LA FIN
La Volonté, sous Faction du stimulus de la fin formelle (vide), cherche à se donner un contenu « réel » [seeks a « real » filling]. Elle le trouve dans le présenté perçu. Cela fait, elle continue alors à déployer son activité sous l'action de deux stimuli — le stimulus formel interne et le stimulus du plaisir qu'elle éprouve à Connaître. Elle marche toujours vers l'achèvement du processus analytico-synthétique — qui, en tant que synthèse absolue du conditionné et de l'inconditionné, est à jamais impossible.
Ce sont des Choses que la Volonté saisit dans les processus de son mouvement dialectique. Elle produit médiatement ses propres percepts, mais ce n'est qu'en saisissant des choses comme produites médiatement — comme constituées causalement de telle manière et non autrement.
Ce mouvement de médiation ou mouvement causal dans les choses est, de par sa nature de mouvement, nécessairement enveloppé dans un terme de mouvement
214 La Fin.
— une Fin. La fin du mouvement dans chaque cas est simplement la chose elle-même en tant que ^éterminée-de telle manière.
Ce qui est vrai de Tindividu est vrai du tout concret. Ce tout — cet univers — est, pour autant qu'il est représentable dans l'imagination, affirmé comme le résultat et l'achèvement d'un mouvement de médiation ou mouvement causal.
Les moments de la dialectique sont les éléments d'une unité qui sont nécessairement conçus (comme toute autre chose) dans une série temporelle, mais que l'on voit s'envelopper l'un l'autre. La Fin est dans chaque moment du processus et au principe de celui-ci.
La question d'une fin « voulue » [« purposed »] implique la question de l'Etre et de sa Dialectique en tant que sujet — en tant que Conscience universelle luimême. Je ne compliquerai pas- le sujet que je traite en abordant ici cette question. \\ suffit de dire que, si l'univers n'est pas une fin voulue, il est au moins un fait. C'est, de plus, un fait qui a son fondement dans cet universel : l'Etre, et qui est posé médiatement ou causé. Un fait causé est un résultat, un produit du mouvement causal, et il est implicitement contenu en lui; et comme tel, il est une fin. Au cœur même du mouvement causal, il y a, contenue en lui, une conclusion [issue], et cette conclusion est la « fin » • — l'accomplissement d'un mouvement commencé.
Cette fin accomplie est l'univers des choses, en tant que datum de la Eéceptivité. Mais, considérée dans toute sa portée, la détermination interne de la Dialectique n'avance pas au-delà du « déterminé-de telle
La Fin, 2i5
manière et non autrement ». Dans ce moment final, celui-ci, comme dialectique, n'est pas encore le phénomène fini . 1 1 est le fondement spécifique du phénomène spécifique, que celui-ci soit un individu ou Tunivers. Ce fondement spécifique est V « essence » de l'individu ^ . La fin du mouvement dialectique est accomplie dans un « déterminé-de telle manière » qui est l'essence de la chose concrète, tout comme une pensée est le prius de son mot. Le mot est représenté, dans le cas que nous considérons, par l'expression ou la manifestation, finies, dans le domaine de la quantité, du « déterminé-de telle manière » de la Dialectique.
Tout comme ma pensée ou votre pensée, lorsqu'elle a atteint la clarté, éprouve la nécessité d'une énonciation vocale, de même la dialectique universelle éprouve la nécessité de s'exprimer dans l'univers de l'Espace et du Temps, pour pouvoir s'achever comme Etre et Penser [Thinking] — se réaliser en devenant l'Existence et la Pensée [Thought]. C'est cette expression de l'Etre et du Penser sous forme du système des choses qui nous parvient — à nous qui sommes parties de ce système et sommes compris en lui — dans la réceptivité du sens. Reconnaître ce que le tout est vraiment, comme tout formé par l'union de l'Esprit et de sa manifestation [a concrète of Mind and manifestation], telle est la fonction de notre penser fini. , Le sens peut seul nous donner le phénoménal extérieur : le penser peut seul pénétrer jusqu'au penser intérieur.
(i) Voyez ci-après : « L'Essence ». (Note de l'Auteur).
2l6 La Fin.
Ainsi nous est donnée dans le processus formel de la raison finie la réalité-esprrt de l'univers, quoique nous ne laissions pas d'être les débiteurs du sentiment, en ce qui concerne le fondement universel, l'Etre.
Nous avons trouvé que « l'Etre » est le seul universel, est simple, un, absoluto-infini, d'une durée infinie, est le potentiel, le fondement de tout ce qui existe et ce qui le pose [thesis] — le support universel de la matière finie et de l'esprit fini. Cet Etre, comme fondement universel, se meut vers la différence et la détermination, en un processus dialectique qui est la Raison ou le penser. La Raison qui a l'être [Beënt Reason] est la vérité intérieure du système entier de différences liées [cohérent].
Nous pouvons donc, pour la brièveté, nommer cet Etre et son processus, l'Etre- Absolu-Causal. Il ne se trouve pas compris dans la chaîne de l'expérience phénoménale et ainsi conditionné lui-même. Dans le sentiment, il est vrai, il est donné en tant qu'Etre. Mais il est donné aussi dans la dialectique — donné dans et par le premier acte synthétique de la raison, qui est la perception, et il est ainsi a priori. Il est conditionnant,
L'Etre- Absolu-Causal est toujours immanent dans son monde ; et nous l'y trouvons au commencement et à la fin. Mais l'on ne doit pas le concevoir soit comme identique au monde, soit comme limité par la totalité finie des choses, comme si le fini était une limitation étrangère : ses limitations sont toujours au dedans de lui-même.
Nous n'imposons pas la Dialectique au phénoménal ;
La Fin. 217
on la voit et on Taffirme dans le phénoménal et par rintermédiaire de celui-ci dont elle est la vérité- esprit. Nous saisissons le phénoménal comme ayant précisément cette nature, La dialectique finie n*est pas simplement formelle ni non plus régulatrice ; elle est du commencement à la fin en action comme constitutive du phénoménal. Par conséquent, tout ce qui est senti ou pensé est senti et pensé, que nous en ayons explicitement conscience ou non, sub specie œternitatis. Toute simple perception, chaque simple perception, en vérité, affirme implicitement Dieu comme Etre et Raison.
Enfin, « la chose en elle-même » est l'essence de la chose concrète, et Tessence est simplement « l'Etre déterminé-de telle manière ». C'est seulement dans l'expression finie du déterminé que la question de l'identité devient réellement une quaestio.
Nous avons vu que c'est le Prédicat Causal dans la Dialectique qui exige une cause dans la série temporelle des phénomènes : que le nexus au sein des phénomènes est, en tant que nexus nécessaire, la nécessité d'une identité partielle des concepts. Nous voyons maintenant que la Fin, dans chaque chose, n'a en vue que la chose elle-même, et dans le tout, que le tout luimême; et que cette fin est le « déterminé-de telle manière » de la dialectique. La Fin est l'Essence,* ainsi que nous le verrons dans la suite.