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CHAPITRE I

LES IDÉES DITES TRANSCENDENTALES ET LA SOLUTION DE l'INSOLUBLE.

La Volonté — ce mouvement cinétique qui se trouve à la racine de la raison humaine et la rend possible — est en son essence activité. Dans son effort incessant pour réduire toutes choses à l'unité de Taperception afin de pouvoir les percevoir ou les connaître, elle ne reconnaît aucune limite, sauf Tépuisement de l'instrument physique. Elle franchit même les bornes de la connaissance possible et joue avec des fictions, dans une vaine tentative pour catégoriser le fondement dialectique de la connaissance possible lui-même — pour conditionner ce qui conditionne I

La perception primaire d'im objet extérieur est, nous l'avons vu, la première tentative imparfaite pour faire sortir de la simple présentation attuitionnelle quelque espèce d'ordre ; mais même en cette première afiirmation d'une grossière synopsis, se trouve implicitement contenue une certaine analyse aveugle, car cette affirmation ne peut avoir lieu tant qu'une totalité donnée dans la présentation n'est pas séparée d'une autre et subsumée en l'unité de l'aperception. Par conséquent,

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même cet acte rudimentaire de la raison est à la fois analytique et synthétique. La raison - Volonté, en déployant de cette manière son énergie, s'engage dans deux tendances de mouvement ; — d'une part, la différenciation ou la diathèse des percepts individuels dans un complexe, et, d'autre part, la formation par synthèse du concept, qui, pour autant qu'il a été précédé d'une analyse du complexe donné dans la présentation, n'est plus désormais une simple totalité, mais une unité. C'est ainsi que les deux tendances de la raison- Volonté vont déterminant et déterminant toujours jusqu'à ce qu'elle atteigne le percept absolument simple ; et synthétisant et S5nithétisant toujours jusqu'à ce qu'elle atteigne l'unité absolue du tout cosmique. La diathèse du simple et la synthèse du tout (la première comme le seul fondement de la possibilité de la seconde) constituent les points-termini de l'activité- Raison vers lesquels elle dirige toujours ses efforts et, trop souvent, se hâte prématurément.

Le seul but que nous puissions légitimement nous eôorcer d'atteindre par ces processus, c'est la diathèse et la synthèse du conditionné, c'est-à-dire des présentations phénoménales ; et même cette synthèse ne peut jamais être une synthèse absolue. Mais une locomotive, si elle a atteint en pleine vapeur le point-terminus qui lui est marqué, pousse encore au-delà, quoiqu'un seul mouvement de plus puisse la précipiter dans le vide. Il en est de même de Tactivité-Raison ; dans les deux sens de la diathèse et de la S3nithèse, non contente d'avoir les percepts dialectiques comme fondement, possibilité, et vérité du phénoménal, elle cher-

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che à envahir, avec les mêmes armes, la région de rAbsoluto-Infirii et de Tinconditiomié ; procédé illégitime qui domie des résultats dépourvus de valeur.

Considérons brièvement ces aspects de la Raison, à la lumière de l'examen analytique précédent.

Dans nos premiers chapitres, nous avons trouvé que la première synthèse grossière est la synthèse de l'agrégat ou de la totalité attuitivement saisis. Après analyse des éléments constituants de cet agrégat, nous atteignons la synthèse du concept-sensible. Après avoir achevé l'analyse, sous l'impulsion des catégories a priori, de Tinter-relation dynamique et causale des éléments, et de la relation de l'objet aux autres présentés, nous avons la synthèse de la « notion » dans laquelle les moments de la Forme du Percevoir — les percepts dialectiques — sont eux-mêmes éléments constituants. Mais nous ne sommes ^a^ encore persuadés que nous connaissons : sous l'impulsion continuée de la diathèse de la Raison nous cherchons à isoler l'essence ou l'idée de la notion — à savoir, ce par quoi elle est ce qu'elle est en tant qu'elle nie tout le reste; en d'autres termes, la notion dans ses relations de différence à l'égard de tout le reste. Une fois en possession de celle-ci, si elle pouvait l'atteindre, la Raison se tiendrait pour satisfaite dans la sphère de la synthèse des conditions de la « Chose ».

Or, cela va de soi, lorsque la Raison, dans son mouvement protensif [the pro tension], est aux prises avec le tout de la nature, elle se comporte comme la Raison s'est comportée lorsqu'elle s'est trouvée aux prises avec .

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les détails de. la nature; Elle tente par Tintermédiaire de rimagination de former une synthèse de l'agrégat attuitionnel — de la totalité du sensible. Ceèi se passe entièrement dans la Catégorie de la Quantité.

D'autre part, elle tente d'atteindre à une synthèse achevée de Tunité de la « notion » — une Unité de la Quantité, de la Qualité et de la Relation, celles-ci pénétrées et organisées par les éléments formels ou dialectiques. Quoique nous ne puissions jamais être capables d'atteindre soit à la totalité achevée soit à l'unité rationnelle, néanmoins nous devons, sur Tordre de la Volonté, obéissant au stimulus de la simple forme de fin qu'elle récçle et à l'impulsion de la perception de rinfini, chercher une synthèse cosmique achevée.

L'on peut dire que, puisque la matière ou le contenu de l'activité pure est tout ce qui est, ou peut être, un présenté offert à la conscience, la diathèse et la synthèse ultimes que nous poursuivons ne peuvent être restreintes à la sphère des présentés du sens externe, parce que les percepts dialectiques, l'Absoluto- infini, la Cause, et l'Etre sont eux-mêmes aussi, grâce à l'autoactivité [self-activity], des présentés offerts à la conscience. La réponse est que, lorsque nous atteignons le percept absolument simple, nous ne pouvons porter en lui le processus analytico -synthétique, et que ces connaissances dialectiques ne sont pas des concepts, mais des percepts, simples, absolus, infinis : ils défient toute synthèse, car il n'y a pas en eux d'éléments à synthétiser. Ils sont des produits de l'activité pure; ils sont le fondement toujours présent et les éléments constituants dans la synthèse du phénoménal : comme

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immanents au phénoménal, ils sont y et sont connus. Il n'y a rien de plus profond par quoi on les interpréterait. Et ils n'ont pas la nature de parties : comme réalité-esprit, ils passent l'un dans l'autre et sont un, parce qu'ils sont des moments de la dialectique vivante une de la Raison. C'est comme une unité qu'ils sont donnés, et ce n'est que logiquement que nous pouvons séparer les moments. Voilà ce qui fait qu'il n'est possible de connaître la synthèse de la Raison — le synthétique a priori — que comme cette synthèse est donnée, c'est-à-dire dans sa nue simplicité ; mais au delà, rien n'est donné. Remarquez toutefois que cet inconditionné et conditionnant est précisément ce que nous, dans cette mesure-là, nous connaissons. Il est l'essence et la réalité de notre Raison. Il est luimême le synthétiseur [the synthesizer] de l'univers : il est Dieu. Il n'y a ici aucune contradiction.

C'est le conditionné qui donne naissance à des cour tradictions; et celles-ci sont dues à la tentative de porter le conditionné dans l'inconditionné, ou vice versa, et de traduire l'un en termes de l'autre.

Sur l'ensemble de la question je me risquerais à dire, d'accord en cela avec ce que j'ai dit auparavant, que, s'il est vrai que nos difficultés doivent toujours subsister et qu'elles ont, simplement comme telles, une relation importante, vitale même, à la vie spirituelle de l'homme qui se prend trop pour centre, elles sont néanmoins, en un sens, susceptibles de solution. Elles ne comportent pas en elles-mêmes une réponse, mais nous pouvons reconnaître comment il se fait que nous nous trouvions enveloppés en elles; et une métaphy-

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sique du sein de laquelle [out of which] la solution ne jaillit ^a^ est futile. Je dis : du sein de laquelle la solution ne jaillit pas .

L'on trouvera que nos difficultés sont causées soit par le fait que nous perdons de vue les conditions mêmes sous lesquelles nous percevons et pensons la matière du sens; soit par notre tendance inévitable à sensualiser, ou phénoménaliser, le pur produit de la Dialectique. Considérons ces points successivement.

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