‹ Metaphysica nova et vetusta:Chapitre 41 sur 67 · I. Le Prédicat Causal · texte numérisé non relu

I. Le Prédicat Causal

Deux questions, à savoir, la nécessité àix Prédicat Causal à titre d'Universel, et la nécessité du nexus Causal, sont (à mon sens) fréquemment mêlées. Hume certainement les distingua, quoiqu'il se mît presque immédiatement à les confondre.

La conscience attuitive est informée de phénomènes externes statiques et d5niamiques, et en relation l'un avec l'autre comme unités d'une série. Il n'y a rien dans l'attuition du mouvement qui puisse suggérer autre chose que le fait lui-même du mouvement. Ce fait est accepté exactement comme sont acceptés les phénomènes statiques et en repos [quiescent] ; et c'est dans l'attuition qui les donne simplement à titre de faits phénoménaux, que s'épuise la fonction de la simple conscience attuitionn,elle. Toutefois, à l'attuition d'une série dynamique est inhérente l'attente de son retou;*. Si une série s'est une fois présentée dans la sphère du sens, pourquoi ne se représenterait-elle pas toujours? Cela est vrai des chiens aussi bien que des hommes; et la conclusion de Hume sur l'ensemble du sujet doit être acceptée comme incontestable, si nous nous confinons dans la sphère attuitionnelle pré-rationnelle du sujet conscient.

D'autre part, supposé que le caractère nécessaire du

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Nexus Causal — le « pouvoir producteur » de Tantécédent dans une séquence temporelle de deux termes ou plus — pût être établi, il ne s'ensuivrait pas que 1^ . Prédicat Causal soit une nécessité de Tintelligence humaine. Si c'était là tout, nous pourrions, il me semble, concevoir qu'une quantité donnée de matière et d'énergie est Téternel status quo, et que la sphère des choses est maintenue par une réciprocité causale complexe et incessante, d'un caractère efficient aussi bien qu'universel, sans conclure pour cela que le status quo primaire est lui-même un effet d'une cause antécédente. Mais nous ne pouvons, c'est un fait, concevoir tel le status quo primaire; et la question est celle-ci : Comment naît le prédicat, universel et nécessaire de Cause? Etant donné la perception de séquences nécessaires dans l'ordre de l'existant et du phénoménal, nous serions, il est vrai, forcés, par l'impulsion de l'esprit, à continuer l'opération par séquent et antécédent régressivement ad infinitum. Mais cette impulsion inévitable de l'esprit ne pourrait établir la nécessité de la Cause comme prédicat universel. On pourrait en effet y voir simplement un cacoethes cogitandi. Il nous faut donc reconnaître tout d'abord si le prédicat causal, en tant qu'universel et nécessaire, est un fait de l'intelligence. Et Ton ne peut résoudre cette question en s'appuyant sur cette raison, fournie par « le sens commun », que nous sommes soumis à une nécessité inévitable d'affirmer la Cause, mais seulement en montrant, selon la méthode critique, la nature et la genèse de la nécessité, si la chose est possible.

Le Prédicat Causal. igS

Dans cet acte, simple, initial et rudimentaire de Tintelligence qui s'appelle la Perception, nous avons trouvé le processus par lequel nous atteignons un percept. Ce processus est (pour Texposer d'une manière générale) la Forme de Médiation qui, si nous la brisons, nous fournit les lois du mouvement-Raison, à savoir les lois de Milieu Exclu, de Négation, de Raison suffisante, et d'Identité. Cette Identité est la conclusion du processus et est la forme sous laquelle l'objet est subsumé par ma volonté dans l'unité de la conscience, et affirmé en conséquence comme être déterminé égal à lui-même. Mais cet être déterminé a été, manifestement, obtenu par médiation ; la chose est, parce jw'elle n'est aucune autre chose. Bref, elle est obtenue médiatement, grâce à une négation qui sert de fondement.

Il en est de même de chaque détermination et différenciation ; et nous avons ainsi un processus de médiation ou processus causal comme prius de ce résultat auquel nous aboutissons dans la perception — à savoir, quelque chose de déterminé ou le percept. Ici donc la Cause, comme « Raison Suffisante » , est intimement unie à la forme même du processus premier de la Raison, l'accompagnant dans chaque acte, et rendant ses actes possibles.

La « Raison Suffisante » résume deux mouvements antécédents, à savoir : A est ou bien A ou bien B ou quelque chose d'autre (milieu exclu); il n'est pas B ni quoi que ce soit d'autre (contradiction ou négation); c'est pourquoi; il est A (identité). La cause, la cause formelle ou le fondement de l'externe existant, est contenue dans le c'est pourquoi de la Raison Suffisante

igô Le Prédicat Causai,

qui gît au cœur du processus médiateur de toute Perception possible.

On voit par là que l'universalité et la nécessité du prédicat Causal, en tant qu'il est prédicat s)mthé.tique [as synthesis] de Texterne et sert à interpréter la matière de la sensation, sont implicitement contenues dans l'acte de Perception, et ainsi sont filles de la Raison.

Comme c'est le cas pour « l'Etre » , le Prédicat Causal est nécessairement affirmé de la totalité et de l'unité des choses, aussi bien que de chaque chose individuelle. Il n'est pas un u général » ni un « abstrait », mais un percept — un percept dialectique — un prédicat synthétique a priori^ et il est enveloppé dans la nature même de la Raison.

L'importance de la distinction que j'établis ici entre le Prédicat Causal et le nexus causal est grande. Si cette distinction n'est pas reconnue, la notion Causale ne peut alors s'appliquer à rien d'autre qu'à des changements empiriques d'état se passant dans la sphère des phénomènes finis.

Nous nous trouvons soumis à la nécessité, dit-on, de reporter régressivement ad injinitum le prédicat Causal. Mais c'est là une illusion ; la Cause, cinétique et formelle, est le fondement réel [real] que la Raison pose comme étant dans les choses, et elle est leprius des choses en tant que phénomènes. Elle est la condition de la possibilité, pour nous, de penser les choses. Lorsque je m'imagine soumis à la nécessité d'afi&rmer une cause de cette cause-fondement et ainsi de suite, je me suis créé à moi-même la difficulté en commençant par sensualiser le percept dialectique. Cause (ainsi

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que nous en avons déjà fait la remarque au sujet de l'Etre). J'ai transformé la Cause soit en un ens d'imagination, soit en un ens d'abstraction — deux procédés également illégitimes. Du moment que je pense la Cause de cette manière, il suit, naturellement, que je dois penser la cause susdite comme causée à son tour, et ainsi de suite. Mais si je tiens la Cause présente à ma pensée en tant que dialectique de la Raison au delà de laquelle, de par la nature même du cas, il ne m'est pas possible d'aller (du moins en suivant les sentiers battus et accoutumés de la pensée), toute affirmation d'une cause de la cause est une contradiction et une absurdité. Cette perception intellectuelle de l'acte et du fait de la pure raison est caractéristique de notre connaissance de tous les percepts Dialectiques.

J'ai dit que la Cause est affirmée comme fondement nécessaire des choses en tant que phénomènes. Après ce qui a été dit ailleurs, j'ai à peine besoin de me défendre contre cette supposition que j'emploierais le mot « phénomènes » dans le sens Kantien. Les phénomènes ne sont pas des apparences des choses, formées par l'esprit, mais le système de prédicats existant là pour l'esprit : outre ceux-ci et leur Etre et leur fondement-Raison ou ratio, il n'y a rien.

Nous voudrions, de plus, faire remarquer que la discussion touchant la régression infinie des causes est futile ; car si la Forme de notre perception — de toute pensée, est causale, comment est- il possible d'imaginer le non-causé dans les choses ? Il nous faudrait au préalable jeter la raison par-dessus bord . La pensée ne peut

igS Le Nexus Causal.

se mettre en dehors des conditions primaires et nécessaires de la pensée.

Une question intéressante se pose concernant la relation de la cause et de Teffet au Temps. La Cause est toujours nécessairement conçue comme Tantécédent de l'effet dans le temps. Pourquoi en est-il ainsi? Parce que tout penser est dans le Temps, et que la forme fondamentale de la Raison donne les moments du processus de médiation comme les antécédents^ le prius de l'achèvement de Tacte dialectique — du percept.

Enfin, le prédicat Causal est en dehors de la série des phénomènes en tant que phénomènes, et, en qualité de fondement, est constitutif de ceux-ci.

Nous pouvons passer maintenant du Prédicat Causal au Nexus Causal.

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