‹ Metaphysica nova et vetusta:Chapitre 53 sur 67 · IV. L'Essence (Suite · texte numérisé non relu

IV. L'Essence (Suite

Rapport du Concept Général à l'Essence d'un Individu, — L'essence d'un concept-général est la synthèse totale elle-même ; et l'essence d'un objet singulier [a singular] ou d'un percept (qu'il soit particulier ou général) est le percept lui-même. Quant à ce qui regarde le concept individuel, — une chose, nous trouvons qu'il n'y a, d'un point de vue cosmique, aucune différence entre la Notion et l'Essence. Le terme a essence » employé comme synonyme d' « idée » et logiquement, dénote l'isolement et la mise en relief (pour des fins logiques ou populaires) des éléments négatifs de la chose considérée en relation. A l'égard de V individu j essence et idée signifient cette négation qui différencie (et qui est elle-même, naturellement, quelque chose de positif), conçue non pas comme une qualité ou un prédicat, mais comme le processus causal qui fonctionne dans la chose [as causal functioning in the thing].

J'ai dit qu'essence et idée, comme termes s5monymes, mettent simplement en relief cette partie de la notion d'une chose qui signale ses relations négatives aux autres choses. Et je crois que ceci peut nous aider à dégager de la complexité de la pensée là relation d'un concept-général à l'essence des choses particulières comprises sous ce Concept — problème commun au * monde ancien et au monde moderne. L'eiSoç est l'idée ou l'essence — de quoi? Chaque vache, par exemple, d'entre la multitude des vaches qui ont existé ou existent est dite différer « essentiellement » de toute autre.

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La différence « essentielle » entre le concept-sensible particulier et individuel, vache a, et vache h y est (il se peut) dans la longueur de son poil ou la couleur de son poil ou dans tout autre caractère qu'il vous plaira. Biles diffèrent « essentiellement » ; mais on dit aussi qu'elles sont « essentiellement » semblables^ en tant que chacune a en partage une certaine synthèse de caractères que j'ai découverts et que j'ai liés par la pure force dynamique de la Volonté, synthèse que j'appelle un concept général. Ainsi les vaches sont en même temps essentiellemeut différentes et essentiellement semblables. En disant qu'elles sont essentiellement différentes, j'affirme en sous-ordre [I sub-affirm} leur essentielle ressemblance, et en disant qu'elles sont essentiellement semblables, j'affirme en sous-ordre leur essentielle différence.

Considérons maintenant ce concept- général ou eîSoç dans son rapport aux individus eux-mêmes d'un groupe ou d'une classe, à l'effet de pouvoir découvrir la raison qui nous fait employer le concept-général comme représentant, en un certain sens spécial, V essence de chacun.

Je suis un second Adam dans un second Eden, nommant les bêtes, et j'ai déjà conquis le concept « animal » par mon expérience des poissons, des reptiles, et des oiseaux. Voici qu'aujourd'hui passent devant moi en files des. moutons, des chèvres, et des vaches, et ils me donnent une foule de sensations nouvelles. Je vois qu'ils sont des animaux, mais dissemblables de ceux d'hier, et je donne pour nom à la

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multitude leur qualité commune la plus saillante -^ « quadrupède ». Supposons que je me tienne pour satisfait ; j'ai alors un percept qui est un percept-générai parce qu'il se rapporte à une multitude d'individus. Je suis maintenant fondé à dire que la caractéristique essentielle des animaux d'aujourd'hui comparés aux animaux d'hier est « la qualité de quadrupède b ; mais cette qualité n'est pas plus de T « essence » des moutons et des chèvres et des vaches que toute autre qualité possédée par ces animaux. Une observation nouvelle m'autorise à dire qu'ils sont aussi mammifères et herbivores. Mon percept-général est devenu maintenant un concept-général -^ une synthèse de qualités ou de percepts qui comme synthèse a rapport à une pluralité [has a plural référence]. Chaque animal a maintenant cette synthèse de csiractéristiques, quelques autres qualités qu'il puisse ou non posséder. Mais même cette synthèse n'a pas plus à démêler avec « l'essence » de chaque animal que le percept général singuher o qua* drupède » n'avait à démêler avec elle. Elle est simplement une sommation de certaines qualités que chacun possède conjointem^t avec une multitude d'autres non mentionnées.

Et pourtant je dis à bon droit que cette synthèse de qualités distingue la multitude variée qui s'offre à moi deç autres animaux vus et nommés jusqu'ici, et est ainsi leur essentielle S3nithèse (ou la synthèse qui leur est essentielle) en tant que groupe.

Précisément donc comme, dans le cas d^objets indi*viduels, — l'ess^ice d'une pensée noire est le perçut singulier couleur noire^ et celle d'une bille rouge de

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billard, couleur rouge, en tant qu'opposées aux autres pensées et aux autres billes de billard; précisément comme, ensuite, « l'essence » d'une multitude d'objets est lepercept singulier « qualité de quadrupède », ressemblance commune sous laquelle ils sont groupés ou classés comme étant ce par quoi ils sont opposés à, ou différenciés de, tous les autres animaux (observés jusqu'ici) ; de même maintenant, la synthèse de percepts, c'est- à dire le concept-général, combinaison de ressemblances sous laquelle ils sont à présent groupés, est appelée l'essence du groupe ou de la classe parce qu'elle donne la somme des différences de chaque objet de cette classe en tant qu'opposé à tous les autres objets. En fait, j'emploie les termes « essence » et « essentiel », maintenant comme précédemment, pour signaler ou mettre en relief la négation des autres objets par le groupe d'objets qui est devant moi — négation qu'ils manifestent en commun. Mais la somme des qualités pu des percepts qui constituent la synthèse n'a pas plus à démêler avec « l'essence » de chaque individu de la classe relativement à lui-même que les autres qualités que j'ai déjà notées, ou que je puis par la suite découvrir, en chacun d'eux.

Lorsque je dis : l'essence du concept- général « Vache» est a, b, c, etc., je dis ce que je veux dire, à savoir que a, h, c, etc., constituent l'essence du concept- général — sa notion; et en tant que sa notion, sa totalité. Mais un paralogisme s'introduit du coup lorsque je m'aventure à dire : « l'essence » d'une vache particulière est a, b, c, etc. Les qualités a, b, c, etc., ne sont c essentielles » qu'à la constitution de tout objet particu-

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lier qui demande à être admis dans a la classe » déjà constituée. Relativement au concept-général le terme (c essence ». s'emploie à tort, car a, b^ c, etc., est la totalité du Concept ou la Notion, et dans une totalité il n'y a rien à mettre en relief. Relativement, d'autre part, à chaque individu compris sous le concept-général, ce concept ne donne pas plus d'information sur l'essence de l'individu considéré que les autres qualités non encore dénombrées qu'il possède, quelque loin qu'on suppose que soit allée ma connaissance. L'essence à.' une vache veut dire simplement : la possession par un animal individuel d'une synthèse de certaines qualités (quoi qu'il puisse posséder d'autre) qui lui donnant droit à l'appellation de Vache.

En fait, jusqu'ici, nous 'sommes manifestement dans une sphère purement logique, en tant que distinguée d'une sphère métaphysique. Le processus de généralisation est un moyen presque mécanique employé sous l'impulsion synthétisante de la raison pour abréger et faciliter le processus du penser : il consiste à ériger' des arsenaux de réserve temporaires et des postes de signaux à mesure que nous poursuivons notre marche dans le pays de l'ennemi.

Et pourtant, il doit sûrement y avoir quelque chose de plus à dire pour la justification de l'histoire des batailles qui se sont livrées autour du drapeau de l'eîSoç etc., et qui ont ébranlé le monde. L'explication gît, il me semble, dans l'importance de l'artifice intellectuel des termes généraux. La synthèse de percepts est une S5mthèse de ressemblances dans un groupe d'individus, ressemblances qui dans leur combinaison con-

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stituent la « différence » du groupe considéré d'avec les autres choses. Bref (comme je Tai dit fréquemment plus haut) l'Essence, dans son usage historique, n'est distinguée de la totalité de la Notion d'un individu qu'en tant qu'elle signale ostensiblement ou met en relief les relations négatives de l'individu (ou d'une classe d'individus) à l'égard de tout le reste ; — les relations négatives ultimes étant le processus causal spécifique qui fonctionne en lui [its spécifie causal functioning].

Par conséquent, l'importance du général ou de l'eiSoç consiste en ceci — qu'il est toujours un acheminement vers les relations négatives d'un individu, relations négatives dont la somme constitue sa différenciation. La sjnithèse de ressemblances contenue dans le concept-général est, comme synthèse^ une explication valable de chaque lïiembre d'une classe d'individus, et comme telle, peut être employée à titre d'essence provisoire de ceux-ci. Elle nous aide ainsi à avancer vers la diathèse finale de l'individu.

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