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EXPOSÉ GÉNÉRAL AU SUJET DES CATÉGORIES

« Il ny a que deux cas possibles dans lesquels une représentation S3aithétique et son objet puissent correspondre, puissent se rapporter nécessairement Tun à l'autre, et, pour ainsi parler, se rencontrer : Ou bien l'objet rend seul la représentation (la perception dans la consciente) possible, ou la représentation (la perception) rend seule Tobjet possible ». Voilà ce qu^ dit Kant, en manière d'introduction à la Déduction des Catégories. En conformité avec le Dualisme, nous devons soutenir que Texpérience mentale est, dans la sphère entière de la Réceptivité, déterminée par Tobjet qui nous est présenté ; et que, par conséquent, le véritable apport a priori à l'objet est limité à ce que la présentation sensible ne peut absolument pas donner. Ces apports a priori viennent au secours de la simple sensibilité, à l'effet de constituer pour la conscience la notion complète de l'objet, tel que cet objet existe réellement là [actually there].

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Je connais un quantum et je connais la Quantité, mais ma pensée de la quantité n'est pas quantité. Et cette remarque s'applique à tout ce qui est donné primitivement dans le sentiment — toutes données qui ne sont pas des produits du sujet fini, en quelque sens que ce soit.

Ce que j'ai maintenant à dire au sujet des Catégories se réduit, en substance, à formuler la thèse et les conclusions des chapitres précédents.

Si par Catégories Ton entend des généralisations des différentes espèces ou classes de prédicables, il est manifeste que nous devrons les chercher à la fois dans les éléments a posteriori de la Réceptivité et dans les moments Dialectiques a priori de la Perception qui, ensemble, sont constitutifs de l'objet en tant que connu.

L'Intelligible ou le Noumène, nous le connaissons comme fait et comme forme-de la raison ; mais nous n'en pouvons rien connaître de plus sans le caractériser; et toute caractérisation est, comme telle, phénoménale pour l'intelligence humaine. Le nouménal, qui est simplement un autre nom pour les catégories synthétiques a priori par lesquelles nous saisissons le phénoménal, nous est dominé dans les choses, mais non par les choses. Ces catégories, la pensée ne peut aucunement les réaliser, même à l'état d'abstraits vides, tant que nQus ne les avons pas trouvées d'abord dans la synthèse de l'expérience. Elles sont le moyen par lequel l'intelligence a l'intellection de ce qui est réellement là [actually there]^ indépendant d'elle et déjà déterminé pour elle. Ce mécanisme dialectique a pour

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fin d'ordonner les phénomènes qui s'offrent à nous et de rendre la connaissance (mais non Texistence) possible; et ce mécanisme existe, de plus, dans le monde et n'est pas simplement formel.

Mais les Catégories a priori ne doivent pas être regardées comme des formes ou des moules qui subsistent à la façon de facultés indépendantes dans l'activité de la conscience, et dans lesquels est coulé le flux du sensible. Nous avons déjà fait voir leur genèse et leur modus operandi.

Et elles ne peuvent non plus être appliquées à ellesmêmes. En tant que moments primaires et formes de la Raison, elles s'acquittent de leur véritable fonction en traitant la matière de la connaissance et en sy découvrant elles-mêmes. La Raison ne peut légitimement faire retour sur elle-même et appliquer les formes a priori aux formes elles-mêmes. Cela nous forcerait à parler de la possibilité de la possibilité, de l'être de l'être, de la cause de la cause, ou de la cause de l'être, et ainsi de suite. Une telle application des catégories a priori ne peut avoir aucune validité. Nous ne pouvons porter notre tête dans notre bouche ^ . Toutefois l'impulsion presque irrésistible à faire cette application doit être reconnue comme un phénomène de la conscience, et expliquée.

Les Catégories a posteriori sont aussi le produit de la Raison, mais seulement en tant qu'elles sont des affirmations [prédications]; par exemple, un quantum est

(i) Nous respectons la pittoresque figure du texte : We cannot carry our heads in our mouihs.

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un datum du sens, mais l'affirmation d'un quantum, que nous pouvons appeler une quantification [a quantificate] est le fruit de la Raison, puisqu'elle est le résultat de l'action de la Raison déterminant ou affirmant médiatement un quantum. L'universel : Quantité est un datum du sens — de l'état attuitionnel de la conscience ; c'est un fait attuitionnel qui me parvient avant que la Volonté avec sa dialectique paraisse aucunement sur la scène. Pour V affirmation de la Quantité, il va de soi que la Raison est nécessaire; mais la Quantité existe à la fois en fait et dans ma conscience antérieurement à l'apparition de la raison humaine. Il en va de même des quanta : ils existent tout d'abord là, au dehors, etlesîijet-conscient en a l'attuition avant de les affirmer. La Qualité, à son tour, est la détermination par la Volonté, dans la perception, de modes d'existence réels [actual] et qui subsistent en dehors de nous. Le degré est simplement, discerné et affirmé, le plus ou moins donné dans l'attuition. Il en est ainsi de toutes les relations : elles sont dans les choses. Ce que nous appelons lois physiques, ce sont simplement des processus se produisant dans les choses, généralisés. Quant au Temps, les animaux en ont le sentiment et l'attuition vagues, et, par l'acte de saisir et d'arrêter sous forme d'un (( maintenant » la Durée, il est simplement déterminé et affirmé.

14 faut donc prendre bonne note de ce fait que les Catégories a posteriori sont données par l'externe, et que c'est seulement pour autant qu'elles sont élevées au rang d'affirmations [prédications] qu'elles doivent quoi que ce soit à la raison-Volonté.

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Il nous faut par conséquent, pour déterminer ces catégories, nous reporter par la pensée à Tétat animal d'attuition, antérieur à l'époque où le pou voir- Volonté a surgi pour donner naissance à la Raison ; car les catégories a posteriori sont simplement la classification des affirmations réelles et possibles des données préexistantes du Sens. V Les impressions faites sur le sujet dans Fétat attuitif sont affirmées, et toutes les affirmations possibles sont ensuite généralisées. Ces affirmations possibles des data du sens sont les prédicaments; et je doute que nous puissions perfectionner beaucoup les généralisations d'Aristote, une fois que nous aurons rejeté celles qui ne sont pas véritablement a posteriori dans leur nature, s'il y en a de telles. Je doute qu'il y en ait, à moins que, au préalable, nous n'allions déchiffrer dans Aristote ce qui n'y apparaît pas à la surface. La Relation dans le Temps pourrait être considérée comme comprenant le nexus causal, mais en tant qu'a posteriori elle doit être regardée comme ne dénotant que les relations sensibles d'antécédent et de séquent dans le Temps, et rien de plus^.

Pour éclaircir la notion à' a-postériorité en fait de Catégories, qu'on me permette de répéter que la quantité est un datum du sens, et que les quanta aussi sont des data. L'acte d'affirmation convertit le quantum.

(i) Les tentatives faites pour pousser plus loin encore la généralisation des prédicaments Aristotéliciens semblent reposer fréquemment sur un malentendu, et, ou bien elles sont illusoires, ou bien elles introduisent des notions a priori. Descartes et Wolff ne distinguent pas entre Catégories du Sens et Catégories de la Raison. {Note de ï Auteur),

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déjà présent à rintelligence attuitive, en un quantifié [a quantificate]. Le quantum, comme c'est le cas pour toutes les impressions, est simplement l'objet dans la sensibilité attendant que la Raison exerce sur lui son action. L'animal est attuitivement conscient des catégories a posteriori sous la forme particulière [in their particularity], mais il ne peut catégoriser, parce qu'il ne peut affirmer. Elles lui sont présentes en qualité d'attuits-sensibles; l'apparition de la Raison dans l'homme le rend capable d'affirmer, et d'élever ainsi ces simples attuifs au rang de connaissance. Par conséquent, les catégories a posteriori sont, à parler strictement, la classification à'attuits reçus, que la Volonté, à son apparition, subsume et affirme, les érigeant par là en prédicats et prédicables.

Cela étant, nous devons, au point de vue strict d'un Dualisme conséquent, exposer la classification des attuits sur lesquels la Volonté agit à l'effet de les constituer prédicaments. Les appeler Catégories (ce qui signifie attributions) antérieurement à cette action de la Raison, c'est user d'un terme impropre. On pourrait toutefois les appeler pré-catégories.

Mais la Volonté dans la perception accomplit bien davantage que cette simple affirmation du phénomène. La Nature interprétée par les susdites Catégories a posteriori serait encore anarchique — serait, tout au plus, un enchaînement de faits. Dans la Forme du Percevoir sont mises en jeu les Catégories de la Raison pure — les prédicats s)mthétiques universels et nécessaires. Elles transforment la confusion en ordre, et l'ordre, à son tour, en système et en unité organique.

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Le processus dialectique dans la Perception consiste dans le mouvement cinétique de la Volonté contenant en elle-même la forme vide de fin et réalisant cette fin — la subsomption d'un objet dans Tunité de la conscience — médiatement, en passant par les moments du milieu exclu, de la négation, et de la raison sufîisante. Cette subsomption dans l'unité de la conscieuce est l'affirmation de quelque chose de déterminé [a determined somewhat]. Or si nous considérons ce processus primaire, nous verrons que toutes les vraies catégories aprion en naissent. Nous trouvons ainsi pour ces catégories l'unité et une construction génétique. Par exemple, la catégorie de la possibilité est simplement le moment du milieu exclu. Le moment de l'être ou de l'exister [being or is-ness] nous fournit l'identité (A = A); et puisque cet exister [is-ness] est donné comme quelque chose de déterminé qui est, nous avons la catégorie de l'Essence qui est simplement l'Etre et sa dialectique en son moment final; c'est la « chose en elle-même ». Les catégories a priori doivent avoir une unité de genèse, que nous soyons capables ou non d'en faire correctement l'énumération; car la Forme du Percevoir est la Forme de la Raison par laquelle elle saisit et ordonne le sensible. Elle est le réseau [the network] de la raison et de l'univers, qui est ainsi pour nous constitué cosmos.

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