I. Conditions de l*acte de Percevoir
à) Il ne peut y avoir de synthèse complète du conditionné, parce que toute synthèse de ce genre doit être une synthèse complète delà Quantité ou de l'Extension. Et pourquoi celle-ci est-elle impossible ? Parce que, comme nous l'avons vu maintes fois, Vacte même de percevoir l'extension ou quelque partie de celle-ci détermine ou limite. Si percevoir est limiter, comment est-il possible de percevoir et ne pas limiter? Et si nous limitons, il doit, de par la nature même et la nécessité du fait, y avoir un non -limité et un nonlimitable en dehors de tout acte possible de perception. Assurément, il n'est pas nécessaire d'-en dire davantage en guise de solution — encore que la solution soit simple.
b) Passons de l'Espace à la synthèse d'une série régressive — au Temps. Nous avons trouvé que l'affirmation de Temps est un arrêt imposé par un acte de la Volonté à la continuité ou « protension » [protension] de l'Etre en tant que Durée. L'acte de déterminer un présenté quelconque de la conscience est un
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acte qui le détermine comme existant maintenant. Au fait de la durée nous disons : « Halte ». Si Tacte de déterminer — de percevoir et de penser — est tel, comment est-il possible de posséder dans la pensée une synthèse achevée d'une série régressive? C'est ruiner la possibilité même de penser — c'est un suicide de la raison. De par la nature même de la chose, il ne peut y avoir de commencement concevable dans le Temps, pas plus qu'il ne peut y avoir une limitation de l'Espace. Le disciple d'Hamilton nous dira que de deux inconcevables contradictoires, l'un doit être vrai. C'est là une conclusion non philosophique. Dans la région de l'inconcevable, quel droit avons-nous d'affirmer quoi que ce soit?
c) A l'autre pôle de l'activité perceptive, le mouve^ ment progressif et protensif [the procurrence and protension] de la Raison pousse à ce que j'ai appelé la diathèse finale du déterminé, et ici se dresse devant elle une difficulté aussi insurmontable que celle que présente la synthèse des déterminations. Dans la région du phénoménal (sensible) elle cherche l'absolument simple — l'atome; et dans sa recherche elle rencontre le problème de l'infinie divisibilité. Or il semble n y avoir rien dans la nature de l'acte de déterminer ou de penser qui nous mette dans l'impossibilité d'atteindre la diathèse finale, et de considérer l'atome simple. Mais nous nous heurtons ici à la condition de toute sensibilité externe — l'Espace. Nous n'avons aucune connaissance de l'Espace ou de l'Extension sous forme d'un abstrait, mais nous n'avons connaissance que d'une chose spatiale [spaced] ou étendue. Mais que
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nous rayons ou non, le fait subsiste néanmoins qu'un point est une simple entité rationnelle, et n'existe nulle part sauf pour l'œil de la Raisom Un point simple d'espace est une impossibilité pour toute conception de l'externe, tout simplement parce que la nature même et la définition de l'Espace — son modus existendi — est « l'extension » ; et cela, remarquons-le, que nous regardions l'espace comme donné à la sensibilité ou comme dû. à une projection iaixtQ par la sensibilité. Aussi, lorsque nous nous imaginons avoir isolé l'atome, trouvons-nous qu'il doit, après tout, consister lui-même en points contigus coexistants, et qu'il est, par suite, divisible ; en ta?it qu'atome, par conséquent, il nous échappe.
Tenter de tourner la difficulté en appelant l'atome un centre dynamique d'énergie, ne suffira pas, parce que l'on ne peut penser une énergie dynamique sans extension : nous affirmons réellement une énergie dynamique existant dans l'extension ou la matière, ou lui appartenant, ou la traversant. Les anneaux-tourbillons ne nous sauveraient pas, car ceux-ci supposent un centre dynamique opérant d'une certaine façon dans Téther, qui est matière. Sans doute, il y a un centre dynamique qui est non-phénoménal, car l'Etre-Absolu- Causal œuvre [works] de cette manière; et le terme même « œuvrer » nous montre que, dire qu'il œuvre dynamiquement, c'est faire une tautologie.
Il y a plus : même latome intelligent — la monade — ne nous donne pas l'atome qui fait l'objet de notre recherche, parce que, s'il est une chose étendue, les vieilles difficultés reparaissent; et s'il est une intelli-
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gence nouménale, il a (comme dit Kant) des représentations, qui constitueraient ainsi ses parties. Un atome, de par sa notion, doit être tel que toute tentative de le diviser, même en pensée, le ferait s'évanouir dans le non -phénoménal ou le non-existant.
La solution des difficultés suscitées par Timpulsion inévitable vers une diathèse finale du simple se trouve donc dans la propre nature de l'Extension elle-même, et il n'y a aucun profit à batailler contre la difficulté lorsque nous voyons qu'elle est insoluble. L'idée du définitivement simple n'en est pas moins, comme telle, une réalité [a reality[, et la science physique doit se diriger dans sa marche d'après la supposition de l'atome, si elle veut jamais construire une synthèse, même approximative, du conditionné.
On remarquera que l'explication de l'extension infinie diffère de l'explication de l'infinie divisibilité en ceci : La première s'explique par la nature même de Vacte de connaître, simplement comme tel; la dernière, par la nature de la Quantité donnée, dans le fait de laquelle, qu'elle nous soit présentée ou qu'elle soit imaginée, est impliquée la continuité et par suite la possibilité d'y découvrir toujours des parties [discrétion].
La question de l'infinie divisibilité du Temps s'explique de la même manière, car nous ne pouvons construire pour nous mêmes le Mouvement et le Temps qu'en termes d'espace.
De la nécessité rationnelle de l'infinie divisibilité il ne suit pas que toute quantité consiçte réellement [really] et objectivement en un nombre infini de parties, mais seulement que la quantité doit toujours, de par sa na-
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ture, être conçue par la raison finie comme formée de parties. Aussi nous est-il bien permis de conjecturer que l'atome, en qualité de chose simple, quoiqu'il ne puisse jamais être vu ou imaginé, peut cependant exister; et la Physique peut se diriger dans sa marche d'après cette hypothèse.
d) Uldentité, L'identité d'un individu se trouve dans « l'essence » de l'individu, ainsi qu'il a été expliqué dans un chapitre précédent. Et pourtant l'on peut objecter que ce processus causal organisant qui fonctionne en lui, qui gouverne les parties et les détermine à une unité de fin et constitue la « chose », est dans le Temps et l'Espace, et ainsi ne peut se réaliser que sous les conditions du Temps et de l'Espace. L'Identité se heurte ainsi à la vieille difficulté — l'infinie divisibilité de l'Espace, du Mouvement, du Temps. Ne nous estil pas possible de surmonter la difficulté de la manière que voici : Le mouvement b auquel, dans le flux perpétuel, a est toujours en train de passer, peut être simplement une répétition du mouvement a; c peut répéter b^ et ainsi de suite, tant qu'il subsiste une unité de fonction organique.
L'Identité, comme l'Essence, est une détermination a priori de la pensée; mais au moment où le penser revêt des formes finies, il lui advient d'être enveloppé dans ces contradictions du fini qui naissent de la nature même soit de l'acte perceptif soit de son objet. En fait, à parler strictement, il n'est jamais midi; mais attendu qu'il fut un temps antérieur à midi et qu'il est maintenant un temps postérieur à midi, nous pouvons raisonnablement conclure qu'il fut un point du temps auquel
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il était midi. Tout ce qui est concret et phéiioménal est, atout moment, quelque chose d'autre; et pourtant le principe qu'une chose est « ou ceci ou cela » est vrai [and yet « either.. or » holds], et a est a et non pas b. Tel est le pouvoir de la catégorie a priori ; mais il me. semble impossible d'expliquer l'identité dans le phénoménal, sinon de quelque manière analogue à celle qui a été indiquée plus haut et qui se ramène à ceci : — L'identité d'un individu concret ne peut-elle se maintenir pour une certaine période dans le Temps par la répétition continuelle des mêmes mouvements des mêmes atomes au moyen desquels s'effectue l'unité qui fonctionne en lui [its functioning unity effects itself] ?