V. La Définition
Le mot Définition s'emploie en deux sens. Dans l'un, il équivaut à limitation ou détermination, qui désigne simplement le processus formel du connaître. Après avoir accompli ce processus, quoique partiellement, et fixé son résultat par un signe ou un symbole — que ce symbole soit, par exemple, rhinocéros^ état ou piété, nous pouvons avoir à définir ces termes pour quelqu'un qui, ne nous ayant pas accompagnés
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dans le processus de détermination, a une conception inadéquate et confuse de ce que ces termes contiennent en fait de dénotation et de connotation. Définir, en ce second sens qui est le sens ordinaire, c'est simplement déployer l'implicite — faire apparaître et exposer à la vue les déterminations qui constituèrent originellement notre connaissance. Il est manifeste qu'ici nous ne déterminons pas, mais ne faisons que détailler les déterminations déjà faites. Il semble ainsi que nous soyons occupés à définir un terme, qui est un son ou signe mort, dépourvu de sens : en vérité nous sommes occupés à définir la chose signifiée par le terme. Aucune définition d'un terme comme tel n'est possible. Le terme lui-même est une étiquette sans vie. Nous rappelons simplement ce que le terme symbolise.
Toutefois, l'histoire naturelle de la dénomination n'a pas été adéquatement présentée plus haut. Après avoir plus ou moins clairement perçu une ou deux caractéristiques saillantes, nous nous hâtons, et nous nous hâtons prématurément sous la pression de l'impulsion à articuler, de fixer par un mot la réalité [reality] objective. Notre connaissance peut jusqu'ici n'être guère qu'illusion : elle est certainement inadéquate. Nous employons ainsi des noms que nous avons prématurément frappés, et nous les faisons passer comme une monnaie intellectuelle et morale qui a cours, alors qu'ils sont et ne cessent d'être un métal vil. De là toutes sortes de maux intellectuels. De là, encore, la constante et légitime demande que nous faisons à nousmêmes et au? autres de définir les termes. De là,
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aussi, le fait que définition qui est, à strictement parler,, simple déploiement de Timplicite, est employé comme équivalent de connaissance exacte — détermination ab initio. Comme presque tout notre héritage intellectuel existe dans la forme cristallisée des mots, la définition exacte, dénotée et connotée par eux, est la condition essentielle que nous avons à remplir pour entrer en possession de notre fortune. Tant que nous ne l'avons pas fait, nous sommes semblables à des hommes qui ont reçu leurs titres de propriété, mais n'ont pas encore vu leur propriété ou n'en ont pas encore joui. .
Nous voyons ainsi de nouveau comment naît l'opinion fallacieuse que la définition est définition de termes ; en fait, il n'en est rien.
Les Logiciens nous disent que la Définition se fait parle genre (genus proximum^ et la différence {nota specifica)y et que les deux ensemble constituent l'essence. A coup sûr, la définition, à ce degré, indique suffisamment, dans la plupart des cas, les lieux intellectuels où réside [the intellectual whereabouts of] la chose désignée par le terme, et elle est suffisante pour les besoins ordinaires. Mais dans une telle définition se ttrouve sous-entendu tout un monde de déterminations et de relations qui ne sont qu'indiquées par les termes exprimant le genre et la différence.
Par conséquent, il faut conclure, comme je l'ai déjà établi, que la Définition réelle, en tant que distinguée de la définition logique ou grammaticale, est simplement une relation explicite en mots de ce que nous avons constaté concernant une chose. La définition
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sera aussi complète, que le sera notre connaissance antécédente. Si la connaissance que nous avons atteinte d'une chose est scientifiquement complète, la définition par laquelle nous la développons en mots peut aussi être complète. Mais la définition d'une chose concrète ne peut jamais être que provisoire, quoique s'étendant sans cesse, précisément comme notre connaissance.
Ce que nous définissons donc, ce n'est pas le mot, mais la chose que le mot symbolise. Nous attachons des mots à des choses pour leur donner une marque qui les distingue des autres choses, quoique nous ne connaissions presque rien à leur sujet; mais même dans ces cas élémentaires, nous définissons, si Ton nous met en demeure de définir, non pas le terme, mais la chose dénotée, dans la mesure où elle est connue. De même, en définissant une chose d'imagination qui n a aucune existence objectivement réelle [actual], nous définissons encore la chose d'imagination, comme une chose d'imagination.
En résumé, définir, c'est re-connaître en termes explicites ce que nous connaissons déjà tacitement. Pour être complète, la définition doit être le déploiement [évolution] de tout ce qui est dans la notion de la chose. Toute notre œuvre de connaissance est une recherche de la vraie Notion, et toute notre œuvre de définition consiste simplement à re-connaître ce qui s'est déjà (probablement de façon prématurée) consolidé en mots. Par conséquent, notre définition participera de l'obscurité ou de la clarté, de la confusion ou de la netteté, du caractère adéquat ou inadéquat de notre
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connaissance de la réalité [reality] qui est symbolisée par le terme.
La Définition, donc, (si nous ne confondons pas Tacception primaire et l'acception secondaire du mot) est déploiement ou explication, et à ce titre, elle consiste en propositions analytiques. Lorsque la chose à définir est un objet singulier ou un percept, la proposition qui a pour but de la définir est inévitablement une proposition identique — par exemple : « une ligne droite est la plus courte entre deux points » : le prédicat ne fait que répéter, en d'autres termes, le sujet.
Si nous voulons échapper aux confusions et aux erreurs dans nos raisonnements, nous devons, pour notre gouverne, re-connaître de temps à autre les mots et ce qu'ils dénotent et connotent. L'éducation de la jeunesse consiste, pour une grande part, à l'amener à de vraies définitions, car les mots sont les véhicules d'une pensée antécédente. Et, précisément dans la mesure où, en vue de définir quelque autre mot, nous donnons plusieurs mots tout faits au lieu de faire passer l'élève, par les processus d'observation et de raisonnement qui ont abouti à l'invention du mot leur servant de symbole, dans cette mesure nous donnons des signes pour des choses, le mort pour le vivant, un fantôme pour une réalité, et nous obstruons les cangux de la pensée naiss9.nte.
Leibnitz faisait remarquer que nous raisonnons constamment avec des mots à l'état de simples symboles, sans avoir dans notre conscience les réalités qu'ils connotent et dénotent. Dans de tels cas, on a laissé les réalités connues à un certain moment, c'est-à-dire distinc-
a8o Regard en arrière.
tement présentes à la conscience, déchoir et retomber du rang de connaissance à la forme dégradée de Tattuition, dans la sphère de laquelle elles gisent et sont généralement à notre disposition lorsque nous avons besoin de les rappeler.