LA RÉDUCTION A L'UNITÉ
Il y a, je le répète, une identité entre la Raison Cosmique et la Raison de Thomme. Nous constatons les moments de la raison in rebus^ . La Forme de la Raison est immanente en la nature, et elle y est immanente avant que je connaisse qu'il en est ainsi, ou que je la trouve en moi-même. Seul entre toutes les créatures, rhomme a conscience de ce qui est immanent en lui-même comme constituant sa raison, et il s'en sert comme d'un instrument pour interpréter l'univers. Ainsi, et à condition de l'entendre de cette manière, la Ratio essendi est la Ratio intelligendi et vice versa. Le processus de l'Esprit Universel est d'abord connu par la dialectique de l'esprit personnel. Mais lorsque nous nous élevons d'un point de vue personnel à un point de vue universel, nous voyons que c'est l'uni-
(i) c( Die Logik, dit Hegel, fâllt mit der metaphysik zusammen. » (Note de T Auteur),
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versel mouvement-Raison fonctionnant dans et pour le sujet-conscient (comme en tout le reste) que ce sujetconscient assume à son tour et fait fonctionner dans son libre mouvement-volonté, en vue de saisir dans ses prises la nature comme un tout raisonné. Prenant possession aussi de lui-même, il s'élève au rang de personnalité consciente-de soi. La raison humaine est la raison universelle consciente d'elle-même, soumise à des limitations définies. Dès Tinstant où le mouvement- volonté s'engendre lui-même dans un organisme sentant particulier et Télève à la dignité d'une puissance libre [a free lordship], cet organisme est par là réfléchi sur lui-même, et doit devenir une personne et une raison. Le même Esprit, par conséquent, est à la fois dans la nature et dans l'homme. L'homme est, en sa réceptivité attuitive, un parfait miroir du naturel, et, en l'activité de sa raison, une réplique du rationnel. Mort pouvoir-pensant est la pensée-universelle qui est venue se réfléchir en moi comme conscience finie et est devenue moi. Une fois que je vois cela, toutes choses se réconcilient. L'Etre et la Raison ou, pouvons-nous dire, la Raison qui a l'Etre [Beënt Reason] constitue le seul noumène en infinie différenciation. Cela, je le sais bien, est facile à dire; mais mon but a été de le démontrer. Car j'ai montré comment il se fait que, pour me servir d'une phrase de Schelling, « la Nature est l'Intelligence visible et l'Intelligence la Nature invisible ». Il y a une véritable Unité.
Par conséquent, chez l'homme, la connaissance de l'Universelle Raison dans la nature est la connaissance
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Divine — la connaissance de Dieu, qui est plus proche de nous que « les choses qui sont faites ». La raison de rhomme est une pulsation de l'Universelle Raison, dans laquelle véritablement nous vivons, nous nous mouvons et nous avons nôtre être. Je ne parle pas le langage de Témotion religieuse, mais celui du fait sobre.
Notre fonction comme êtres-connaman/^ est d'interpréter la nature à elle-même par le moyen de la raison; et notre fonction comme êtres « agissants » est de réconcilier, en l'universel et par le moyen de l'universel, notre »
raison particulière avec la nature et les autres esprits finis, considérés comme un tout donné de faits et de conditions.
Mais si je vais jusque-là dans mes afl&rmations, je ne me laisserai pas entraîner à des expressions vagues dune généralité retentissante, et je ne me permettrai pas d'identifier, en vue d'obtenir une fausse unité de conception, soit le sujet uvec l'objet, soit l'objet avec le sujet. C'est là ou bien abolir l'ego individuel oa bien abolir la nature. La connaissance n'est jamais définitive : elle est une évolution graduelle de l'esprit dans la race humaine et par suite une évolution de la conscience- de soi. Mais la connaissance n'est pas une chose en l'air qui n'est ni vous ni moi, ni aucune autre entité. Eternellement, elle suppose un sujet connaissant et un objet connu, et il n'appartient ni à moi ni à quelque homme de réduire ceux-ci à une unité qui ne soit pas simplement, à mettre les choses au mieux^ un parallélisme. C'est assez si nous pouvons voir que le modus operandi nécessaire de la Raison finie est le
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modus operandi de la Chose — du non-moi. Mais cette Chose n'est pas constituée par moi en elle-même, mais elle m'est donnée et est constituée par moi pour moi, c'est-à-dire pour la connaissance, telle que la chose est et existe réellement là [actually there]. Et c'est là le Dualisme.
D'autre part, il est un sens dans lequel le Sijjet est l'Objet. Car l'objet-universel pour ma conscience réceptive est la nature, dont mon corps est une partie, et avec laquelle, par conséquent, mon coi"ps a, dans • une réciprocité qui ne cesse jamais, des relations infiniment variées. Il n'y a aucune rupture de continuité entre l'organisme de la nature et mon organisme. De plus, cette nature, en tant que déterminée en moi, est déterminée comme une conscience qui, libérée de la prison de la nature, pense la nature, et, la pensant, trouve ce penser même dans la nature. Car l'esprit fini, en constituant la nature pour lui-même, révèle que son propre penser est, en même temps, dans la nature. Ainsi, comme partie de la nature, le corps de l'homme est en continuité avec l'Objet et n'est pas une unité isolée — l'Objet est le Sujet; d'autre part, l'homme, comme ego conscient-de soi libéré de la nécessité de la nature, libère la nature, et le Sujet est l'Objet en tant que Raison douée de l'Etre [Beënt Reason], et est en continuité avec lui. De ce point de vue seul s'offre la possibilité d'une synthèse absolue; mais il ne peut y avoir de synthèse là où il n'existe pas de différences à synthétiser.
En fait. Dualisme signifie finitude et individualité. Toute tentative que ce soit de réduire « l'autre » à l'un
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se borne toujours à faire aller cet « autre *» silencieusement de conserve avec lui. On ne V annulera pas. L'annuler est annuler la création — inter alia annuler vous et moi. Il n'est pas de formule qui puisse nous aider, pas de formule qui puisse sauver la vérité de l'existence tout en la perdant en même temps dans ce qui est, après tout, une illusoire Unité d'Etre. Le Dualisme existe pour Dieu aussi bien que pour l'Homme, avec cette différence que l'esprit de l'homme lui-même et toute la nature sont embrassés dans le Sujet universel, et que tout est compris dans le mouvement Divin.
Et pourtant les formes et mouvements qui sont résumés dans les catégories a posteriori sont « phénomène », et comme tels le « non ))-Etre [the « not » of
Being]. Toutefois le « non-Etre » [its « notness »] n'est
possible que comme « un quelque chose )) positif, autre que ce qu'il nie. Et, d'autre part, ce « quelque chose » positif n'est positif que pour autant qu'il contient l'Etre qu'il nie. Telle me semble être l'exacte constatation. Tout ce que je sais, c'est que j'ai devant moi l'Etre dans le phénomène ou en tant que phénomène, expression, extériorisation, l'autre, le négatif : — pareillement, j'ai devant moi le même phénomène etc., comme phénomène etc., qui est [being]. Le phénomène est, l'exister [isness] est comme phénomène (espace, mouvement, etc.) : l'Un est comme différence et comme individus. C'est le conflit et l'union de l'Etre et du non-être qui me donne le réel [actualj. C'est là le Datum en présence duquel je me trouve. Aussi longtemps qu'on tient que le phénomène, l'individu,
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est, on est dualiste : aussi longtemps qu'on tient que l'exister [isness] est sous forme de phénomène ou d'individus, c'est-à-dire sous le mode [i. e. through] de sa propre négation, on est idéaliste. Il n'y a aucune inconséquence à soutenir les deux thèses. Il n'existe et il ne peut exister^ que l'esprit et son extériorisation. Il est impossible de supprimer l'un ou l'autre facteur sans supprimer d'abord tout sentiment, et conséquemr ment toute pensée. Je conserve le terme à l'ancienne mode « Dualiste » parce que je le considère comme assez juste, et que je doute que l'on puisse en trouver un meilleur. L'Ego est le sommet de la Négation; et pourtant n'est-\\ pas? N'a-t-il pas une existencepour soi qui est si loin d'être une pure ombre de l'universel — un pur « schein » -^ qu'elle est le centre d'où je prends la mesure de l'univers et de moi-même, et auquel je reviens, après maintes pérégrinations, pour y trouver la vérité de Dieu ?
Toutefois, il sera déjà manifeste pour le lecteur qui a suivi le développement de notre thèse, que le phéno-^ mène, tout en étant complètement indépendant de chaque sujet individuel, n'est pas en lui-même indépendant, ne subsiste nullement en-soi, mais a seules ment une « existence-pour soi ». Cela est vrai de l'Ego lui-même. L'Un est toujours dans le plusieurs, l'affirmation dans la Négation.
Expliquer toute chose est impossible; mais je tâcherai de montrer plus complètement, quoique cela implique des répétitions, en quel sens nous pouvons dire, que le sujet est l'objet.
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La proposition : « Le Sujet est l'Objet )» pourrait aussi bien s'exprimer en ces termes : « L'Objet est le Sujet )), n'était qu'on pourrait entendre à tort que rObjet constitue le Sujet. De telles phrasçs sont va- 'gues et demandent à être soigneusement précises et examinées attentivement.
Le sujet fini en tant que sentant est lui-même, pouvons -nous dire avec Aristote, « la forme de tous les sensibles ». Il en est la face-esprit [the mind-side]. Mais c'est seulement en tant que sentant que TEsprit peut être informé de la Quantité, etc.; et non pas en tant que Raison.
Il est encore un sens dans lequel le Sujet est l'Objet, "un sens dans lequel on peut dire de l'Objet qu'il est l'activité du sujet. La Nature, aussi bien que l'esprit de l'homme et de tous les autres êtres, est l'extérieur du sujet universel — la détermination ou finitisation du sujet universel, — son modus existendi. "Liesse et le cogitare sont toujours immanents dans V exister e phénoménal. Telle me semble être la véritable et simple transcription de l'expérience. Remarquons maintenant que mon sujet fini est ce sujet universel finitisé — c'est-à-dire enveloppé dans la série de l'Espace, du temps, etc. ; et lorsque mon Sujet déploie son énergie pour saisir dans ses prises l'Objet universel, il le fait suivant un certain mode, mode qui est non pas seulemeiit sa propre dialectique, mais encore est fw rébus — est la dialectique de ce qu'il saisit dans ses prises — la raison immanente de l'univers. De l'objet donc, comme ohiet-Raison, et non simplement comme être extérieur de Quantité, Mouvement, etc., je découvre qù^il est
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mon sujet en tant que raison. Le résultat auquel j'atteins par mon acte de penser est donc de me découvrir moi-même dans l'objet. De m'y découvrir moimême, je le répète, et noil pas de constituer le fait de la Raison immanente dans sa propre objectivité. Cette Raison immanente est leprius du sujet fini, et le sujet fini l'interprète grâce à son identité fonctionnelle (non pas personnelle) avec l'universelle Raison immanente. Comment, en effet, la ratio mundi pourrait-elle être aperçue sinon par la ratio?
Le Sujet Universel, en établissant l'objet universel dans l'espace et le temps comme « l'autre » par rapport à lui, n'a pas laissé cet objet lui échapper et ne l'a pas abandonné à lui-même comme un « quelque chose » extérieur et indépendant. C'est l'esprit-universel qui s'extériorise ainsi; et nous avons trouvé que l'Etreuniversel est en tout, est répandu à travers tout, soutient tout. Le tout en Quantité, etc., est simplement l'esprit universel vivant de cette manière [so living]^, L'Esprit- universel apparaît d'abord comme espritindividuel — esprit se séparant de la nature quoiqu'il soit toujours en elle — en elle, mais non ^'elle — comme esprit-individuel, dis-je, sous la forme du sentiment ou de la conscience. Celle-ci est l'Etre-universel en qualité d'individu qui sent, reçoit et réfléchit l'Objet-Nature qui, pour autant qu'il est simple phénomène, est mort [dead]. Mort, c'est-à-dire mort pour tous, sauf pour le Sujet infini créateur, jusqu'à ce que l'esprit fini, indi-
(i) Le monde du Sens n*est pas, comme tel, la Pensée, mais la pensée déterminée de cette manière. (Noie de P Auteur).
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vidué surgisse pour lui dire ce qu'il est vraiment en sa qualité de face externe [as the outer] de la Raison immanente qui a TEtre [Beënt Reason immanent], A partir de ce moment, Dieu eât à la fois senti et connu — l'universel par le particulier, Tinfini par le fini, le Créateur par la créature.
La doctrine de Dieu immanent dans la nature et dans l'homme est- elle Panthéiste ? Il semblerait qu'elle le soit, à la façon dont l'immanence a été entendue jusqu'ici. La question ne sera pas discutée ici ; mais je puis faire remarquer que la doctrine de Dieu immanent comme Etre et Penser est, de quelque manière qu'on le pose, un Panthéisme implicite. Mais dira-t-on la même chose d'une doctrine qui conçoit Dieu comme Pensée immanente? La Nature et l'homme ne sont pas simplement le Sujet éternel en un processus continuel de détermination, mais le Sujet étemel déterminé. Le Penser éternel est le fondement nécessaire de tout ; mais dans le monde et l'homme ce penser s'est déterminé en individus, et il est maintenant Pensée. C'est-à-dire que TAbsoluto- Infini a eu à compter avec le fini — la négation de lui-même — et est devenu le fini comme déterminé et passé à l'état de ceci ou cela. Le penser-éternel est le fondement, continu^ qui ne manque jamais, de tout ; mais la Pensée résultante a ses droits propres.
Une telle immanence n'est pas le Panthéisme. Elle peut paraître un panthéisme à des esprits incapables de concevoir la séparation de l'Etre-pensant d'avec sa pensée accomplie, autrement que comme une séparation
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spatiale. De tels esprits sont esclaves du Sens. Je m'estime satisfait, en attendant, si le lecteur admet simplement TEtre-Absoluto-Infini-Causal comme fondement de tout ce qui existe — Tesprit-thèse universelle [the universal mind-thesis]. S'il veut y arrêter sa pensée, il se trouvera bientôt contempler un Etre Absoluto- Infini-Causal.
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