‹ Métaphysique de l'artChapitre 15 sur 39 · DE DIEU · texte numérisé non relu

DE DIEU

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ONC avec la raison la tradition; car la tradition descend de Dieu à l'homme pour aider à la raison à remonter de l'homme à Dieu.

Que la forme révèle Dieu, comme elle révèle l homme.

Le simple verbe humain, aidé des interprétations de' la raison, nous a, par le seul mot déforme, fait découvrir une certaine notion de l'homme.

Le Verbe suprême et divin^ la forme divine, illuminant et complétant la raison humaine, la conduira par la même voie à une notion certaine de Dieu.

Et cette notion, pleinement confirmative de celle de l'homme, nous donnera celle de tous ses actes et par conséquent celle de l'art.

Ainsi ce grand mot ait forme élargi, si l'on peut parler de la sorte, jusqu'aux proportions divines, va dominer toute notre théorie de l'être, comme il domine toute la théorie du beau.

Reconnaissons donc la sublimité de l'art à la divine signification de son langage. L'art n'est qu'une théodicée et une anthropologie bien faites ; et son langage en est toute une révélation.

Exposons cette haute doctrine en peu de mots.

Que le Christ est la forme divine incarnée.

La Bible est la forme du verbe divin, comme le Christ est la forme de Dieu.

Or, que le Christ, fils de Dieu, soit la forme divine, c'est ce que la théologie la plus orthodoxe déduit facilement du texte sacré, ce que la raison elle-même y peut lire en propres termes.

N'est-il pas, en effet, nommé le Verbe de Dieu 5 et le verbe n'est-ce pas l'expression, la manifestation, c'està-dire la forme de l'être? La forme, dans sa notion la plus pure, est-elle autre chose que la détermination, idéale ou mathématique, qui précise l'être, en le distinguant de tout ce qui n'est pas lui } « Ce que l'intellect « forme en le concevant, dit Saint Thomas, est Verbe. . . " Ainsi le Verbe en Dieu est dit tel, afin qu'il ne soit

« pas dit pensée, afin qu'il ne soit pas cru être en Dieu " quelque chose d'inconsistant, qui ne reçoive pas de « forme pour être verbe, et qui puisse la perdre et se « produire en quelque sorte informément (i). 5:>

C'est en ce sens que saint Jean l'appelle la lumière véritable, dont notre lumière créée n'est que l'ombre : la lumière n'étant que la manifestation, la révélation de la forme, la forme elle-même. Saint Paul est aussi explicite quand il le proclame « la splendeur de la gloire et la « figure de la substance du Père (2). »

Mais ce Verbe incréé s'est fait chair; cette forme

immortelle a daigné s'abaisser jusqu'à revêtir la forme

mortelle. Dieu s'est humanisé pour diviniser l'homme,

et c'est en nous le disant que le même Apôtre nous révèle

la merveilleuse différence de la forme pure et delà forme

matérielle : « Etant en la forme de Dieu, dit-il, le

« Christ a pu sans injustice s* affirmer égal à Dieu ; mais

« il s'est annihilé, recevant la forme de l'esclave, en

« la similitude de l'homme 5 et par son extérieur il a été

« trouvé semblable à un homme (3). »

Sans doute ce mystère de l'amour infini est ineffable ; il semble échapper à toutes les prises de la raison humaine : et cependant, ne saurait-on comprendre que cette révélation de l'Être divin par le Verbe incarné est de toutes la plus féconde, parce qu'elle est complète, qu'elle s'adresse à l'homme tout entier, esprit et chair? Pour ressusciter le fils de la Sunamite, Elysée s'étendit sur cet enfant privé de vie, bouche contre bouche, corps contre corps, membres contre membres : de même le

(i) SM". ^4-

(2) Ad Hebr. I. 3.

(3) Ad Philipp. II. 67.

Dieu Sauveur a pris une âme et un corps humains, pour accomplir sur le cadavre de Thumanité cette symbolique incubation, et la ressusciter avec lui.

Et, comme tout en Dieu doit être à l'état de puissance véritable c'est-à-dire personnelle, le Christ, léternel engendré de Dieu, personnifie en lui-même la forme divine.

Que la forme divine révèle la substance divine.

De même, nous l'avons vu, que la forme révèle la substance, ainsi le Fils révèle le Père : c'est pourquoi le concile de Nicée l'a nommé le Consuhstamiel.

Le Père est la substance divine proprement dite, puisqu'il est l'engendreur suprême, l'être profond et caché que « personne, a dit le Christ, n'a jamais vu, » le sousétam enfin de cette splendide et glorieuse forme, dont vient de nous parler l'Apôtre.

Que la forme divine et la divine substance sont unies par la vie divine.

Mais la substance et la forme ne sauraient être unies en un seul être, sans l'action de cette puissance si mystérieusement unitive qui se nomme la vie. Car l'union suppose le lien; et la vie est le lien par excellence, comme la mort est la complète dissolution.

Le Verbe avait dit : c( Mon Père et moi nous sommes « un(i);» il dit encore avec non moins de précision révélative : « Les paroles que je vous ai dites sont esprit

(i) Saint Jean. X. jo.

« et vie 5 » et ailleurs encore : « Le Saint-Esprit que « mon Père enverra en mon nom (i). »

Cet Esprit, qui procède de la sorte du Père et du Fils, descend sur les apôtres sous forme de langues de feu ; or, la langue n'est-elle pas le lien des âmes ou leur vie commune, comme le feu ou la chaleur est le principe de Tunion et de la vie des corps ? et F Eglise ne proclamet-elle pas ce même Esprit le Dieu vivifiant?

Ainsi l'Esprit-Saint personnifie en lui la vie divine, comme le Père la substance, et le Fils la forme.

Qu ainsi la raison et la foi s'accordent sur la notion divine.

Les deux puissances combinées de la foi et de la raison nous ont ainsi élevés, autant que le comportent notre être borné et notre condition présente, à la connaissance de cet Etre un et personnel, principe de toute personnalité et de toute unité.

Là foi se prosterne devant le Dieu un en trois personnes : Père, Fils et Saint-Esprit ;

Et la raison proclame de son côté la divine Essence, à la fois Substance^ forme et vie :

D'une part, pieuse formule de croyance ; de Tautre, fidèle traduction en langue abstraite des noms divins et des divines personnes : double credo, dont on peut déjà dire qu'il étonne la raison sans l'offenser, parce q^u'il la surpasse sans la contredire !

(ï) Saint Jean. Ev. VI. 64. et XI V, 26.

Concordance de la zMètaphysique du langage.

Comprend-on maintenant que ces trois mots de substance, de forme et de vie soient les substantifs radicaux ou élémentaires ? Et^ en effet, tout ce qui se nomme dans la langue des hommes n'est-il pas nécessairement substance, forme ou vie, et le tout en un, si le sujet nommé est un être véritable?

Mais le langage, ce verbe de la pensée, cet art expressif de Tidéal, n'est pas à bout de ses révélations. Puisqu'il est frappé au coin de la Trinité divine, il va nous aider à compléter l'exposé du mystère.

Redoublons d'attention, car la réflexion seule fait bien comprendre l'intime valeur des mots.

Les trois substantifs : substance, forme et vie, qui viennent de traduire si intelligiblement les trois personnes de l'Etre divin, ces mots, vraie substance du langage, n'ont-ils pas, eux aussi, leur forme expressive correspondante dans ces trois autres mots : vraie, belle et bonne, qui n'ont de valeur réelle que réunis aux premiers, qui sont pour cela nommés leurs adjectifs ou adjoints, en d'autres termes leurs consubstantiels }

Ces trois nouveaux mots sont évidemment les qualificatifs radicaux de toute substance, de toute forme et de toute vie ; car, à le bien prendre, tout y revient; et en dehors il n'y a que la triple négation du faux, du laid et du mauvais.

Mais ne faut-il pas un lien entre ces adjectifs et ces substantifs ; et le lien est-il autre chose que l'expression d'une action unissante? Or, le verbe proprement dit, cette partie si vivante, si active de la parole ou verbe

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général, n'accomplit-il pas merveilleusement cet office, par ces trois verbes, également radicaux : être, avoir, agir' Et, comme il est dans la nature du lien, bien que troisième dans Tordre logique, d'être intermédiaire dans l'ordre réel, il en résulte que le triple verbe s'interpose entre les substantifs et les adjectifs, pour nous donner ces trois affirmations infinitives ou parfaites : Substance être vraie ; forme avoir belle ; vie agir bonne ou bien.

Que T>ieu est : vérité, beauté, amour!

Or, tout ce qui précède revient évidemment à dire que Dieu le Père est la substance vraie par excellence ; que Dieu le Fils a Informe belle par excellence; que Dieu le Saint-Esprit ^giV de lavfV bonne par excellence ; et que, par conséquent, en trois mots qui n'en font qu'un.

Dieu est: vérité, beauté, amour! Aussi ces

mots, sacrés et divins entre tous, sont-ils le fond de toutes les pensées, de toutes les créations, de tous les sentiments de l'homme de bien, l'objet éternel de sa science, de ses arts, de sa religion; car ils servent à nommer tout ce qu'il connaît, tout ce qu'il admire, tout ce qu'il aime : triple et indivisible résumé de son lano^ao^e, de ses œuvres et de sa vie.

Que Dieu est ainsi le principe de la Science,

de loArt et de la T{eligion, ou le Savant,

ÏQÂrtiste et le Trêtre suprême et absolu .

Mais, comme tout en Dieu est subjectif autant qu'objectif, si le Père est la vérité substantielle, divin objet de la science divine, il s'ensuit, évidemment encore, qu'il

esc en même temps le savant absolu. Saint Thomas n'a-t-il pas dit : « la science de Dieu ne se distmgue pas de sa propre substance (i).'* »

Si le Fils est la beauté formelle (2) et le Christ la beauté formelle et matérielle tout ensemble, divin objet de l'art divin, il s'ensuit évidemment aussi, qu'il est en même temps I'artiste suprême. N'est-ce pas lui qui a façonné cette merveille de l'univers visible et invisible, conçue substantiellement dans la pensée du Père.^ N'estce pas en lui que s'est accomplie la merveille plus admirable encore de l'Incarnation divine? N'a-t-il pas ainsi réalisé en sa personne comme en ses œuvres, naturellement d'abord, surnaturellement ensuite, la manifestation de Dieu et la transfiguration de l'homme, c'est-à-dire I'art divin?

Si l'Esprit-Saint est l'amour vivant, divin objet de cette religion divine qui unit ou relie entre eux le Père et le Fils, il s'ensuit, évidemment toujours, qu'il est en même temps l'intermédiaire, le ministre et comme le Prêtre de ce culte intime et éternel, dont le Fils, en tant que Christ, estle Pontife entre Dieu et l'homme. Le Saint-Esprit n'est-il pas le principe sacré de la grâce de ce ministère

(i) S". 1*. XIV. 4. c.

(2} Cet adjectif, qui est celui déforme, a perdu, je le sais, dans le langage usuel sa signification primitive; il est devenu le simple synonyme de précis, Strict, positif. Mais il est bien manifeste qu'il n'a pu prendre ces significations, que parce qu'elles étaient implicitement comprises dans la première, le propre de la forme étant d'être positive, stricte et précise.

J'aurai à m'en servir souvent dans sa signification première; j'en préviens une fois pour toutes. Le soin que je mets, dans cette seconde édition, à faire difparaître les néologismes qui surchargeaient la première, me défendra, je l'espère, contre tout reproche au sujet de ce néologisme renversé. Je n'en userai ainsi que pour utiliser la puissance si démonstrative des analogies du langage.

sacerdotal, dont saint Paul a dit qu'il était « la manifestation de l'Esprit? jj

N'avions-nous pas raison de dire, en commençant cette œuvre, que nous allions rechercher les titres de noblesse de l'art, pour rétablir sa vraie généalogie ; et Dante n'avait-il pas le sens divinatoire le plus précis quand il l'appelait « le petit-fils de Dieu (i)? »

Telle est, à notre sens, la théodicée chrétienne, exposée non démontrée, expliquée non pénétrée. Dieu seul pouvant se démontrer pleinement à lui-même et pénétrer à fond l'intime mystère de son être.

Tel ce Dieu a daigné s'offrir successivement à l'adoration de l'homme j car c'est la condition et la misère de notre esprit d'être obligé de diviser pour voir, et d'abstraire pour étudier et comprendre. L'homme déchu eût-il pu, d'ailleurs, supporter sans éblouissement la triple irradiation simultanée des personnes divines.'^

Dieu les a donc, en quelque sorte, produites une à une à ses regards : lente et paternelle initiation, qui ménageait autant la faiblesse de l'homme qu'elle sauvegardait sa liberté.

T{évélanon successive des personnes divines .

Ainsi, au sommet des temps, à la période des puissances primitives, règne le Père, le Dieu un, invisible et comme retiré par delà les splendeurs éloquentes de son œuvre, le Dieu glorifié par les seules adorations intimes

(i) Si che vostr' arte a Dio quasi è nipote.

{Inf. c. XI. vers, ult.).

de la conscience^, quand il n'est point outragé par l'impure plastique d'un art, aussi déchu que l'homme luimême.

Puisj au milieu de la durée de l'épreuve humaine, à l'époque de la plus grande péripétie morale du monde, apparaît le Fils, médiateur promis et révélateur par excellence de l'être divin méconnu; le Christ, que la tradition mystique a si justement appelé le plus beau des enfants des hommes; le Christ, humiliant et sacrifiant en lui-même la matière, la chair, pour la subordonner à l'esprit, et tout l'homme à Dieu, le Christ, passionnant les âmes, réhabiUtant en la femme la beauté de l'être humain, et suscitant la multiple floraison de tout un art nouveau !

Enfin, annoncé par le Fils, envoyé par le Père en son nom, l'Esprit-Saint vient prendre possession définitive de l'homme par la divine effusion de sa grâce. Sa manifestation, remarquons-le, suit immédiatement les deux premières; car, procédant du Père et du Fils, personnification de leur ineffable rapport, il ne peut se séparer d'eux; il est leur amour vivant. Et cet amour embrase les âmes, assouplit les droits, retrempe les devoirs, égalise les cœurs, épure les œuvres, vivifie l'art, entraînant la perfectible humanité, à travers tous les héroïsmes, dans les voies insondables de la grande unité terrestre, divin prélude de celle du Ciel!

Unité essentielle de Vieu.

Mais gardons-nous d'une distinction exagérée, qui deviendrait une division en quelque sorte déicide. Dieu n'a point tellement circonscrit dans le temps le règne de

chacune de ses personnes^ qu'il ait ainsi disjoint luimême, si l'on peut ainsi parler^ son unité indivisible. Suivant la belle expression de Plutarque^ si originalement traduite par notre vieil Amyot : « Dieu est un ce réalement estant, qui par un seul maintenant remplit ce le tousiours (i). » Avant d'agir, il dit : c( faisons; » et sa triple essence se révèle dans les actes mêmes, où semble prédominer le plus spécialement une seule de ses personnes. Interrogeons plutôt les textes sacrés :

Assurément au commencement le Père créait; mais n'est-il pas dit : « Tout a été fait par le Verbe » et encore : « L'Esprit de Dieu était porté sur les eaux (2) ? »

Le Fils, lui aussi, ne parle-t-il pas toujours au nom du Père; et nannonce-t-il pas que le complément de la vérité viendra aux hommes par l'Esprit.^ « Mon Père et moi nous sommes un » et ce l'Esprit vous enseignera « toute vérité (3). »

Le Saint-Esprit n'est-il pas, de même, envoyé par le Père au nom du Fils ; et n'opère-t-il pas dans le Verbe luimême, puisque le Christ a dit : e( Les paroles (yerha) que ce je vous ai dites sont esprit et vie (4). u

Aussi Jean, fils du Tonnerre, comme le surnomme Jésus, résumant le mystère divin, semble-t-il en déchirer avec éclat le nuage, lorsqu'il dit ; ce II y en a trois qui ee rendent témoignage dans le ciel, le Père, le Verbe, ce et l'Esprit; et ces trois ne sont qu'un (5")? ^^

C'est pourquoi, au sein même du temps nécessaire-

(i) Traité intitulé : Que signifie ce mot : eil c. 12.

(2) Saint Jean. I. 3 et Gen. I. 2.

(j) Déjà cité et saint Jean. XVI. ij.

(4) Saint Jean, VI. 64.

(5) Saint Jean. Ep. T. V. 7.

THÈORIF GENERALE. 77

ment successif, les trois personnes sont inséparablement associées dans Tunité d'une action, souverainement expressive du beau comme du vrai et du bon essentiel.

Que t incarnation divine est le plus grand acre de Fart divin.

Le dogme suprême, transporté en ces termes dans la langue de la science et de l'art humain, loin de rien perdre de sa majesté, ne semble- t-il pas comme une provocation à la croyance, une sorte de divine avance faite à la raison de l'homme?

Mais, que dis-je? ce n'est point une simple formule, c'est une réalité vivante; et l'art, plus encore que la science, doit chanter son hozanna reconnaissant, à la gloire du type adorable de ses incarnations. Nous l'avons vu, et nous le verrons mieux encore quand nous traiterons spécialement du beau, I'incarnation, c'est plus que le Dieu révélé ; c'est l'alliance éternelle des deux natures divine et humaine ; c'est l'art divin venant relever l'art humain de toutes ses déchéances, en rallumant son flambeau à la flamme purifiée du sacrifice !

En effet, — la double existence parallèle du monde visible et du monde invisible étant une fois admise, et il le faut bien, — l'incarnation divine, sans cesser d'être un mystère, rentre néanmoins tellement dans l'ordre de convenance logique d'une philosophie raisonnable, que des théologiens très-orthodoxes ont cru pouvoir l'admettre, même sans nécessité de rédemption, et plutôt encore comme une faveur à l'homme innocent que comme une grâce à l'homme coupable. Qui ne comprend que la révélation divine, pour être entière, devait

7^ MÉTAPHYSIQJJE DE l'aRT ;

se faire dans le milieu visible, aussi bien que dans le milieu invisible, par l'association des deux natures restant distinctes? Qui n'admettra surtout que l'homme ayant touché au fruit défendu, il a fallu le divin attouchement pour le purifier 5 qu'ayant dans sa chute rompu au-dessus de lui l'échelle de l'être idéal, il a fallu une main toute-puissante tendue d'en haut pour rétablir l'une et relever l'autre, le secours étant nécessairement extérieur au secouru comme au malade le remède? Qui ne voit enfin que, la chair ayant prévalu en l'homme contre l'esprit, il n'a rien moins fallu que le sacrifice d'une chair divine à l'Esprit divin, pour rétablir l'harmonie de la primitive subordination ?

L'Incarnation du Fils, révélation divine en même temps que restauration humaine, est donc le grand œuvre de l'art divin, dépassant celui même de la Création de toute la supériorité de l'amour sur la puissance ; et l'Eucharistie n'est autre chose que la perpétuation de ce mystère d'infinie bonté, sous des apparences d'une poésie et d'une fécondité inexprimables. En effet, si la communion, envisagée au point de vue le plus général, est la condition essentielle de toute vie relative, la communion du Christ est, de plus, le complément sensible et le signe permanent de sa Révélation; et, de même que la parole, pain de l'âme, a réalisé la révélation idéale, ainsi le pain, aliment du corps, a dû signifier la révélation matérielle du corps divin au corps humain, renouvelé et alimenté par lui. Nul dogme aussi n'est plus inspirateur de l'art; car la présence réelle du Dieu beau dans le milieu matériel, doit nécessairement susciter et enflammer tous les efforts de l'adoration et du culte extérieurs.

Tel est Taperçu que la raison nous ouvre sur le sens caché des mystères de la foi. Nous en tirerons plus tard d'importantes conséquences pour notre matière spéciale.

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