LA FORME DU PERCEVOIR
1. — Dans Tattuition le sujet a' déjà, remarquez-le, conscience d'un « autre » ou non-soi comme objet, quoiqu'il n'y ait encore pour lui aucune possibilité de l'affirmer. Il a conscience d'un a extérieur, que ce soit l'espace en général (un totum objectivum) ou quelque objet figuré et particulier d'attuition, tel qu'un arbre ou une pierre.
C'est à ce datum de l'attuition que la Perception a affaire, c'est ce datum qu'elle veut mettre à son entière disposition, et la Forme en laquelle elle y procède est la suivante :
i) Le mouvement cinétique de la Volonté contre un présenté (déjà donné dans l'attuition comme n'étant pas le sujet, c'est-à-dire comme étant un objet), 2) Ce présenté est ou A, B, C, ou D, etc. 3) Il n'est pas B, G, ou D. 4) Cest pourquoi 5) A est A. Cette conclusion portant sur l'être et l'identité de A satisfait la pure et vide Forme de Fin qui est au cœur du sujet conscient lorsqu'il se développe en une Volonté ou fonctionne Volonté \ et cette fin est, nous le voyonç, un Percept. L'objet se trouve déjà en antagonisme avec le sujet, et maintenant, conformément au processus ci -dessus décrit, il est à la fois appréhendé et subsumé au sujet, c'est-à-dire il est connu ou perçu ; et instantanément après, et dans cet acte même, pouvons-nous dire, il est affirmé.
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2. — Ainsi, en pénétrant dans cette sphère nouvelle de l'esprit conscient, sphère nouvelle qui est ici identifiée avec la Perception, je constate que j'y pénètre enveloppé dans les formes de — i) Fin; 2) Milieu Exclu ; 3) Contradiction ; 4) Raison suffisante ; 5) Etre ou Identité (avec* son affirmation, qui en est la conséquence, sous la forme d'une proposition). Ces Formes (ou Lois du Mouvement) sont simplement l'expression explicite de ce qui est implicite dans ce nouveau mouvement en avant de la conscience — dans cette spontanéité complètement inexplicable, cet actuspurus, cette Volonté qui est à la racine de tout, et rend la Raison possible.
3. — Notons soigneusement, toutefois, que, antérieurement à l'acte de percevoir jailli du développement du sujet, il existait un état de subconscience-de soi, c'est-à-dire un état conscient attuitionnel, dans lequel l'objet A s'inscrivait lui-même sur ma réceptivité — s'affirmait lui-même, pour ainsi dire, à moi le sujet 1. Sa figure, son être, sa qualité de se trouver a là w [its thereness], le sujet les sentait; mais c'était tout.
4. — Simplement saisir ou appréhender l'objet ne nous en fournirait pas la perception. Une fois l'objet individuel arrêté ou isolé, un abîme existerait encore entre l'objet et la connaissance de l'objet, n'était le mouvement final de la Volonté qui place dans l'unité de la conscience l'objet appréhendé. Dans l'attuition, l'objet tombe sur l'unité de la conscience et y subit une
(i) Plus -énergique, le texte porte : « affinned i/^^/, as it wete, on me the subject ». (Note du traducteur.)
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action réflexe coordonnante, et il est projeté à l'extérieur; dans le, percevoir, la Volonté appréhende l'objet comme se trouvant là, au dehors, et, le ramenant, elle le rapporte à l'unité de la conscience ; et, en le subsumant ainsi en elle-même, elle en prend possession, le perçoit, le connaît.
5. — Ainsi, ^commençant avec ce que fournit l'attuition qui simplement reçoit l'impression de l'externe avec une coordination réflexe plus ou moins grande, la Volonté se meut, selon un certain mode, vers l'achèvement de cet acte le plus simple de l'intelligence qu'est le Percevoir : acte vital et d'une suprême importance, toutefois; car percevoir, c'est connaître. La Perception nous lance dans la sphère de la Raison.
6. — Et ce n'est pas tout : car, comme nous l'avons vu, il se produit en même temps, dans le moment de l'appréhension ou de la perception achevée, une impulsion inévitable à extérioriser par un signe, vocal ou autre, le fait du percevoir. Nous sommes forcés d'affirmer : A (le percept) =» A, ou A. est A. C'est l'affirmation vocale, le signe et le sceau de la perception achevée, la présentation, sous forme de proposition, du jugement antécédent.
Le signe, vocal ou autre, de l'affirmation implique (étant lui-mêqie une extériorisation de ce qui est intérieur à la conscience) non simplement l'affirmation de l'être de A, et de A comme égal à lui-même, mais, en outre, de l'être de A comme externe à moi : A est là, par opposition à moi qui suis ici, La conscience originale d'un « quelque chose » opposé à ma conscience ou placé en face d'elle dans la phase d'attuition mettait
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vivement en relief, à l'état de sentiment, ma propre qualité de me trouver ici, séparé [my own separate hereness]; et maintenant enfin, dans le dernier moment du percevoir — la subsomption dans ISinité de la conscience — le soi afinne (ce qui, toutefois, a déjà été senti dans rattnition) l'extériorité et Tindépendance du perccpt : car Taffirmation-pensée est non pas simplement <c A est A », mais « A est A » /a, non ici (« ici » qui est moi).
Ainsi, de même que, avant la naissance de la Volonté, Tobjet, par son excitation, fait passer à Vétat de Sujet ou d'entité sentante simple et homogène le fondement potentiel du Sentir ; de même maintenant, la perception et l'affirmation de l'objet comme étant « lui-même là », enveloppe la perception et l'affirmation du sujet comme étant ici et comme étant égal à lui-même : l'identité avec soi. Hume, je l'entends bien, dit qu'il n'y a, dans les impressions, rien que les impressions, seules et individuelles [single], et qu'il n'y a, outre celles-ci [apart from thèse], aucune conscience de Vêtre. Mais l'information que nous apporte la conscience aesthétique n'est pas aussi simple : comme je Tai montré, elle contient le sentiment de l'être et (réflexivement) le sentiment que l'objet se trouve là [thereness]. Et ce sentiment le processus dialectique aboutit à V affirmer. Le processus de la dialectique qui s'achève de cette manière, contient les moments suivants :