‹ Metaphysica nova et vetusta:Chapitre 38 sur 67 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

l'infini-sensible. — l'espace.

Considérons maintenant l'infini -sensible, en tant qu'opposé à l'infini véritable — au non-fini.

Si l'Infinité quant à l'Espace devait s'expliquer par le fait que l'Espace lui-même serait un a priori de la conscience aesthétique, les animaux auraient en ce cas

L Infini-Sensible. 1 77

un sens de l'infinité, tandis que, dans l'histoire naturelle de la conscience de l'Espace, il a été montré que, à la phase attuitionnelle ou aesthétique de l'esprit, lui sens de l'indéfinité est seul possible. L 'Infinité, comme percept, est fille de la Raison, et sa genèse peut être développée de la manière suivante :

L'intelligence animale, dans l'attuition d'une totalité déterminée dans l'espace, déterminée pour elle, non par elle, doit avoir un sentiment [feeling] de l'indéfinité de l'espace situé en dehors de la totalité donnée. La Raison, née de la Volonté, entre en scène, et alors est possible la perception de cette totalité, qui donne naissance, par antithèse, à une conscience claire de l'indéfinité de l'espace. Lorsque cette conscience est elle-même appréhendée, elle est transformée en une perception de l'indéfinité.

Cette perception de l'indéfinité quant à l'espace n'est pas une perception de l'infinité, quoiqu'on la regarde généralement ainsi. L'acte de détermination (qui est quantification) d'une totalité spatiale dans la perception, ou d'une portion d'espace, produit nécessairement, ai-je dit, par antithèse, la conscience de l'indéfinité ou de l'indéterminé [the indeterminate], et celle-ci, à son tour, peut devenir un percept. D autre part, la perception de l'indéfinité est la perception de l'illimitabilité — de ce qui ne peut pas être délimité [the not-tobe-determined] ; et cela, à titre d'antithèse nécessaire de la limitabilité. C'est ce que nous apercevons du moment où nous voyons que la perception n'est possible qu'en tant qu'elle est détermination, ou quantification, ou négation. Dans l'acte et le fait nécessaires de

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limitation ou finitude, est affirmé Tillimitable ou Tiniinitude-sensible.

Les questions du minimum divisible et du maximum extensibile sont, il me semble, questions futiles. Nous pouvons affirmer un minimum divisibile — que ce soit un atome ou un point (réel) — mais former Vimage d'un minimum d'extension qui ne puisse plus être divisé davantage, ce serait imaginer une extension qui ne soit pas étendue. Quelque réduit qu'il soit, le minimum présumé est encore extension, et il est de la nature même de l'extension d'être divisible : c'est là l'extension. Nous serons capables de concevoir et de prouver un minimum d'extension lorsque A cessera d'être égal à A. Il en va de même du maximum — de la circonscription possible de l'espace. En vertu des conditions mêmes de l'acte de perception, qui est détermination ou quantification, l'espace ûfozY rester toujours en dehors de toute image possible ou portion détermi née de l'espace, prise soit comme maximum, soit comme minimum. L'infini-sensible est en fait contenu dans l'acte de percevoir en tant qu'acte qui détermine. L'homme ne peut sortir de sa propre nature [cannot jump out of his own skin].

Considérez la chose un moment et vous verrez que toute perception de quoi que ce soit d'étendu [spaced] est limitation, et enveloppe en sa nature même la nonlimitation. Par conséquent, au moment où je pense la limite comme telle, îq dois penser l'illimitable ; ou plutôt, dans l'acte de penser la limite je pense l'illimitabilité.

Mais non pas Villimitabilité de l'Espace, mais une série inimitable ou infinie d'Espaces,

La Durée et le Temps. 179

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