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CHAPITRE I

L'ÊTRE OU LA SUBSTANCE DANS LE SENTIMENT ET DANS LA DIALECTIQUE DU PERCEVOIR.

C'est à bon droit que nous disons l'Etre ou la Substance, parce que la matière de la connaissance ne donne rien que le phénomène statique ou dynamique, et qu'il n'y a de substance que l'Etre.

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Le terme substance {vjdx) est employé dans des significations diverses : i) Il est «nployé dans le langage populaire et aussi par Aristote (dans un des usages qu'il fait du terme) pour dénoter une chose ^ par exemple un chien ou une pierre avec toutes ses qualités telles qu'elles s'offrent aux sens; bref, une unité oub ^mthèse dans la {>erception-sensible ; 2) Il s'emploie pour dénoter les divers éléments sensibles pris séparément qui entrent dans une unité synthétisée p>erçuei 3) Il s'emploie pour dénoter l'essence (ainsi qu'on l'appelle) de l'unité — c'est-à-dire ce « quelque chose » en vertu de quoi l'unité est ce qu'elle est, et ce qu'elle continuerait à être, malgré la suppression ou le changement de maintes de ses qualités sensibles. Prise en ce sens, la « substance » correspond au principe formel d' Aristote; 4) Il s'emploie pour dénoter le c quelque chose t sensible appelé Matière, qui n'est pas les qualités sensibles à l'état de séparation ni non plus à l'état de tout Ué, mais qui est le substrat sous-jacent où ces qualités sensibles sont supposées résider à titre de manifestations, formes (dans le sens d'aspects), apparences, phénomènes; 5} Il s'emploie pour dénoter ce « quelque chose » non-sensible qui, sous-jacent à la grossière matière-substratum ou au faisceau des qualités sensibles, les supporte et vit en eux ; qui est, en fai% Pêtre de l'objet sensible, et, en tant que l'être de celui-ci, est aussi sa cause, relativement à. ses qualités ou à son existence phénoménale.

Telles sont, je crois, les diverses significations du terme que suggère l'examen des façons de parler des philosophes.

L'Etre ùu la Substance. l5y

Il sera généralement admis que, dans la première et dans la seconde déndtations, le terme « substance » n'est employé qu'en un sens physique, et qu'il est pôr conséquent, à ce titre, étranger à la métaphysique.

Le troisième usage du mot en est un abus : il existe quelque chose de tel que l'essence d'une totalité par opposition à la somme de ses propriétés (au moins logi* quement) ; et il existe aussi quelque chose de tel que la substance ; mais c'e^t parler sans précision que de les confondre. La substance ou l'être, telle qu'on l'entend tomimunément, est sous-jacente à l'essence matérielle elle-même ; et cela, soit que nous interprétions la subs- "fence comme un substrat matériel, ou comme un support et une cause non-sensibles, inconnaissables — un X transcendental.

La quatrième acception du mot représente probablement le sens que, depuis Locke, lui donne habituellement la philosophie Anglaise. De la substance ainsi entendue, nous dirons ici qu'elle semble être donnée dans le sens. La vérité sur ce poiilt est qu'il y a, comme nous l'avons montré, antérieurement à l'apparition de la Raison, Un sentiment [feeling] de « l'être », particulier et universel, et que c'est à l'effet, inter alla, d* affirmer ou de connaître celui-ci, que la Raison paraît.

Le sens externe ne nous donne que des formes externes, c'est-à-dire des qualités sensibles et leurs relations dans le seiitiment et, conjointement, un sentiment de l'Etre immanent efn elles. Il n'y a aucune preuve de l'existence externe substantielle [the external subsistence] d'ime grossière matière, sinon la croyance vulgaire à celle-ci. Cette croyance comnjune est élevée à

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la dignité d'un axiome du « Sens Commun », sur cette présomption qu'elle est donnée comme présente dans la conscience universelle. C'est un fait positif qu'elle n'est pas donnée avec ce caractère. Assurément, la philosophie doit accepter le verdict de la conscience, mais elle ne doit l'accepter qu'après l'avoir interprété et après avoir reconnu ce qu'elle dit réellement. Or ce qu'elle dit concernant la substance, nous sommes précisément occupés à le faire voir. Mais elle ne dit pas qyCune grossière matière existe en dehors de nous, à titre de support des qualités ou à quelque autre titre.

Le cinquième emploi du mot « substance » l'identifie, au fond, avec la cause — avec le support invisible, quoique efficient, de la chose dans son « essence » matérielle et dans ses « accidents ».

Poursuivant, dans la même direction que celle que nous avons suivie jusqu'ici, notre recherche phénoménologique interne, examinons d'une manière plus approfondie cette question de l'Etre.

Dans la première partie de ce traité, et ailleurs, il a été montré que le sentiment de l'être des impdressions est un fait ultime et immédiat de la conscience aesthétique. La Perception, nous le savons maintenant, est un mouvement libre du sujet, effectué dans le but de saisir ou d'appréhender un présenté offert au sens. En d'autres termes, elle est le sujet conscient faisant acte de volonté à l'égard de quelque recept particulier qu'il arrête, limite, retient et subsume dans l'unité de la perception. Cet acte d'arrêter et de limiter s'achève dans

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Tacte d'affirmer qui trouve une expression matérielle ou verbale dans le verbe « être » ; c'est, en langage logique, une affirmation [prédication] de l'Etre en tant que déteiminé et particulier, et, de plus, vu que l'objet est affirmé être égal à lui-même, c'est un jugement d'Identité. L'affirmation-pensée est réalisée, que des mots soient ou non trouvés pour lui donner une expression sensible ; et a fortiori, elle se trouve implicitement contenue dans le simple acte de nommer l'objet qui nous est présenté.

On nous dit : l'objectif ou le phénoménal (à savoir, une présentation sensible) ne peut jamais, par lui-même, nous apprendre plus que le fait phénoménal. Sans doute, on peut prétendre que le phénoménal, simplement comme tel, n'apporte pas à notre conscience le fait de l'être ou de la substance, soit dans le sens nouménal, soit dans, quelque sens que ce soit : l'on peut dire que les modes phénoménaux, statiques ou d3mamiques, coexistants ou successifs, passent devant le sujet humain en tant que sujet aesthétique ou doué d'attuiti'on, et que tout se borne là. C'est là la position prise par Hume; mais là thèse qu'on a défendue ici, c'est que, lorsque l'entité consciente vient à être informée de l'impression phénoménale, c'est-à-dire la sent, elle sent Vêtre de celle-ci, et l'être d'une chose est la réalité [reality] de la chose — ce qui fait que la chose est chose [the thinghood of the thing]. L'être et le phénomène constituent la réalité intégrale [actuality].

Lorsqv^e nous nous élevons au plan immédiatement supérieur [to the next platform] de la conscience, nous nous trouvons mis en présence de l'affirmation, par la

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raison percevante, du fait de Têtre ou de la substantia- Mté. Au moment où nous connaissons ou percevons le phénoménal, nous le connaissons comme étant. En d'autres termes, percevoir ou connaître, c'est affirmer « l'être D [« isness »]. ' Entant que fait de conscience, par conséquent, TEtre est donné comme le Résultat final de l'activité de la Raison. Et il n'est pas doiïné à titre de résultat seulement de la dialectique, mais il est donné dans chaque moment successif de celle-ci. Le sentiment de l'être est devenu maintenant un percept ou une connaissance.

C'est une illusion — une illusion due à ce fait qu'on ïie distingue pas les degrés divers de la conscience (comme nous avons essayé de îles marquer dans nos chapitres précédents) — de supposer que nous acquérons notre connaissance de Têtre, du noumène où de la substance en même temps que l'objet nous est donné dans la sensation ou dans l'attuition; nous n'acquérons ainsi que notre sentiment de l'être, exactement comme nous acquérons le sentiment, non la connaissance, de l'objet lui-même.

Maintenant, le fait de « l'être » a-t-il une réalité objective [an objective reality]? A cette question, nous ne pouvons que faire cette réponse : c'est que (comme nous l'avons vu dans notre premier chapitre) le suj«t conscient le sent immédiatement là, s'ouvre pour le recevoir» comme un universel donné « ici » et « là » ; 6t que, de plus, le soi-sujet, dans l'acte itiême de faire son entrée dans le monde de la connaissance, ipso facto et nécessairement l'affirme. La condition même de la connaissance des phénomènes est que nous les connais-

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dons comme étant, et non autrement. Par conséquent, nous ne sentons, et nous ne percevons et connaissons le phénoménal qaepour autant que nous en avons conscience comme de quelque chose qui est.

Je dis que le fait de Têtre est ainsi révélé à la connaissance dans les. choses, tout comme, dans la période antérieure de conscience aesthétique, il était révélé dans le sentiment immédiat conjointement avec Tobjet. S'efforcer de connaître, de Têtre en tant qu'être, plus que le fait simple et nu, c'est pour la conscience sortir tout à fait de la région de l'être comme tel. Il est manifeste que l'être ne peut absolument rien être qui ait la nature d'une différenciation, d'un phénomène. En essayant de parler de « l'être » davantage, autrement que comme d'un fait simple et nu, donné dans la conscience ou révélé à elle par le moyen du sentiment et par le moyen de l'acte d'affirmation, nous essayons ipso facto de le considérer phénoménalement, de finitiser l'infini : — c'est un suicide dialectique. En d'autres termes, nous commettons l'erreur de tenter de quantifier et de qualifier l'être, le rendant par là phénomène. Dans l'acte même de nous efforcer d'atteindre à une connaissance plus intime de « l'être », nous le réduisons à la condition de phénomène, l'annihilant par là en tant qu'être. Nous sentons l'être et nous le connaissons, et cela^apparamment doit suffire.

« L'être » est donc vraiment dans lés phénomènes ; les phénomènes sont, ou toute intelligence est une illusion et nous ferions mieux de renoncer à penser. D'une manière imfnédiate surgissent dans la conscience attuitive, en qualité de recepts, des phénomènes et dès

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