CINQUIEME PARTIE
LBS PERCEPTS DIALECTIQUES OU AFFIRMATIONS SYNTHÉTIQUES A PRIORI. [INTUITIONS INTEL- LECTUELLES].
Préliminaires,
Il est exact que les Concepts, pour être vrais, doivent se conformer à des intuitions (perceptions) réelles [actual]; mais il y a des intuitions intellectuelles non moins que des intuitions du sensible et du phénoménal.
La Conscience déploie la nouvelle puissance — la Volonté, et il en résulte la Conscience-de-soi, c'est-àdire la subsomption du sujet à lui-même opérée par lui-même. Cette Volonté n'est pas elle-même la Raison, mais elle est la possibilité et le commencement [initiation] de la Raison; et dans sa forme de mouvement vers sa fin (fin qui est la perception), elle est la Raison. C'est un processus interne, pur, se déterminant lui-même.
Il n'y a aucune possibilité de définir un pur acte et fait producteur [a pur originating act and fact], tel que la Volonté, mais on peut le décrire comme un mouvement qui commence quelque chose [as initiating movement]. Un mouvement qui commence quelque
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chose tend quelque part, consciemment ou inconsciem^ ment Ce terminus ad quem nous l'appelons fin — informelle parce qu'elle n'a pas de contenu, mais est seulement à la recherche d'un contenu. Dans le mouyciïient primordial, il n'est pas possible qu'aucune fin pîirticulière soit présente en qualité de motif; et pourtant il y a, implicite dans le mouvement, et existant au cœur de l'actQ pur, une fin. La fin formelle, implicite daiîs la Volonté, est le stimulus qui pousse la Volonté à se réaliser, et de là vient qu'elle est, en son essence, (dans la sphère de l'intelligence pure) un mouvement libre. La Volonté est libre -volonté, par opposition au sens, à l'appétit et à la volition qui sont stimulés à leurs activités diverses et spéciales par des fins patho-« logiques par^culières et concrètes — stimuli que nous appelons motifs. Cette dernière condition est la condition animale, et la condition de l'homme en tant qu'il est un animal, c'est à-dire en tant qu'il n'est pas Volonté.
L'accomplissement particulier ou la « fin » que la Volonté, en son mouvement primaire, trouve pour ellemême e§t un percept. Elle atteint ce terme par l'intermédiaire de la Forme de Médiation, et le signe qu'elle l'a atteint est Taffirmation de 1' « être » (déjà doimé, toutefois, dans le sentiment), afiirmation qui Qst extériorisée dans l'affirmation articulée et verbale que l'objet perçu est, La fin que la Volonté, sous la pression de son stimi^lus formel, cherche ensuite à atteindre, c'est d'affirmer non plus simplement que A esl, mais ce que A est; et sa fin ultime est l'affirmation 4e ce que A est véritablement, à savoir l'affirmation de^
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son essence, de son idée objectivement. Comme activité pure, la Volonté s'efforce, sans repos et sans relâche, d'atteindre ce lieu de repos final — l'idée.
Le contenu de la Conscience dû au sens externe ou sentiment est, ainsi qu'il a été dit, résumé dans les prédicaments a posteriori — les affirmations faites par la raison [reason -affirmations] des généralités du Sens.
Les moments de la dialectique du percevoir se suscitent [throw themselves] dans la conscience simplement en qualité de faits d'activité, tout comme le reste du contenu du sujet est constitué par des faits de sentiment.
Les moments de la dialectique sont une contribution tout à fait indépendante apportée à ce qu'enregistre le sujet. Je ne veux pas le moins du monde escamoter I shirk] le fait que ces percepts dialectiques existent antérieurement dans le sentiment [in feeling], sont sentis. Ce serait me départir de cette méthode de procéder suivant laquelle l'Esprit dans le monde a été montré sous l'aspect d'un développement progressif partant du mollusque pour aboutir à l'homme ; et un développement de telle nature que chaque degré renferme en lui une prémonition ou une anticipation de ce qui le suit dans l'échelle ascendante.
Dans le sentiment se trouve réfléchie la ratio natu^ rce, mais aucun être ne pourrait apercevoir celle-ci ou l'affirmer que grâce à la présence en lui de cette activité de la raison et par l'opération de celle-ci. Et cette raison a sa racine dans la spontanéité du sujet, et elle a sa loi propre suivant laquelle elle procède — une détermination interne par soi. N'y en eût-il aucune
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conscience à titre de donnée du sens, Têtre des choses serait donné par le processus dialectique.
Dans la suite, lorsque je parlerai des Catégories, je montrerai que chaque moment des Catégories a son anticipation dans le sentiment. Mais c'est grâce à la spontanéité du mouvement-volonté et à sa forme de mouvement (laquelle est la raison), que le sujet est capable de rendre compte du contenu du sentiment, et c'est dans sa propre ratio cogitandi et grâce à elle qu'il est à même de prendre connaissance de la ratio existendi. Cette dialectique formelle, qui est le réel de TEgo en tant qu'il est une raison, n'est pas simplement un mécanisme servant à interpréter la nature à l'esprit, mais, toujours à l'œuvre in rébus, elle révèle la ratio des res et est constitutive de celles-ci. Elle est le « réel » [« real »] de la raison finie et la raison dans le tout fini.
Les apports de la dialectique au contenu du sujet conscient, dont je parlerai maintenant, sont l'Etre, l'Absoluto-ïnfini, la Cause et la Fin. En parlant de ceux-ci nous parlons des catégories pures a priori.