aux dix-neuf ou à un quelconque des dix-neuf » . S'il en était ainsi, la connaissance atteinte ne porterait que sur une ou deux ressemblances et s'arrêterait là ; à moins que nous ne répétions vingt fois tout le processus, en concluant par l'affirmation unissante : « Tous ces vingt objets que nous avons considérés sont semblables ». Mais telle n'est pas l'histoire mentale du développement d'une connaissance de ressemblance, ainsi que nous le verrons du coup, si nous imaginons un nombre supérieur à vingt et si nous disons deux cents. La Volonté, à mesure qu'elle ajoute à sa provision de percepts ressemblants, en vient à être frappée d'impuissance, et elle trouve, à sa portée, le . processus abréviateur de la médiation, exactement comme, à une phase antérieure, elle trouvait en elle-même le pouvoir de généraliser ou d'assembler plusieurs affirmations sous une seule, et ainsi de signaler sa marche progressive et victorieuse par l'érection de forteresses pour maintenir l'envahissement du pays. {Note de VAuteur,)

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sont trouvés semblables, et nous obtenons, à titre de fait, non à titre d'induction, la proposition générale : « Tous ces vingt A's sont verts ».

6. — C'est ainsi que, ici comme dans la liaison du présaité avec son représenté (par. 2), nous faisons de très bonne heure connaissance avec la médiation, dans la recherche des ressemblances et des « généraux » . Dans l'acte primaire de percevoir, dans l'acte de comparer, et dans l'acte de généraliser, nous voyons donc la Volonté comme un pouvoir né de soi-même, opérant sur des data sensibles; et, en outre, nous trouvons, comme essentielle à son opérçition, bien plus, comme constituant \di forme même de son mouvement, la Médiation, — la perception de la vérité d'une chose par le mo5^n de la perception de la vérité d'une autre. Le processus est formulé dans l'axiome : « Des choses qui sont égales à la même chose sont égales l'une à Tautie ».

7. — La seule fin à laquelle, en cette phase de Tihtelligence, le nouveau mécanisme serve, c'est à arriver à des affirmations de ressemblance et de non-ressemblance, et de « généraux » . C'est un moyen ou une méthode pour atteindre à ce qui autrement nous échapperait comme se trouvant hors de la portée du pouvoir direct de la Volonté. C'est la perception médiate ou indirecte, en tant qu'opposée à la perception immédiate ou directe*

8. — C'est aussi la Forme et la charpente du Syllogisme : par exemple, nous concluons que Socrate est mortel grâce au concept intermédiaire « Homme », attendu que le concept général « Homme » enveloppe mortalité.'

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9. — C'est encore la Forme du Syllogisme inductif d'inférence qui conclut à une proposition universelle; par exemple, A^ A* A^, etc., ontx : ils représentent tous les A's ; par conséquent tous les A's ont x. L'intermédiaire est ici la proposition : « Ils représentent tous les A*s ». [Une pseudo-induction ou colligation est tout simplement la force de la Volonté reliant en un faisceau des faits particuliers].

10. — A son tour, T Induction de Cause est également une conclusion obtenue médiatement (conclusion qui est simplement une synthèse de séquence nécessaire succédant à une analyse de faits); mais dans ce cas le processus de médiation a lieu par négation et exclusion. Pour reconnaître la cause de quelque effet nous isolons simplement la première et la percevons ; mais ceci fera Tobjet d'un plus ample examen ci -après.

H. — Ainsi la Forme de Médiation apparaît d'abord dans Tacte primaire de la simple Perception, où Tintermédiaire est une Négation (Loi de Contradiction); ensuite dans la Comparaison, où l'intermédiaire est quelque autre percept; ensuite dans l'Abstraction et la Généralisation, où l'intermédiaire est la Négation des percepts autres que celui qui est mis à part en qualité de percept-Abstrait, et que ceux qui sont choisis pour constituer un Concept- Abstrait ou Général ; ensuite dans le Syllogisme Déductif, où l'intermédiaire est un Concept- Général ; ensuite dans le Syllogisme Inductif, où l'intermédiaire est une Proposition. A la base du tout, est le pur pouvoir de la Volonté, séparant ce qu'il lui plaît de séparer, et liant ensemble, par pure force, ce qu'il lui plaît de lier ensemble. Mais c'est

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toujours la même Forme fondamentale du mouvement- Volonté qui est à l'œuvre, apparaissant sous des aspectâ de plus en plus complexes.

Ainsi, toute V action de la Raison n'est qu*une répétition du prime acte de Percevoir, et dans ce mouvement dialectique rudimentaire est enveloppé le tout de la Logique Formelle. Cette dialectique est le mécanisme par lequel nous connaissons. [Et, s'il m'est permis ici d'anticiper, cette Dialectique est la forme ou ratio de l'existence].

12.' — A ceux qui semblent garder rancune à l'existence même du syllogisme comme ne contenant dans sa conclusion rien qui ne soit déjà dans sa majeure et sa mineure, et qui le dédaignent pour cette prétendue infécondité, nous pouvons dire ici : Premièrement, qu'ils dédaignent le processus par lequel l'intelligence comprend (rinférence par médiation) ; Deuxièmement, que, puisque tout ce qu'ils connaissent est dû à ce processus syllogistique comme à la loi primaire immanente au connaître [the primary interwoven law of knowing], il est tout-iézonà. Troisièmement, que dégager d'une manière consciente la loi dans ses diverses applications et la poursuivre à travers ses modes et figures subordonnés, doit toujours être une étude propre à discipliner (quoique son importance à cet égard puisse être fort exag^ée) ; et que, dans l'application qu'il fait des règles formelles à des concepts particuliers et des concepts généraux, le syllogisme vivifie l'action de Tintelligence et lui découvre tout le royaume des sophismes de matière non moins que des

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