‹ Metaphysica nova et vetusta:Chapitre 35 sur 67 · MET. II · texte numérisé non relu

MET. II

102 L'Etre ou la Substance.

groupes de phénomènes, avec l'être de ceux-ci fwith the being of thèse] ; et le tout premier acte d'intervention de la raison est d'affirmer cette réalité [reality].

En suivant ainsi jusqu'à sa source notre conscience de « l'être », nous découvrons et démêlons sa réalité, au même moment où nous discernons son néant en tant que phénomène [its nothingness qua phenomenon].

Le sentiment et.le percept « être » est, par conséquent, un élément universel et nécessaire de la conscience, attuitive et pçrceptive, du particulier. Lorsque donc nous sommes capables de nous élever à la conception d'une totalité présumée, et, ensuite, d'une unité présumée des phénomènes (c'est-à-dire de la Nature) nous nous trouvons encore, naturellement, dans la nécessité d'affirmer l'Etre de cette totalité et de cette unité. La totalité ou l'unité est.

Cet Etre nécessaire existant dans le Tout ne doit pas être rejeté et qualifié de néant parce qu'il est sans forme, et de vide ; car il est en réalité toute chose. Il s'évanouit si nous tentons de l'interpréter en qualité ou en quantité, soit comme une chose, soit comme l'attribut d'une chose. Il n'en est pas moins, simplement comme fait, suprême, et manifeste pour la vision intellectuelle.

En résumé, l'Etre n'est pas un prédicat, quantitatif ou qualitatif. Si nous tentons de l'interpréter prédicativement, il s'évanouit, et en son lieu et place nous avons une existence phénoménale, et il nous faut revenir d'un pas en arrière pour recouvrer le percept que nous avons perdu par cette démarche. L'esprit sensualiste de l'homme [the sensuous mind of man] n'accepte pas aisément de telles réalités : il voudrait

UEtre ou la Substance, i63

bien les voir avec Toeil du sens ou de Timagination pour pouvoir y croire, ne sachant pas que toute présentation au sens ou à l'imagination de telles vérités est une contradiction dans les termes, et exclurait l'homme, si elle était possible à la pensée, de toute communion avec ce qui est.

Le terme et la pensée abstraite « l'Etre » considérée comme le point de départ d'une excursion ontologique dans laquelle sujet et objet s'évanouissent, n'est pas ici matière à spéculation. Il est vrai que si nous abstraypns l'Etre et le maintenons présent à la conscience, il n'est alors possible que comme antithèse du non- Etre, et un fait nouveau semble être ainsi révélé à la conscience. Mais c'est une illusion : car le non-Etre ne peut être présent à la conscience que si nous avons au préalable, illégitimement, posé l'Etre comme une « chose » en un certain sens; or, c'est là, de quelque manière que nous puissions dissimuler le processus, phénoménaliser l'Etre, et c'est un acte illégitime. Nous pourrions, par une démarche d'une égale validité, pousser jusqu'au non -Etre abstrait, et dire qu'il n'est possible pour la Conscience que comme l'antithèse du non- -non-Etre, lequel, de rechef, est l'Etre; nous pourrions <Bre aussi que le Percept {voir ci-après) Cause n'est possible que grâce à la négation de la Cause, et TAbsoluto- Infini grâce à la négation de l'Absoluto-Infini : toutes propositions qui sont vraies en un sens, si nous commençons par transformer en « choses » ce qui nous est fourni à titre de données positives, et, en tant que percepts dialectiques, à titre d'universaux dans les dio-

164 L'Etre ou la Substance,

ses (in rerum natura), L'Etre (comme nous le verrons dans la suite), l'Etre comme absoluto-infini et la Cause sont (pour employer une locution chinoise) « le Grand Extrême » de la pensée légitime.

Nous devons donc prendre les attuits et les percepts non-sensibles [non-sensuous] tels que nous les trouvons. L'esprit sensualiste s'égarera toujours dans cette sphère, car dans ces attuits et ces percepts il n y a rien de sensible.

Notons que l'aboutissement ou le terme du mouvement Dialectique est d'affirmer l'Etre, non comme être abstrait, mais comme être dans les choses, être particularisé ou déterminé. Je ne connais rien et ne puis rien connaître au sujet de l'être, si ce n'est en tant que manifesté dans les choses. L'aboutissement de la Dialectique est de saisir dans l'unité de la perception les choses comme choses qui sont, l'être dans et à travers les choses.

Mais ce n'est pas tout : l'attuit aesthétique, rappelons-le, nous donnait l'être de l'impression et sa qualité de se trouver « là » [the « thereness » of the impression]. Par là l'impression devint un objet en corrélation avec un sujet [an object to a subject], avant que l'activité de la raison apparût sur la scène. Le premier soin de cette activité-raison est de se hâter d'affirmer du dit objet qu'il est^ qu'il est égal à lui-même, et qu'il est là. Comme sentiments immédiats, toutes ces affirmations sont implicitement renfermées dans la conscience attuitive ou aesthétique : ce qu'il faut noter ensuite, c'est qu'elles sont maintenant toutes des affirmations faites par l'entremise de la Raison dans l'acte de perception, et se trouvent implicitement contenues dans cet acte élémentaire. Et il faut remarquer en

L'Etre, Universel et Nécessaire, i65

outre, comme je l'ai exposé plus haut, que toute la dialectique de Tesprit individuel s'exerce non pas in vacuo, mais dans et à travers les choses, et qu'elle n'est possible pour la conscience que dans ces conditions.

Page 1