‹ Metaphysica nova et vetusta:Chapitre 42 sur 67 · II. Le Nexus Causal · texte numérisé non relu

II. Le Nexus Causal

Considérons cette question historiquement et génétiquement. C'est là en réalité une question de causation empirique réclamant une explication que les données empiriques ne peuvent par elles-mêmes fournir.

La conscience attuitive, qui précède l'apparition de la conscience rationnelle surgissant dans et par la Volonté, nous pouvons l'imaginer comme n'étant avertie, en ses premières expériences, que des qualités statiques [quiescent] de l'externe. Elle reçoit alors soudainement l'impression de mouvement, par exemple, du mouvement d'une feuille qui jusqu'à ce moment avait été donnée par l'attuition comme stable. Cette expérience ne suggère rien d'autre que le nouveau phénomène isolé — mouvement ou changement d'état. Toutefois

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le fait du changement est introduit par là dans la conscience attuitionnelle et ajouté ainsi à Texpérience réceptive.

Si la conscience rationnelle prend pour la première fois connaissance de ce phénomène nouveau du mouvement, naturellement il y a, ici comme partout ailleurs, place pour le Prédicat Causal universel ; mais il n'y a point de place encore pour le Nexus Causal. Pour celui-ci la matière manque encore.

^intelligence attuitive n*est jusqu'ici informée de rien d'autre que du fait dii mouvement et du changement. Mais si la descente d'une corneille sur la branche avait précédé le mouvement, ces deux mouvements seraient alors, par association, attuitivement saisis comme « avant et après » — a b. Bien plus, même la conscience attuitive pourrait, à la suite d'une certaine fréquence de Vimpression^ associer deux ou trois antécédents à un séquent. L'association dans la mémoire d'un antécédent et d'un séquent a b induit à attendre b à la suite d'une nouvelle attuition de a, comme lorsqu'un chien, envoyant le bras levé, s'attend à la descente d'un fouet : l'association dans la mémoire peut même, à la vue de b, suggérer a.

Bref, l'ordre ou la série des attuits dans le temps porte une intelligence attuitive (en tant que douée de mémoire) à attendre la répétition du même ordre lorsque réapparaît quelque unité de la série. Cette habitude s'engendre au sein de l'expérience phénoménale.

Le fait primaire qui nous est donné, que nous rece* vons, et que nous avons à expliquer, est la séquence ab.

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Indubitablement, Tattuition non-rationnelle de séquents est, au mieux, une association d'un caractère aussi passif et réceptif que Test Tattuition d'une forme phénoménale unique et simple. Cela toutefois n'empêche pas l'éducation de l'expérience ou de la coutume d'avoir son effet dans les intelligences non-rat ion,nelles. Mais la série de mouvements en succession qui dans un chien se termine par la sensation de douleur, peut, quelque jour, changer de caractère. Le fait du bras levé qui, jusqu'à une certaine époque dans son expérience, a été un antécédent de la descente du fouet, se trouve aussi être parfois suivi d'une tape amicale. Le second membre de la série associée de mouvements est ainsi détruit et un autre membre prend sa place ; et cette nouvelle séquence, si elle se répète plus fréquemment que la première séquence qui était unie dans Tattuition, ne tardera pas à s'y substituer. Comme un chien ne peut, parce qu'il manque du pouvoir- Volonté, fixer les attuits dans sa conscience et discerner leurs vrais caractères, il ne peut comparer, quoiqu'il puisse sentir des ressemblances et des différences : ainsi le plus fréquent devient pour lui V invariable, et, dans sa mémoire associative, se trouvent fixées, comme se présentant toujours, certaines séquences.

Ce n'est pas tout : le chien n'a pas seulement, grâce à la simple association, l'attuition de l'invariabilité de succession comme caractéristique d'une série de phénomènes, il a une autre capacité encore : car si quelque plaisir ou quelque douleur affectant son propre organisme est un terme de la série invariable, ses mouvements montrent qu'il s'attend à. voir un terme de la série suivi

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par un autre. 11 attend h quand il a Tattuition de a. Il va de soi que la certitude de l'attente n'est, en aucun sens propre du mot, une connaissance, parce que le mouvement- Raison par lequel nous percevons ou connaissons n'est pas là encore ; mais l'apparition de h est ^T&s-sentie \iove-felt].

Par conséquent, un chien (si nous pouvons nous aventurer à intei-préter son intelligence) a, grâce à la mémoire associative, l'attuition d'une série de mouvements consistant en deux termes ou plus; il a, en outre, l'attuition du fait que l'un suit invariablement l'autre dans l'ordre du temps; et tout ne se borne pas là ; car l'attuition de l'invariabilité avec laquelle se présentent les termes de la série devient dans la conscience du chien ce sentiment : il s'attend à voir un séquent spécifique suivre un antécédent spécifique.

Il semblerait donc presque, que la conscience animale puisse prétendre posséder, en commun avec l'homme, une expérience de la relation causale. Et tel 6st bien le fait sous tout rapport essentiel, si la perception de la cause et de l'effet en tant qu'existant extérieurement, et conséquemment la notion du nexus causal édifiée sur le fondement de cette perception, ne sont que la perception d'une série de phénomènes invariable et certaine (c'est-à-dire: « à laquelle il faut s'attendre toujours »). Il n'y aurait, dis-je, aucune différence essentielle : la seule différence consisterait en une vivacité et une intensité plus grandes des attuitions de l'organisme supérieur (l'homme).

Le nexus causal analysé par Hume est, en fait, le nexus causal du chien, tel que nous venons de le mon-

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trer. C'est, pour nous servir d'une phrase Kantienne, la synthèse de l'imagination dans la sensibilité seule.

Nous avons employé le terme attuition, il est à peine nécessaire de le redire, pour dénoter cet état de la conscience qui n'est ni la perception, d'une part, ni la simple sensation élémentaire, d'autre part : de même qu'il s'élève au-dessus de cette dernière dans son pouvoir réflexe de coordonner, à l'état de totalité unique [single], des impressions S5mchrones multiples, de même il tombe au-dessous de la première, étant un degré spécifiquement plus bas de l'intelligence. Dans Vattuition, le sujet est conscient de l'objet : — l'objet occupe et remplit le sujet sans avoir égard à la spontanéité ou au mouvement de ce dernier, qui se trouve dans une condition de réceptivité, ou, tout au plus, d'activité pasçive ou réflexe. Le sujet est l'esclave du phénomène objectif. D'autre part, dans hi perception ou le connaître, le sujet, comme Volonté, s'applique lui-même à l'objet, arrête le flux des phénomènes, fixe quelque objet phénoménal, et, en le subsumant dans l'unité de la conscience, le rend plus ou moins permanent comme objet de conscience. Or, l'affranchissement de l'homme rationnel à l'égard de la tyrannie de l'objet le rend capable, en premier lieu, de considérer d'un regard ferme la simple S3mthèse dans la sensibilité fournie par les impressions, et de distinguer, dans une série successive, des termes qui ou varient ou peuvent varier, ces termes qui sont les vrais antécédents d'un conséquent perçu. C'est le choc violent, et non l'acte de lever le bras, qu'il discerne comme l'antécédent véritable, invariable et certain de la dou-

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leur du chien lorsque celui-ci est frappé : il découvre que Tagent humain, le bras levé, le fouet, sont autant d'antécédents variables, et, par suite, ne sont pas les vrais antécédents causals. L'attuition du chien est, non moins (il est vrai) que la perception de Thomme, une conscience de séquences : mais la perception d'un homme (par la vertu de la Volonté, son soutien) est une conscience qui peut débrouiller et discerner ces termes véritables de la série qui seuls doivent aboutir au conséquent. Nous nous élevons ainsi à V antécédent invariable conditionnant, et nous avons fait un pas de plus que Hume, et nous nous trouvons côte à côte avec Mill.

Ainsi la perception discerne, d'entre ses expériences phénoménales, celle qui est vraiment l'antécédent invariable et certain d'un conséquent donné. Jusqu'ici elle se borne à lire correctement, dans le livre de l'expérience, ce qui est arrivé, arrive et certainement arrivera. "Lai brute simplement douée d'attuition lit dans le mêine livre incorrectement et confusément, parce qu'elle ne peut faire porter la Volonté sur les phénomènes. Séquence n'est pas conséquence.

Faisons maintenant un pas de plus en avant. L'attente du retour futur de la même séquence dans le même ordre, à laquelle est parvenue la perception de l'homme, est simplement une projection dans le futur de l'invariabilité du passé ; elle se résout en une anticipation confiante et raisonnable ; et la (soi-disant) certitude du retour de b après a ne peut jamais être plus que cette anticipation confiante, à moins que tacitement et subrepticement nous n'y introduisions quelque chose

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déplus, en puisant à quelque source autre que la simple expérience de la séquence comme telle. Chez Hume elle n'est et ne peut être rien d'autre que l'anticipation raisonnable basée sur une coutume ou habitude, et il doit en être de même chez tous les Sensationiste^. C'est à cette phase de l'expérience phénoménale qu'on s'arrête d'ordinaire; et si nous nous y arrêtons, le nexus (soidisant) causal est vraiment résoluble, il me semble, en une séquence conditionnante simplement uniforme : et la proposition à laquelle on aboutit alors est : « b suivra toujours a », et non : « b doit toujours suivre a ». Quelle est ici la vraie force du mot « conditionnant » ? Uniquement d'exprimer que c'est le véritable antécédent, et non simplement l'antécédent apparent, qui a été discerné. Cette séquence uniforme et apparemment inévitable est réellement tout ce que nous trouvions encore. Jusqu'ici l'uniformité de la nature n'est pas nécessaire, mais simplement une uniformité « à laquelle Ton a à s'attendre » . Car la nécessité de la séquence n'est pas encore expliquée le moins du monde : elle est plutôt rejetée. de la conscience comme une illusion, et interprétée comme un simple cacoethes intelligendi.

Or, sans ce quelque chose de plus, on soutiendra difficilement que l'explication présentée ci -dessus de la relation des antécédents et des séquents. épuise le contenu de la synthèse causale que nous appelons le nexus de cause et d'effet. Un choc violent sur un corps sentant n'est pas seulement invariablement suivi dans un tel corps d'une douleur, — comme d'un séquent auquel Von a toujours à s'attendre; mais, en plus de cela, il ne peut manquer d'être suivi de douleur. Il y a un il faut

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dans Taffaire. Le choc violent sur la chair et le nerf, et la douleur consécutive, sont en relation non pas seulement comme termes certains et invariables d'une série, mais comme termes nécessaires d une série. Etant donné Tun, il faut que l'autre suive. C'est là ce que l'intelligence rationnelle entend réellement par la Cause et l'Effet — par le nexus causal, ou la relation nécessaire, de la série séquente a b.

D'autre part, si un antécédent donné enveloppe invariablement et nécessairement un certain séquent, et si ce séquent spécifique ne peut avoir lieu sans l'apparition préalable de cet antécédent spécifique, qu'est-ce à dire sinon que l'antécédent cause le séquent ou l'effectue ? Cause signifie donc, dans la conscience rationnelle, cause Efficiente. Il n'y a pas de cause qui ne soit efficiente ; tout antécédent non-efficient dans une série est, ipso facto, nommé à tort cause, et doit sur le champ être éliminé. Il y a plus : la cause efficiente est aussi la cause formelle, parce que a est le fondement de la différence qualitative qui apparaît, et que nous appelons b.

Il appert donc que la Cause est efficiente et formelle ^ , que le rapport que soutiennent la cause et l'effet consiste en un il faut, un nexus nécessaire — et non simplement en une invariabilité de séquence. Tout ce que nous avons dit jusqu'ici se borne à exprimer un fait phénoménologique positif dans l'histoire de l'intelligence, fait que nous pouvons essayer d'expliquer, mais qui, en fin de compte, refuse de se laisser supprimer par une explication. Peut-il être véritablement

(i) Dans l'acception aristotélicienne du terme. {Note de V Auteur).

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expliqué ou justifié? Devons-nous nous contenter simplement d'affirmer bien haut l'existence et la réalité du nexus nécessaire, ou devons-nous admettre qu'il n'est, après tout, qu'une habitude illusoire de l'esprit?

Examinons : Cette nécessité est-elle donnée dans l'expérience des phénomènes séquents, ou bien est-elle, de quelque autre source, introduite dans la conscience comme concomitante des relations de séquence? La réponse est que, tandis que tous les matériaux phénoménaux sont donnés dans l'expéri^ice, le // faut est un produit émané du sujet — est la forme dans laquelle la séquence temporelle particulière est saisie par la Raison. Toutefois, aucune assertion que cette nécessité est d'une telle nature — aucune force d'expression donnée à la simple assertion — ne peut en établir la vérité. Nous devons montrer comment elle est une nécessité de la Raison. Si nous ne le faisons pas, nous nous arrêtons court au point critique de toute l'analyse, et notre bruyante affirmation n'est que l'opinion vulgaire habillée des vêtements empruntés de la terminologie philosophique.

Voici ce qui en est, conformément à notre recherche précédente.

Le prédicat S5aithétique a priori universel, Cause, implicite d^ns la Forme du Percevoir, nous fait saisir comme causés tous les présentés — les présentés statiques aussi] bien que les présentés d3mamiquesw Le présenté qii m'est. offert, par exemple un oiseau, est perçu et a: firme comme quelque chose de déterminé et de causé, qui est le résultat final d'un processus causal :

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lorsque cet oiseau vole, le phénomène nouveau, le mouvement, est perçu et affirmé comme causé à son tour; . et c'est tout.

Mais si je vois que deux mouvements se suivent Tun Tautre, par exemple, rapproche d'un chat, a, et la fuite de l'oiseau, b, j'ai un cas de séquence dans le temps. Ensuite de cela, le prédicat universel a priori opère de la manière suivante : é a été causé : quelle était la cause? Réponse : ^, l'antécédent dans le temps. Je synthétise ainsi ab comme liés causalement, c'est-àdire nécessairement, et j'établis ainsi le nexus causal dans ce cas particulier. Parmi tous les antécécents possibles de b dans le temps, a seul semble, comme cause productive ou efficace, rendre compte de b. Ainsi la nécessité s'engendre et vient s'appliquer à cette séquence temporelle particulière grâce au prédicat synthétique a priori causal qui nous contraint de penser les choses comme causées de façon ou d'autre. Mais le nexus causal est compris dans la série de ce qui est phénoménalement conditionné.

Mais tout cela, on peut l'accorder, nous donne le fait de la Cause, la nécessité de la Cause comme fondement de é, et l'affirmation de a comme étant ce fondement dans le cas particulier ; seulement nous n'avons pas encore jeté un pont du terme a au terme b de la relation, de manière à obtenir lui nexus qui, comme fait d'expérience, soit nécessaire en tant. qu'il unit ces deux phénomènes particuliers. Cela est vrai; mais Texplication de ce nexus nécessaire dans le cas particulier peut se découvrir dans une opération, simple de l'intelligence. Car, grâce à l'expérience nouvelle, notre

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concept de a (le chat) s'élargit de manière à comprendre la qualité de « alarmant-Foiseau », et notre concept de b (roiseau) s'élargit de majiière à comprendre la qualité de « craignant-le chat; et tant que ces concepts contiennent respectivement ces éléments il faut que a soit suivi de b. Les deux concepts soutiennent, dans la pensée, une relation telle qu'ils s'entrecroisent et ainsi se trouvent liés ensemble de telle sorte que penser et affirmer l'un, c'est penser et affirmer Tautre. Bref, la loi d'Identité joue son rôle dans la connaissance achevée d'une relation particulière de séquence, et le nexus nécessaire dans la pensée se trouve par là constitué. Cest un cas dldentité. Dire, par exemple : « Le feu brûle le bois », c'est dire : le feu est comburant, le bois est combustible : les deux concepts se croisent et s'enveloppent mutuellement.

Nous disons : la connexion nécessaire dans la pensée. Car le nexus que j'établis dans le cas particulier qui s'offre à moi peut n'être pas un nexus du tout in rerum natura. Et pourtant, il est possible que, pendant un millier d'années, les hommes l'aient regardé comme tel. C'fest une question d'observation : b peut n'avoir pas été causé par a, mais par jr ou j^ ou jf . C'est là, dis-je, une question de justesse dans l'observation de la série phénoménale de séquence. Mais une fois que j'ai, quoique à tort, constitué les deux concepts a, b tels que je les ai constitués, ils doivent demeurer dans un nexus nécessaire jusqu'à ce que, dans le progrès ultérieur de la connaissance, je les aie mis en pièces et reconstruits. La vera causa — la vraie S5mthèse de aby nous ne l'atteignons, comme toute autre connais-

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sance^ qu'en dépassant la perception et la conception grossières, et en découvrant, grâce à des processus analytico-synthétiques, le fait objectivement réel [actual]. C'est là la Science. Le nexus in rerutn natura n'est aperçu que lorsque finalement nous apercevons que c'est un cas de transmutation de l'Energie — un cas d'identité physique. Toutefois, dire qu'un effet est simplement la somme de ses conditions, c'est tenter, comme on le fait souvent, de résoudre de difficiles questions au moyen de phrases faciles. Le pavé est sec, et il pleut: résultat: « un pavé humide ». La rencontre des deux groupes de conditions produit un tertium quid — quelque chose qui n'existait pas aupa* ravant.

L'on dit que la perception du fait de l'identité physique explique le nexus causal. Mais cela ne se peut, car le nexus est une chose de pensée. Pendant des siècles, avant que l'on aperçût l'identité qui révéla que h commue effet de a était simplement b^y le nexus de ab fut pour la pensée un nexus nécessaire et efficient. Il importe peu que la synthèse causale fût ou ne fût pas juste. L'opinion est toujours en marche vers la science; mais à chaque pas de la route, elle est subjectivement assurée de ses affirmations causales, et la synthèse ne se dissout finalement que s'il est montré que les concepts contenus dans la synthèse ne sont pas ce que nous pensions qu'ils étaient. Le nexus est ainsi brisé. Le nexus causal repose sur l'identité, mais c'est une identité dans la pensée.

Notons, dans cet ordre d'idées, que l'induction (ainsi qu'on l'appelle) de Cause, dont traitent les Logiciens, si

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elle mérite à quelque titre le nom d'induction, est une induction d'un caractère particulier et analytique. J'ai un effet f; et il y a, le précédant et l'ayant de quelque manière pour effet, les possibilités a,by c, d, e, confondues ensemble. Ma recherche de la cause est une analyse de cette série complexe, faite en vue d'isoler dans la série le véritable élément causal spécifique qui a pour résultat l'effet spécifique /, et que je trouve être e. Nous obtenons ainsi la synthèse causale e-f. Sans doute, dans la recherche de celle-ci nous sommes aidés par les soi-disant méthodes qu'ont établies les Logiciens. Mais celles-ci ne constituent pas du tout des méthodes : elles sont simplement les expédients de l'expérimentateur et sont subsidiaires de la vraie Méthode. La Méthode est analytico-synthétique.

Q'on me permette deux remarques, pour conclure. La causalité ne détermine pas la séquence temporelle de ab. La causalité se trouve simplement enveloppée elle-même dans la séquence temporelle universelle. La Forme du Percevoir nécessite le moment causal comme prius de l'effet — du percept ; et essayer de construire un prius logique dans la pensée, c'est le placer comme antécédent dans le Temps. La dialectique de la raison finie est dans le Temps.

Le Sensationiste, se départant de sa seule doctrine logique et soutenable — l'invariabilité de séquence dans le temps engendrant une quasi-nécessité — appelle maintenant la cause un antécédent invariable conditionnant. Si par là il entend simplement signaler l'antécédent véritable par opposition à de nombreux antécédents possibles ou aux antécédents grossiers du

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vulgaire, manifestement il n'y gagne rien, en ce qui Regarde la question de la causalité. Si, d'autre part, il entend dire par le mot a conditionnant » qu'il y a quelque chose déplus que la vraie séquence temporelle, il fait là une tentative illégitime pour introduire subrepticement la causalité, au sens du pouvoir effectuant et d'effet nécessaire ; et de la sorte, ou bien il abandonne complètement la thèse sensationiste, ou bien il confesse qu'il échoue à expliquer la causalité.

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