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Nous avons maintenant à nous demander

Qu'est-ce que cette matière? Qu'est-ce que la Raison- Volonté vise à ramener par analyse à la synthèse d'une unité systématique dans la connaissance ? La première affirmation est que l'objet présenté à ma conscience — son contenu — est^ et est là. Mais ce n'est là que le point de départ. En avançant dans mon travail d'analyse et de différenciation, sous l'empire des lois et formes du processus- Raison telles qu'elles ont été montrées, j'ai connaissance d'un processus ampliatif dans lequel j'ajoute fait à fait, jusqu'à ce que finalement je somme et j'unisse dans la synthèse d'une conception la totalité des marques discernables qui constituent le présente-sensible devant moi, en tant qu'opposé à toutes les autres choses présentées ou qui peuvent être présentées. Quelles sont ces marques de l'objet? Ce sont : son extension, son volume, sa figure, sa solidité et sa couleur; sa rudesse, sa dureté, sa pesanteur, sa sapidité, sa ténacité ou leurs contraires; sa place, son temps, son mouvement [ab extra ou ab ititra), ou son repos; son ordre ou sa relation dans une séquence, l'interdépendance interne de ses parties; sa qualité odorante, sonore, etc., etc.; et sa relation à d'autres choses (positivement ou négativement). Nous avons dans les Catégories d'Aristote une tentative de généraliser tout ce que nous pouvons affirmer d'un objet sensible quelconque {Vqye^ Catégories).

3. — Pour nos desseins actuels, il suffit de dire brièvement que nous appréhendons et affirmons tous les

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sensibles ou comme en repos ou comme en mouvement, soit comme statiques, soit comme dynamiques — à la fois dans leur relation l'un avec l'autre et quan,t à leurs propres parties constituantes.

4. — Le mot : dynamique est employé simplement dans le sens de : en mouvement. Introduire dans ce mot une connotation de mouvement productif et efficient, est un procédé illégitime. Hume avait incontestablement raison lorsqu'il faisait voir que les suggestions du sens ne peuvent nous fournir la Cause.

5. — Tout ce que nous recevons par l'intermédiaire du sens est ainsi 'phénomène. Cela signifie non pas (vïWeChap. I. Partie I) que les data sensibles sont^ar eux-mêmes la réalité [the reality], mais qu'ils sont seulement l'apparaître ou le modus existendi de la réalité : ces deux faces de la réalité, qui existent véritablement [actually] là, constituant la réalité intégrale [actuality]. Le phénomène du sens n'est connu que comme autant de qualités, La matière, en tant que nous la connaissons, est simplement une organisation dé prédicats qui constituent le véhicule de l'Etre [the vehicle of Being]. En connaissant la matière, nous connaissons l'Etre en tant qu'il a pénétré [as brought within] dans la sphère du sens.

6. — Les mêmes remarques s'appliquent aux data du sentiment interne.

7. — Voilà tout ce qui semble nous être fourni par le sens externe. Mais notons que ces choses ont toutes marqué leur empreinte sur la conscience antérieurement à l'apparition de la Volonté ou Raison dans la conscience : elles y existent, en qualité de recepts ou d'at-

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tuits, côte à côte avec certains attuits du sens interne, tels que la faim et la soif, le sentiment de la fatigue, l'amour du repos, le désir sexuel, Tamour de la progéniture, le sentiment de bienveillance, les affections, émotions, etc.

8. -r- Ainsi, considérée dans sa sphère entière, la matière de la connaissance est contenue dans le Sentiment [Feeling].

9. — Lorsque la souveraine Volonté entra en scène, toute cette matière de Tattuition (celle-ci est simplement le Sentiment avec action réflexe), fournie par le sens externe et le sens interne, fut élevée ou devint susceptible d'être élevée au rang de matière de la perception ou de la connaissance. En outre, cette Volonté, opérant sur cette grossière matière, donne naissance à des produits nouveaux. Et pourtant toute matière ou contenu de la conscience est, en fin de compte, un recept dans le Sentiment. Nous entendons par là que toute matière de la connaissance, quelle que puisse être son origine, est, en tant qu'elle est connue, d'abord offerte à la conscience en qualité de datum — est offerte à la réceptivité. Une qualité tirée des choses sensibles par différenciation, abstraction ou généralisation [a differentiate, abstract or generalizate of things of sensé] n'est pas, toutefois, fournie par le sens, en tant qu'elle est quelque chose de différencié, d'abstrait ou de généralisé. Mais ceux-ci aussi sont pourtant des recepts en tant que nous en avons conscience, quoiqu'ils soient le produit de deux facteurs, — à savoir le Sens plus la Volonté et le processus de la Volonté. Ils sont pré* sentes à l'acceptation de la conscience en qualité de

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data, après avoir été formés» Cette résultante de Taction de la Raison sur la réceptivité peut être appelée un recept complexe.

40. — Par conséquent, la matière ou le contenu de Tesprit comprend tout ce que nous recevons ; et il n'y a pas de matière que nous ne recevions — qui ne soit pas présentée au Sentiment [Feeling], Etre conscient, c'est sentir. On a conscience de TEgo et de ses activités par le sentiment de l'existence de ceux-ci [Con-

sciousness of is through the feeling of them as

being].

Matière, dans son sens plus restreint, est cette matière de la connaissance que nous rapportons à l'externe, telle que la conscience de nos propres corps et du monde du sens externe.

H. — . De la réalité du sentiment de la « matière » ou de quelque autre sentiment que ce soit, personne ne , doute : mais en tant que le sentiment projette réflexivement l'impression dans le monde extérieur et la constitue à l'état d'objet, il peut s'élever des doutes quant à la réalité de l'objet; mais la seule question qui mérite d'être considérée dans cet ordre d'idées (après ce qui a été dit dans les remarques exposées sous le titre « Dualisme » ) est de savoir si l'objet est illusion ou réalité — Sdiein ou Erscheinung.

li. — Dans l'examen de cette question, il nous faut porter de nouveau notre attention sur l'expérience du sujet simplement doué d'attuition ou conscient et sur celle du sujet conscient de soi ou connaissant.

Quant à la réalité de l'objet dans la sphère de l'attuition, on ne peut dire qu'une chose : c'est que, dans les

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conditions normales et adéquates, Tobjet est et existe comme nous le sentons, dans la mesure où nous le sentons. En un mot, pour autant que nous le sentons vraiment^ il n'est pas un Schein, mais toujours une Erscheinung. Il n'y a pas d'autre critérium possible, et c'est pure inutilité [triviality] de discuter davantage cette question.

De même aussi, Tobjet est connu par un sujet connaissant, agissant dans les conditions normales et adéquates, pour autant qu'il est vraiment connu. Le connaître vraiment, c'est le connaître clairement, distinctement, et comme satisfaisant aux catégories a posteriori et a priori. Nous parlerons de celles-ci dans la suite. Une connaissance de cette espèce fournit son propre critérium et sa propre critique. Toute connaissance qui est connaissance est dans cette mesure • vraie, et elle est un pas vers la synthèse finale.

13. — Est-ce là tout? Le système entier de la connaissance, tout Tédifice de la pensée et de l'émotion, le monde de la fantaisie, de l'imagination et de l'aspiration peuvent-ils être construits au moyen de ces éléments, — les data primaires du sentiment et les produits complexes obtenus par un ingénieux processus de la Raison, qui est, au fond, la pure force et forme d'une Volonté vide ? En d'autres termes , la Raison estelle simplement formelle ? Non. L'Etre ou la Substance, la Cause, l'Asoluto- Infini, la Loi Morale, le Devoir, Dieu dépassent tout ce que peuvent produire un mouvement simplement formel plus le Sens. Ce sont là choses à expliquer. Il n'est pas scientifique.de prendre en bloc ces notions que possède incontestable-

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ment la conscience humaine, et de les baptiser « idées innées ». Cela fait soupçonner une certaine impuissance de pensée. Tant que le modus de la génération de ces faits de conscience n'est pas dévoilé, il ne peut y avoir que conviction subjective, il ne peut y avoir connaissance objective. Une opinion affirmée avec force n*est pas science.

Mais qu'il me soit permis, remettant cette question à plus tard, d'intercaler ici quelques paragraphes sur le datum Extension, quoiqu'ils impliquent certaines répétitions.

IL Histoire naturelle de la Conscience

DE l'Espace.

La conscience attuitionnelle, nous l'avons vu, renferme en sa notion un interne et un externe, externe qui est le prius historique de l'apparition de l'interne . — qui est donné à l'interne, npn créé par lui. La dualité constitue ainsi la forme première ou élémentaire de toute conscience. Nous avons montré comment est obtenue l'extériorité, en tant que distinguée de l'objectivité.

L'on peut dire, naturellement, que l'extériorité n'est, après tout, qu'une projection de l'intériorité [projected innemess]. D'autre part, l'on peut dire que l'interne est simplement l'externe — une réflexion du mouvement de la Nature, ou bien un moment ou une fonction dans ce mouvement, l'intériorité n'étant que l'extériorité ramenée sur elle-même par elle-même [tumed back onitself by itself]. Spéculativement, les deux systèmes idéalistes sont pleins d'intérêt (et il est un sens, ainsi

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qu'il apparaîtra ci- après, dans lequel le dernier est vrai) ; mais ils ne réussissent pas à supprimer le dualis-» me réel [actual] de la conscience. Il y a, c'est un fait positif, division dans le plan cosmique [a diremptioH in the cosmic scheme].

Au reste, qu'extériorité et intériorité, extension et conscience, ne soient que des branches du même tronc — ou plutôt des faces différentes de Tunité primordiale dont les attributs jumeaux et nécessaires sont la Pensée et l'Extension (leBegrifi ^ abstrait et son extériorisation), c'est ce qui est d'une haute probabilité ; mais, dans une critique de la connaissance, nous ne rencontrons pas de telles questions de pure spéculation ontologique, aussi longtemps que nous nous limitons à l'analytique.

Il est vrai que l'acceptation de la conscience et de l'extension, du sujet et de l'objet, à titre de deux faits primaires et antithétiques, nous enveloppe dans des contradictions qui exigent une solu-tion. Mais nous sommes tenus de rejeter les solutions qui annihilent l'intériorité de l'interne et Textériorité de l'externe. Ce n'est pas une vraie solution que celle qui ruine la connaissance en absorbant de force [by forcibly absorbing] ou en ignorant les contradictions. Notre portée est limitée : nous devons accepter la restriction et la nescience qui en résulte. — Reprenons :

1. — Il paraîtrait que la conscience du jeune enfant n'est informée que d'une extension qui embrasse tout,.

(i) Tenne emprunté à la philosophie allemande. {Note du traducteur).

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extension dont die ne s*esit pas encore séparée et dans laquelle il n'y a ni proximité ni distance, ni position relative, ni trois dimensions, ni aucun objet déterminé. Pour elle, l'espace est simplement une extension diffuse environnante [surrounding diffusiveness] — un totum objectivutn.

2. — Donné de la sorte, il est unique, dépourvu de limites, simple. Le sentiment [feeling] d'espace, sentiment dans lequel la dualité du sujet et de l'objet n'est qu'implicite, ne tarde pas à faire place, dans la conscience qui se développe, à la sensation d'espace ^ — c'està-dire à la conscience de l'espace comme opposé à la conscience, comme « autre » qu'elle. A cette phase, — la phase dans laquelle la dualité émerge obscurément et que l'on peut nommer la phase de la Sensibilité — l'Espace est une extension diffuse [diffusiveness] universelle, ininterrompue; on pourrait l'appeler un universel du sens, et il n'est ^a^ une série d'impressions donnant comme étendu cet objet-ci, cet objet-là et cet autre. En même temps, il est une impression d'une chose étendue [spaced], d'un être étendu. Les objets particuliers, les corps, les quanta ne sont pas encore discernés. Cette sensation confuse d'extension externe fait graduellement place, à la phase de l'attuition, à la délimitation ou délinéation, sur la réceptivité, de certains objets étendus, et ce résultat est atteint, manifestement, par l'aide de la couleur, grâce à la constante répétition des impressions. Sous ce rapport, l'attuition est la sensation d'objets extérieurs en des parcelles ou lots d'extension, pour ainsi dire.

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Des objets étendus et figurés existent maintenant pour la conscience, et l'espace a maintenant trois dimensions.

3. — Par la loi de Tantithèse qui, dans une forme rudimentaire, règne même sur les mouvements intelligents sub-rationnels, cette attuition de phénomènes extérieurs, se limitant mutuellement, confère une plus grande clarté à la sensation de Textension qui nous donnait celle-ci comme quelque chose qui est diffusément épandu au-dehors et au-delà des corps spécialement saisis dans Tattuition. Je dis : la sensation de l'extension; car si tous les mouvements de l'Intelligence apportent, dans leur sillage, une conscience de leur propre antithèse, cette dernière existe toujours sous une forme plus faible et plus basse que la conscience de la thèse.

C'est jusqu'ici que les animaux et les hommes s'accompagnent les uns les autres dans le développement de leur Intelligence. Les sensations coordonnées existent ^oi/r la conscience — se trouvant coordonnées par une sorte d'action réflexe.

4. — Le mouvement de l'intelligence immédiatement subséquent — qui est le mouvement rationnel ou mouvement de la Volonté — appréhende les objets étendus, déjà attuitivement saisis en qualité de quanta existant a là » et s'excluant mutuellement, et, en les subsumant dans l'unité de la conscience et en affirmant leur existence, il donne un dessin vigoureux et éclatant dans la conscience aux objets eux-mêmes. Ce processus est considérablement aidé par le sens du toucher qui renferme le sens de la résistance. Déjà, dans la phase

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précédente ou attuitionnelle de la conscience, nous possédions des attuits de corps (limités) ayant la nature de quanta [quantal], et ipso facto notre sensation de Tantithèse — Tespace non-quantifié — était rendue plus intense et élevée elle-même au rang d'attuit : c'està-dire que nous sentions l'espace non-quantifié comme différent de la figure quantifiée ou du corps et opposé à eux ; mais nous ne percevions pas alors l'extension ou Tespace comme tel, quoiqu'il fût l'objet d'un sentiment \felt\k Taurore même de la vie de la conscience [in the very first breath which consciousness drew], et qu'il fût plus tard l'objet d'une sensation [sensed]. La perception de l'Espace est un acte supérieur. L'esprit n'est encore que dans la phase où il perçoit et affirme le corps ou l'espace quantifié, et par là il a atteint à l'attuition claire (mais non à la perception) d'un espace nonquantifié, dépourvu de limites ou indéfini, en dehors dies objets perçus.

5. — C'est contre cette extension universelle nonquantifiée sentie que l'on peut dire que, dès le principe, le soi-sujet dirige son action : sa fonction, comme nous l'avons vu, étant de chercher sans relâche de nouvelles délimitations et quantifications qu'il puisse ajouter à son fonds de choses connues. Chaque acte de délimitation et quantification met nécessairement dans un relief plus vif l'antithèse, et cette antithèse est finalement une Extension non-quantifiée, non-limitée, non-définie; en d'autres termes, une Extension Indéfinie possédée (jusqu'ici, ainsi que je l'ai dit dans le dernier paragraphe) seulement à l'état d'attuit. Ainsi nous trouvons que la sensation de l'Espace est suivie de l'attuition

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ée l'Espace, et que rattuition de VE^àce comme tel n'est pfes atteinte par la conscience comme uti agrégat d*hinomtbrables espatces limités, mais comme une tmfté première et simple, antithétique à tel espace limité, et à tel ou tel autre : et 'non seulement nous découvrons qu'il en est ainsi, mais nous avons génétiquemeint expliqué le phénomène. L'Espace est le prius ; la quantité, 4e mouvement, la position et la relation dans l'Espace sont les posteriora de l'Espace lui-même dans la conscience.

6. -^ Qu'on me permette d'appuyer sur ce point : que la qualification quantitative [quantality] de l'Espace, c'est-à-dire la conscience de parties ou qu^rta â^Espace, est due à l'action de l'externe sur la conscience, et que, à chaque datum de quantité ainsi fourni, Vindéfinité de l'espace resté en dehors de ce présenté qui a la nature d'un quantum [the quantal presentate] est l'objet d'un sentiment ou d'une sensation [is felt or sensed]. Tout ceci prend place dans la sphère de la conscience attuitiônnelle et nous est commuïi avec les animaux supéiieurs.

Lorsque l'impérieuse Raison apparaît sur la scène sous forme de Perception, l'affirmation du quantum, laquelle est quantification [en tant que distinguée delà qualification quantitative [quantality]) fait ressortir avec plus de clarté dans la conscience l'indéfinité de l'espace. Je Suis alors en état d'appréhender ou de percevoir l'extension indéfinie par antithèse avec l'extension définie. Ce n'est pas là une perception indéfinie (laquelle n'est pas du tout une perception), mais une perception de l'indéfinité. Il est peu d'hommes qui dépassent

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jamais cette perception. L*Inimit^ (dont nous parlons d-après); a'a pas encore apparu dans le champ d^ notee regard.

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