LA DURÉE ET LE TEMPS — LEUR CARACTÈRE NÉCESSAIRE ET LEUR INFINITÉ
Au stade de Tattuition, le sujet conscient est récepteur d'impressions externes et coordonne celles-ci par activité réflexe, et ainsi il atteint à la synopsis. Il est, de plus, instruit d'une succession d'objets, a, b, c, d, etc, et les intervalles entre ceux-ci sont remplis par un sentiment de la continuité du sujet récepteur. L'interruption de la continuité du sujet par a, b, c, d, etc, marque dans cette continuité d'être des parties ou périodes. Ces périodes ou laps de durée constituent ce qui doit, en langage strict, être appelé le Temps. Il y a, dans cette condition animale et pré-rationnelle, une vague conscience d' « avant-et-après », mais pour autant seulement que l'association enchaîne ou peut enchaîner akb, etc, et ainsi de suite. Par conséquent, les animaux ont un sens du Temps ; vague, il est vrai, parce qu'il naît d'états simplement attuitionnels, mais suffisant pour attirer notre attention, particulièrement chez ces animaux qui ont un tempérament actif.
Ce qui précède, présumons-nousj serait, du point de vue de Locke, une exposition satisfaisante, quoique brève, du Temps comme fait d'expérience, modifiée et adaptée à la terminologie et au point de vue de ce traité.
Les hommes ont tout ce que possèdent les animaux ; mais ils ont davantage. La différence n'est pas simple-
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ment une différence d'intensité ou de vivacité de sentiment, mais une différence d'espèce [kind]. Cette différence spécifique est due à l'attribut caractéristique de ranimai humain, à savoir la Volonté, qui est la base et le fondemeAt cinétique du percevoir. Ce que l'animal enregistre attuitivement des changements successife ou de la continuité interrompue de la durée, l'homme l'appréhende, le fixe, et le subsume dans l'imité de la conscience — bref, le perçoit. Le Temps, comme périodes (ou espaces) de la continuité ou de la durée, prend ainsi un caractère défini et tranché ; et en même temps qu'il prend ce caractère tranché, naît le pouvoir de noter des périodes [lapses], et de mesurer le Temps. Le vague sentiment d'un avant-et-après est aussi par là élevé à l'état de claire perception d'un avant-et-après.
Considérons cette question de plus près :
D un point de la détermination finie au suivant, il y a un laps. Le fini n'est pas simplement une série de points d'Espace atomiques coexistants, mais il est une série de « maintenant » atomiques.
Le « Temps » n'est pas, comme l'Espace, visible. Il ne peut m'être fourni par le moyen du sens. Tout ce qui peut m'être fourni par le moyen du sens, ce sont des mouvements de parties d'espace dans l'espace. Des espaces atomiques sont intelligibles comme parties d'un seul Espace.
Je ne puis voir le Temps : je ne puis sentir le Temps. Je dois m'en remettre entièrement aux mouvements successifs présentés à ma conscience. Or, aucune succession de mouvements d'espace ou dans l'espace, quel
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qu'en soit le nombre, ne pourrait donner la conscience Temps. Il y a plus : si je veux penser purement et simplement à ce qui se présente réellement à moi dans la sphère du sens seul, je ne trouverai aucune succession. Je serais averti de mouvements — je recevrais ceux-ci : — mais ils seraient anarchiques. Sans parler de Tordre, il ne pourrait y avoir même succession ; et par conséquent, il ne pourrait y avoir aucune série. Il est essentiel de nous dépouiller des associations, et de l'apport de la raison à la sensation, afin de voir clairement ce fait.
a, i, c, comme simples phénomènes, ne donneront pas même, dis-je, une succession ou série. Pour obtenir celle-ci, il faut que j'aie a — b — c. Dire en manière d'explication que a est donné maintenant et b ensuite c'est manifestement supposer une série dans le Temps ; et c'est là la question même que l'on débat.
Il faut qu'il y ait une continuité entre abc pour qu'ils arrivent à ma connaissance sous forme de série. Il n'y a pas de continuité sensible entre les phénomènes comme tels; cela est certain.
Bref, a b cxiQ sont et ne peuvent jamais être une succession, une série, que pour autant qu'ils sont dans un Continuum ou appartiennent à un Continuum : — un continuum qui soit en lui-même sans morcellement : c'est abc qui le morcellent.
Où est ce Continuum ? En ce qui concerne l'individu sentant, nous disons qu'il y a la continuité non morcelée du sujet doué d'être [beënt subject] ou de la puissance réceptive [récipient basis]. Ce continuum n'est pas fait d'une série à* as et bs et es — d'un nombre infini d'expé-
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riences finies. Ce sont ces expériences mêmes, en tant qu'elles sont une série ou une succession, que nous avons à expliquer.
Mais si le continuum n'est pas un nombre infini d'expériences finies, il n'a aucunes déterminations.
Qu'est-il donc ? Il est simplement l'Etre — le seul et unique continuum et lien des mouvements atomiques [comme, peut-être, des espaces atomiques],
La propriété des expériences-sensibles de se présenter a l'une après l'autre » [The « one-after-the-otherness )} of sense-experiences] est donc rendue possible par le fait d'un, continuum permanent dans lequel elles surgissent comme objectives (l'Etre), ou pour lequel elles deviennent en qualité d'expérience subjective (la conscience douée d'être) [the beënt consciousness].
Mais nous avons introduit ici un mot nouveau — le mot « permanent » — forcés que nous étions à le faire par le jeu des déterminations finies sur la scène de ma conscience, jeu qui a révélé, par voie d'antithèse, le continuum un et « permanent » comme étant le fondement nécessaire de la série. Est « permanent » ce qui demeure constamment durant tous les changements; en d'autres termes, c'est, dans sa relation aux changements et à la question du Temps, Ce qui Dure {During). Ce qui dure et Durée doivent s^employer par opposition aux changements et déterminations finis.
Qu'est-ce qui « dure»? L'Etre et l'Etre seul — l'unique lien de l'existence universelle.
Le Temps subjectif. — Il est donc évident que, s'il n'y avait aucun sens d'une continuité remplissant l'intervalle entre les présentations successives a et é, il ne
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pourrait, manifestement, exister aucune conscience du Temps. Il n y aurait rien dont le Temps, c'est-à-dire des laps de durée, pût être une portion. Il y aurait les percepts successifs a et fc, mais comme l'intervalle serait un vide [a blank], rien ne pourrait sortir de cette expérience que les percepts isolés susdits a ttb. C'est la succession àe a b c, se mouvant, pour ainsi dire, sur la surface du sujet- être [being subject] permanent, ou en lui, qui apporte dans la conscience deux faits phénoménologiques, à savoir à) la Continuité de Têtre, ou la Durée; b) des espaces ou parties successifs de l'être continu, ou le Temps.
Le Temps, comme expérience subjective, a donc ses racines dans une double conscience — la conscience de la continuité de l'être du sujet (c'est-à-dire de la durée), et du mouvement ou changement. Jusqu'ici, on voit que le Temps est encore simplement une succession de portions ou espaces de la Durée ; c'est-à-dire des déterminations dans la forme de la succession.
Le Temps objectif* — S'il existe une extériorité véritable (et elle existe), la succession observée de portions ou périodes de durée est alors une succession externe réelle de mouvements. Il y a un avant- et- après extérieur au sujet. Le Temps objectif est, ou pourrait être représenté comme, les pulsations de la durée infinie.
En d'autres termes, l'Eti'e universel s'extériorise comme mouvement en une série protensive de déterminations, aussi bien qu'en Extension. Le Temps donc est une série, qui existe réellement [actualty], de déterminations se suivant l'une l'autre là, dans le monde extérieur, et indépendamment d'un sujet percevant fini.
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tout comme Tespace est une série de termes qui co-existent Tun en dehors de Tautre.
La Durée ou le durer [during] est simplement (ainsi qu'il apparaît maintenant) V^tr^-continué — et nous rencontrons ici une autre notion impliquée [another implicate of] dans TEtre, une notion fournie par sa relation au changement ou à une série. S'il n*y avait pas de changement ou de série, la notion « continué » ne pourrait se produire, et Durer serait simplement un s)monyme pour Etre ; mais par suite du fait du changement un apport nouveau se trouve fourni à la notion de TEtre. La Durée est un courant sur lequel il n'y a aucune ride, un étemel maintenant.
Le Temps est dans le domaine du sens ; et la Durée, la thèse [thesis] du Temps, est aussi dans le domaine du sens ou du sentiment, tout comme l'Etre : car elle est VEtcQ'durant,
Nous ne pouvons continuer à parler de la Durée et du Temps en nous exprimant dans leur langue propre, pas plus que nous ne pouvons les penser avec les caractères qui leur appartiennent vraiment en propre. La Durée assume la forme spatiale d'une quantité protensive — d'une ligne ; et le Temps assume la forme de parties finies de cette ligne. Aussi, ce qui va suivre est-il exprimé dans la langue de l'Espace, et est-il par conséquent, dans cette mesure, métaphorique.
Caractère nécessaire du Temps dans le domaine du Sens. — La Durée est une condition universelle et nécessaire du Sentiment. Le Temps, c'est-à-dire les portions de la Durée, est-il un nécessaire dans la sphère de la
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conscience aesthétique ou sensible? Si même il n'y avait aucun espace, il y aurait encore une conscience de changements internes — d'une succession de déterminations dans le continuum doué d'être [in the beënt continuum]. Le Temps est ainsi non seulement un universel, mais une condition universelle, de la conscience, et, comme tel, un « nécessaire », tout comme l'espace.
Mais, de plus, il est un « nécessaire » du domaine du sens, en tant qu'il est enveloppé dans l'Espace. Je ne puis sentir l'Espace, et je ne puis me figurer l'Espace, que comme une série de parties. Les parties infinies de la quantité extensive enveloppent des quantités protensives ou des temps.
Infinité du Temps dans le domaine du Sens. — Le Temps n'est pas infini dans le domaine du Sens, parce qu'il est lui-même une détermination-finie.
La Durée et le Temps sous les conditions
DE LA Raison.
La Raison, dans sa forme élémentaire de la Perception, entre maintenant en scène pour opérer sur les data exposés ci-dessus.
Elle vivifie lexpérience attuitionnelle. Mais elle ne se borne pas là.
Caractère nécessaire et Infinité de la Durée, — La Durée, puisqu'elle est l'Etre, est a posteriori aussi bien qu'a priori. La Durée est par conséquent un nécessaire et tin infini — le prime et ultime nécessaire du
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sujet et de Tobjet à la fois. Tout l'effet de la Raison est de mettre en relief, grâce à la perception d'une série déterminée, la perception de TEtre- universel en tant que Durant. Mais la conscience de la nécessité et de l'infinité n'est pas due à la Raison : elles sont, antérieurement à l'apparition de la Raison, senties; et maintenant, elles sont perçues et affirmées.
Caractère nécessaire du Temps, — Le sentiment du Temps comme laps de durée — comme déterminations de l'Etre-durant, par exemple, a — b etb — c, est main, tenant, grâce à l'activité de perception, vivifié, différencié, subsumé et affirmé.
La Perception ne consiste pas seulement à déterminer une quantité — à opérer une quantification à l'égard de l'espace- universel; mais, dans le même acte, elle arrête le flux de la durée, a (l'objet) est maintenant.
Mais cette détermination, dans le Temps, d'un maintenant [timing now] est l'aboutissement d'un mouvement dialectique. Le caractère nécessaire du Temps ou de la détermination dans le Temps [or Timing] est ainsi contenu dans la Dialectique. De même, nous avons trouvé que la nécessité d'une détermination dans l'espace d'un objet fini ou quantifié, était un résultat auquel aboutissait nécessairement la Dialectique.
Infinité du Temps. — Nous avons affaire en ce moment à des finis, et l'infini-sensible sous le rapport du Temps apparaît. Arrêter le déterminé, c'est l'ar-
rêter comme existant « maintenant », c'est-à-dire limiter la durée à un « maintenant ». Etant donné la ligne ou le flux de la durée, il est manifestement impossible de la limiter à ce point que j'appelle « maintenant »,
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sans affirmer dans cet acte même un « avant » et un « après ». Ceci, à savoir la non-limitation, ou plutôt le non-encore-limité, ou Tindéfinité, est contenu dans le fait dé la limitation.
Mais à quelque point que je place mon « maintenant », je pose aussi un avant et après : et ainsi je suis forcé d'admettre (exactement comme dans le cas de TEspace) que rillimitable est contenu dans Vacte de limiter, par la nature même de cet acte : T infini sous le rapport du Temps naît de l'acte de finitiser. La limite pose avec elle-même, comme condition de la possibilité de la poser, rillimitable. Mais ce n'est pas l'illimitable du Temps, car le Temps est partout un déterminé ou un fini ; mais une série inimitable de Temps. ^
C'est là r Infini-sensible sous le rapport du Temps. Le véritable Infini est donné dans la Durée comme l'Etre-Durant.
En conséquence, les questions concernant le minimum et le maximum sont inévitables, mais leur discussion est vaine. Qu'il y ait ou qu'il n'y ait pas un punctum atomique de Temps, nous sommes forcés de parler du Temps en termes d'espace, et il est aussi impossible de concevoir un atome de temps qu'il Test de concevoir un atome d'espace. De même, un maximum de là série des Temps, passés ou futurs, est une impossibilité. Il y a une série infinie. Les conditions mêmes du connaître nécessitent l'infinité, c'est-àdire l'illimitabilité de la série : l'infinité est dans l'acte fini ; et puisque le fait est tel, il faut l'accepter simple-
(i) Au pluriel. (Note du traducteur).
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ment. Nous torturer Tesprit de telles questions, c'est dépenser follement notre énergie i. Lorsque nous avons découvert un fait et la genèse de ce fait, notre œuvre est arrivée à son terme. Comme le prêtre Bouddhiste, nous devons, juste en ce point, étendre notre tapis, et, cessant nos recherches, nous arrêter devant Tultime.
Nouvelles Remarques sur l'Infini-Sensible.
(L'Espace et le Temps).
Outre l'infini véritable — Tabsoluto-infini tel qu'il a été expliqué — il y a, nous l'avons vu, une expérience de la raison qui fournit à la conscience l'infinité de l'Espace et du Temps — des deux universaux aesthétiques — sous la forme d'une série d'Espaces et de Temps. Toutefois la finitisation de l'Etre Absoluto- Infini — la détermination qui en fait le fini et le phénoménal — a eu lieu avant que l'infinité de ces universaux du sens devienne aucunement un objet de perception. Il y a une perception de Vindéfinité de l'Espace et du Temps dans le tout premier acte de perception. Cela est inévitable, car comment puis-}e affirmer une portion circonscrite de l'Espace et du Temps sans poser, au même moment, l'indéfini et l'incirconscrit, le non-encore-circonscrit, comme se trouvant au dehors et au-delà du circonscrit ? C'est là une perception
(i) La question : « Le monde a-t-il eu un commencement dans le Temps ? », paraît, à la lumière de ce qui précède, une question mal posée. Elle devrait être : « Le Temps a-t-il eu un commencement?», c'est-à-dire : « Le Fini a-t-il eu un commencement?» {Note de V Auteur).
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de r Indéfini té des universaux Espace et Durée ; et rien de plus. Manifestement, ce n'est pas là l'infinité.
L'activité sans repos de la Volonté, désireuse d'embrasser le tout des choses — la synthèse de toute expérience — trouve, en fait, qu'elle ne le peut pas. Pourquoi ? Parce que la perception est elle-même un acte de détermination de l'Espace et d'arrêt ou de détermination de la Durée. Elle peut ainsi continuer à jamais à déterminer ces universaux, et pourtant, précisément parce que l'acte est un acte de détermination, une série continue et sans fin de déterminations, l'acte de perception est en fin de compte exactement où il en était après sa détermination première. Il en résulte que la détermination du tout de l'Espace et du Temps est, de par la nature même de la raison en tant qu'activité de perception, à jamais impossible. C'est-à-dire que l'Espace et le Temps, déjà donnés comme universaux, sont reconnus être nécessairement inimitables à la raison humaine à cause de la nature de cette raison. S'il en était autrement, perception ne serait pas déterminaftion; la perception comme acte s'évanouirait et il ne pourrait y avoir perception. Mais la raison n'est pas pour ce motif autorisée à dire que l'Espace et le Temps sont infinis en fait — soit dans le sens du maximum, soit dans le sens du minimum ; mais elle a seulement le droit de dire qu'il est impossible à la raison humaine en tant que raison de finitiser ces universaux aesthétiques, et cela, à cause de la nature même de la raison finie. La perception de l'Infini Sensible est la perception de l'illimitabilité comme nécessairement contenue dans la conscience de la limite.
igo La Durée et le Temps.
En employant le terme « T Infini » pour désigner même cette non-limitabilité des universaux du sens, nous courons risque de nous égarer. L'Infini véritable est Tabsolu ou le non-fini tel qu'il a déjà été expliqué.
L'absoluto-infini est comme tel en dehors de la relation et antérieur à la relation; Tinfini de TEspace et du Temps, au contraire, naît du fini et n'est possible que par le fini. Cet infini- sensible qui est par le fini, ce fini qui enveloppe Tinfini a, ainsi que nous le verrons dans la suite, son importance dans Téthique ; et il a son importance aussi dans le domaine intellectuel, car d'une part, il stimule l'activité de la raison dans la direction de la diathèse atomique (recherche de Tessence), et d'autre part, il la stimule à 4*achèvement de la synthèse de toute expérience.
L'Infini véritable, je le répète, est le non-fini : Tinfini-sensible (dont j'ai parlé) naît de l'impossibilité inhérente à la raison humaine (de par sa nature vraihient essentielle) de finitiser le fini en lequel — car il est la manifestation de son Etre, son modus existendi — a déjà passé Tlnfini véritable. En matière d'Espace et de Temps, le jeu de l'infini et du fini, l'un passant en l'autre qui sort de lui [The play of finite and infinité into and out of each other], ne tarde pas à imposer à l'esprit de l'homme la conscience qu'il lui est impossible de finitiser la totalité Espace et la totalité Temps. Il dit alors que l'Espace est infini, que le Temps est infini ; mais tout son droit se borne à rechercher comment il se fait qu'un objet qui est lui-même une détermination finie de l'Infini véritable ne puisse être finitisé par*
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sa raison. Quand il peut découvrir Texplication de ce fait, voir qu'elle gît cachée dans la propre nature de la raison-perception elle-même, il reconnaît alors qu'il n'a pas le droit de faire aucune assertion dogmatique que ce soit concernant l'infinité de fait de l'Espace et du Temps objectifs, mais que son seul droit est de dire que, lui^ il ne peut finitiser leurs séries — ne pourrait même le faire sans un suicide de la raison telle qu'il la possède.
L'Infini véritable, d'autre part, il le sent et le perçoit à la fois comme impliqué dans l'Etre : il est objectif dans les deux sens, dans le sens qu'il est le non-ego et dans le sens qu'il est à la fois l'ego et le non-ego — le seul universel et nécessaire en toute existence réelle [actual] ou possible. Comme tel, il est le fondement, et en sa qualité de fondement, il est constitutif, du Fini.
C'est cette question de l'infini dans le fini d'une série-sensible qui complique toutes les questions concernant l'identité d'une chose concrète. Tout est dans un flux, et il n est pas de point où l'on puisse dire d'une chose qu'elle est purement elle-même, à la façon d'un point mathématique. Dans l'Espace et le Temps tout changement d'état est infiniment divisible. Il n'y a aucun saut, au travers d'un vide, à quelque minimum qu'on puisse le réduire. Il y a une graduation et une gradation infinies. Une chose est maintenant ce qu'elle n'était pas alors, mais même en son « maintenant » elle est déjà en son futur aussi bien qu'en son passé. Les vieilles difficultés sophistiques et sceptiques qui naissent de là n'ont jamais été résolues et ne le seront jamais. Les prétendues réponses ou bien ont été des
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tu quoque ou bien ont été illusoires. . La tâche de la philosophie est, non pas uniquement d'expliquer, mais tout autant de mettre le doigt sur Tinexplicable, de montrer comment il se fait qu'il doit être inexplicable, et de le laisser là.