‹ Métaphysique de l'artChapitre 19 sur 39 · T H E O R IF. G E N E R A L F · texte numérisé non relu

T H E O R IF. G E N E R A L F

sont ordinairement dissemblables par le fait. Rarement cette riche nature ternaire, que je viens d'analyser, se rencontre dans l'individu en sa plénitude; rarement les trois facultés sont entre elles dans le rapport d'une parfaite égalité.

Dieu, en effet, ayant créé l'homme pour la société, a voulu que la diversité des aptitudes dans l'individu fût le premier motif des rapports dans la vie sociale. Complet d'essence et de fait, l'homme eût pu se suffire absolument à lui-même ; et il en fût devenu logiquement égoïste. Incomplets de fait, quoique tous égaux d'essence, les hommes sont les uns pour les autres un aimant réciproque, à la puissance et à l'attrait duquel nul ne se peut soustraire. La diversité, n'est-ce pas le besoin ou l'inconnu, ces deux aiguillons du désir, du rapprochement et de l'amour.^ et la diversité dans l'unité, n'est-ce pas la loi pure de l'harmonie.'^

Ordre admirable, qui impose l'inévitable solidarité des besoins, en même temps que le tendre échange des sentiments! Dieu lui-même, intimant dans le secret des âmes la loi de sa providence par la vocation, a, de sa propre voix (ce mot le dit mieux que tout raisonnement), appelé chaque homme à une destinée spéciale. Tous sont triples en puissance, mais non en activité productrice.

Peu d'hommes, en effet, possèdent les trois facultés en plein équilibre. C'est l'état le plus rapproché de celui des trois personnes divines, que la foi nous affirme parfaitement égales entre elles. Les natures privilégiées à ce point, semblent réservées à ces hommes extraordinaires, qui montent comme d'eux-mêmes aux sommets sociaux, parce qu'ils sont prédestinés à être les conci-

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liateurs et les modérateurs des trois forces intimes, dont ils ont une si égale conscience.

L'état le plus ordinaire est celui de la prédominance raisonnable de Tune des trois facultés sur les deux autres. Dans ce monde supérieur du spiritualisme humain, qui seul est l'objet de cette étude. Dieu a voulu que les uns, plus spécialement spéculatifs, se vouassent au culte du vrai par la science ; les autres, plus spécialement contemplatifs, au culte du beau par l'art; d'autres, enfin, plus spécialement actifs, au culte du souverain bien par la Religion. Alors les trois forces, inégales mais combinées, se portant sur un seul point, produisent les grands hommes et les grandes œuvres, dont la diversité harmonieuse comprend tous les éléments de beauté du monde humain.

Ainsi le voulait, d'ailleurs, la nature même des choses.

Mais la société humaine pouvait-elle être autre que l'homme, son atome.'' Ne devait-elle pas, elle aussi, avoir son moteur intime, son esprit aux trois facultés, pour animer et régir la matière, au sein de laquelle elle est de même incarnée ?

La société purement immatérielle sera donc constituée par ces trois facultés initiatrices, individualisées dans les SAVANTS, les ARTISTES et les PRÊTRES : les premiers, élément masculin de la société, présidant à la substance des êtres et des choses; les seconds, élément féminin, à la forme des êtres dans les choses ; les troisièmes, élément spirituel, à la vie des choses par les êtres. Et c'est pour cela que les savants doivent particulièrement imposer à Fintellect la loi du syllogisme ; les artistes, à l'imagination la loi du symbole ; les prêtres, au cœur la loi du sacrifice.

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Disons-le en passant : cette grande loi du monde immatériel fait comprendre et la nécessité d'un sacerdoce perpétuel^ et le généreux célibat du sacerdoce chrétien.

çAperçu sur [ensemble social dans l'ordre matériel.

Au-dessous de ce monde des hommes de Tesprit, nous trouvons celui des hommes physiquement actifs, des remueurs de matière^ des artisans enfin du bien-être matériel de l'humanité : monde essentiellement parallèle, mais évidemment subordonné au premier.

Que si, excédant les limites de ces aperçus strictement métaphysiques, nous cherchions à préciser succinctement les rapports de ce monde de la matière avec le monde de l'esprit, il nous serait facile d'y signaler de même trois catégories, correspondant à celles du monde spirituel, à savoir : les magistrats ^ savants officiels, élément substantiel et mascuhn, vérité vivante de l'ordre social, et à ce titre directeurs nécessaires de l'ordre matériel ; les ouvriers, artistes matériels, élément formel et féminin, artisans de la beauté sociale, et à ce titre particulièrement subordonnés, comme la femme dans la famille, comme le Fils incarné lui-même dans la société des trois personnes divines; \qs soldats , enfin, prêtres ou sacrificateurs matériels, élément vital et spirituel, énergique sauvegarde de la vie sociale, et à ce titre particuUèrement dévoués à Tordre matériel.

Tel est le double monde de l'esprit et de la matière ; telle est la double loi providentielle de la division du travail immatériel et matériel, première condition de la liberté individuelle et de la sociabilité humaine. Il ne

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saurait donc y avoir des oisifs; car l'oisif est un fainéant, c'est-à-dire un orgueilleux ou un lâche, et souvenrî'un et^Tautre à la fois. Du reste, cet insurgé contre la loi nécessaire de l'être est, en fait, une exception trop restreinte pour qu'on ait à en tenir compte.

Aux trois initiateurs de l'idéal il est réservé de penser, de formuler et d'animer les choses du bonheur de l'homme ; aux trois agents matériels, d'ordonner, d'embellir et de défendre les choses de son bien-être.

Et tous ces éléments condensés s'individualisent enfin en cet ordre complexe et puissant, qui est comme la vivante procession des deux autres, et qui se résume encore en ces trois mots : chef, peuple, ministres. Car, quelle que soient la nature et l'origine du pouvoir, toujours en définitive l'ordre est donné par un seul, obéi ou subi par la masse, et exécuté par quelques-uns, qui servent et le chef et le peuple lui-même.

Constitution générale de la société dans l'ordre divin et humain.

La société humaine se distingue ainsi en ces trois ordres : l'immatériel, le matériel et le mixte. Le premier représente sa propre substance; et les trois personnes qui le constituent sont ses chefs premiers. Ne les nommet-on pas auteurs, maitres, pères ^ Le second représente sa forme plus matérielle ; et les trois personnes qui le composent sont ses réalisateurs, ses artistes. Ne dit-on pas art gouvernemental, art mécanique, art militaire!^ Dans le réalisé, tout est art. Enfin, le troisième représente sa double vie ; et les trois personnes qui le complètent réunissent en elles l'harmonie de toutes les puissances maté-

rielles et immatérielles, dont l'homme puisse disposer. Tel esc Tensemble de la forme sociale. L'incarnation distincte, ternaire mais une, est la loi universelle de sa beauté.

Que serait-ce si, généralisant encore davantage, si, élargissant notre horizon, nous tentions de contempler le tableau le plus grandiose de Fart divin, la constitution de l'humanité entière ?

Elle nous apparaîtrait alors sous cette même forme parfaite et sous ces trois noms vénérés de famille, de patrie et d'Eglise : la famille, au sein de laquelle se développe mystérieusement son germe ou sa substance; la patrie, où elle se produit et se manifeste sous toutes les formes sociales les plus distinctes, les plus nobles, les plus belles ; l'Eglise, une et universelle, où elle puise, même à son insu, les trésors inépuisables de la grande vie spirituelle.

Enfin, par un dernier effort de concentration de la forme de Têtre, nous réunirions l'universalité ontologique en cette formule suprême : Dieu, Yhomme et ÏHomme-D\i\] : Dieu, créateur de l'homme, et l'Homme- Dieu, être complexe, procédant, en quelque sorte, par un miracle d'amour et de puissance, de Dieu et de l'homme tout ensemble, et vivifiant leur rapport par l'ineffable vertu de son sacrifice!

Or, il est facile de voir que tous ces ordres sociaux, toujours ternaires, se traduisent naturellement par ces trois mots premiers et nécessaires de la langue sociale : autorité, liberté^ ministère : l'autorité, qui est le principe, la raison d'être et par conséquent la substance

de tout ordre social; la liberté, qui est la limite réciproque, la distinction, la beauté et par conséquent la forme de tout corps social; le ministère, enfin, qui est l'action dévouée, généreuse, sacrifiante, et par conséquent la vie même de tout lien social.

Mais il faut nous en tenir à ces simples aperçus, qui, de forme en forme, embrassent toute l'œuvre de l'Artiste suprême, jusqu'à ces immensités éthérées où les mondes flottent sous son regard fécond. C'est là le côté esthétique de l'œuvre divine.

Quant à l'étude détaillée des rapports entre les êtres et les groupes d'êtres faisant partie de ce vaste ensemble, c'est l'objet propre de la science sociale, que j'ai tenté d'exposer dans un ouvrage, auquel je me suis déjà permis de renvoyer le lecteur.

C'est ainsi que nous retrouvons partout la distinction essentielle des trois éléments de l'être ; et la distinction, qu'on ne l'oublie pas, est le plus haut caractère de la beauté. Mais, qu'on ne s'y méprenne pas non plus, cette loi de la diversité des aptitudes, qui catégorise ainsi les hommes, ne contrarie en rien la théorie plus haut exposée; elle ne fait que déplacer l'unité et la transporter de l'individu à la société, qui renferme ainsi manifestement toutes les puissances humaines distinctes à l'état efficient. L'individu les possède virtuellement, puisqu'elles sont le fondement même de son être; toutefois, eu égard à leur inégalité habituelle, il ne peut être tenu qu'à réaliser en soi leur concours, sinon actif, du moins sympathique. La règle d'unité, en effet, ne saurait imposer l'obligation de faire à qui n'en a pas la puissance suffisante; mais elle a pour objet de prévenir

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les dangers de riiostilité interne des trois facultés en tous ceux^ que des monstruosités de nature, ou une incurable paresse, n'ont pas réduit à cet état exceptionnel d'impuissance, dont la bonne métaphysique ne tient pas compte.

Pour prendre et pour conserver sa place dans l'harmonie des êtres, il faut mettre en jeu toutes ses facultés, bien que l'on doive, d'ordinaire, subir le légitime et providentiel entraînement d'une seule. C'est alors seulement qu'on peut espérer réaliser le mieux possible toutes les merveilles de l'activité humaine.

T)e t isolement des facultés.

Je vais maintenant signaler les fatales conséquences de l'isolement naturel ou accidentel des trois facultés, pour la science, pour l'art, pour la religion.

Mais, avant de passer outre, disons bien que, tout en prenant ici le mot religion dans son sens le plus général, il ne devra s'entendre que des religions fausses ou de la fausse opinion qu'on se peut faire de la vraie.

Comment, en effet, la religion de Jésus-Christ ne se placerait-elle pas au-dessus de cette vicissitude? N'est-ce pas dans ses oracles, humblement médités, que nous avons puisé la présente doctrine.^ N'est-elle pas, elle-même, la science lumineuse, l'art enivrant de ceux auxquels une rude destinée interdit les pures voluptés de l'intellect, les délices ineffables de l'imagination? N'estelle pas ainsi le moyen par excellence, et employé par Dieu même, pour rétablir entre les hommes le niveau d'une égahté fraternelle, dans la participation à la vérité et à la beauté infinies?

Si donc, comme j'aurai à le dire, l'homme devient exclusif en son nom, qu'on se garde d'en accuser cette religion sainte. C'est l'homme, au contraire, qui l'aura méconnue ou défigurée; car la vraie rehgion (son nom le dit assez) réunit, relie au lieu de diviser; et là où est son véritable esprit, là est la concentration de toutes les forces légitimes, pour réaUser la plus haute vie intellectuelle, idéale et morale, à laquelle l'homme puisse atteindre ici-bas.

L'harmonie des trois facultés peut être altérée, ou antérieurement, ou postérieurement à la constitution de la personnalité morale.

Dans le premier cas, c'est un état originel, résultat presque fatal, soit des transmissions héréditaires, soit des réactions de la matière sur l'esprit par le développement insuffisant ou anormal des organes destinés à le servir. Cet état de prédominance ou d'exclusion d'une ou de deux des trois facultés, se nomme aptitude ou impuissance^ et il échappe, pour nos faibles yeux du moins, à la loi du mérite : car ses deux causes sont enveloppées de mystère ; et l'impossibilité de pénétrer leur action isolée ou complexe, nous défend d'accuser les pères plutôt que les fataUtés physiques, ou réciproquement.

Dans le second cas, c'est un état accidentel qui, tout en dérivant du premier, dépend nécessairement de la volonté de l'homme ; car l'homme, par sa seule énergie, peut développer en soi ses puissances natives dans des proportions indéterminables, comme il peut aussi les anéantir ou les laisser s'affarbhr et s'éteindre. Cet état de modification de l'être humain par lui-même se

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nomme, dans l'ordre physique, travail ou oisiveté ; dans l'ordre moral, vertu ou vice; et il est régi par la loi du mérite. Il relève donc et du philosophe et du moraliste. Cela dit en principe, expliquons-nous au point de vue de notre théorie.

Il est des hommes qui ne semblent avoir naturellement d'autre faculté que le pur intellect; d'autres, que l'imagination; d'autres, enfin, que le cœur. Ces hommes, exclusivement spéculatifs, ou contemplatifs, ou actifs, forment les trois catégories les plus radicales des hommes incomplets.

Rien de vraiment humain, aucun produit, à la fois substantiel, formel et vivant, ne pourra résulter de leurs efforts. Chez les spéculatifs le vrai restera à l'état de simple concept; chez les contemplatifs le beau, à l'état de simple rêve; chez les actifs le bon, à l'état de simple acte. Aux premiers manquera la puissance de la manifestation ; aux seconds, celle de la conception ; aux uns et aux autres, l'activité qui les réalise. Les troisièmes auront bien cette faculté précieuse; mais ils seront dépourvus des deux autres puissances, pour raisonner et poétiser cette activité, sans cela aveugle et vulgaire.

Ces trois isolements absolus, du chef de la nature, sont rares; car la vie réelle, la vraie vie est dans l'union et par l'action de tous les éléments de l'être. Nous n'aurons donc pas à nous occuper de ces états exceptionnels, qui, régis par une sorte de fatalité impénétrable, échappent évidemment à nos règles, et peuvent résister à tout effort de la volonté.

Le plus souvent, au contraire, nous l'avons dit, 1 homme, quoique doué de facultés originellement iné-

IJO MÉTAPHYSIQ^UE DE l'aRT:

gales^ peut les égaliser ou du moins les associer dans un commun effort. Cette énergie d'activité part du cœur. Mais le cœur lui-même peut s'abuser, se fausser et se laisser aller à de coupables préférences, ou à des exclusions encore plus coupables. Alors la division s'établit; l'antagonisme commence entre les trois puissances intimes de la trinité humaine.

De f antagonisme des facultés.

Cet antagonisme est de deux sortes : ou une seule faculté exclut les deux autres, ou bien deux réunies excluent la troisième.

La première sorte de ces antagonismes est le pire état de l'esprit, et il faut grandement plaindre celui qui les porte en soi 5 car c'est un vivant qui s'est aux deux tiers suicidé, un mourant qui reste garrotté à deux cadavres, dont la putréfaction commence à le gagner.

Mais précisons les choses. L'exclusion, c'est l'égoïsme ; et l'égoïsme tend toujours à se faire absolu, c'est-à-dire à se déifier lui-même. Ainsi on peut l'affirmer à priori:

Si le savant dédaigne l'art et la religion, dépourvu du double principe de la fécondité et de l'activité de l'être, il tombera dans un rationalisme informe autant qu'impuissant, dont le caractère premier est t orgueil, et dont le terme absolu est la déification du moi dogmatisant 5

Si l'artiste dédaigne la science et la religion, dépourvu du double principe de la connaissance et de l'activité de l'être, il tombera dans un sensualisme aussi ignorant

THÉORIE GÉNÉRAL F. I^l

qu'impie^ dont le caractère premier est la licence^ et dont le terme absolu est la déification de la forme matérielle ou l'idolâtrie;

Si le prêtre enfin dédaigne l'art et la science^ dépourvu du double principe de la connaissance et de la fécondité de l'être, il tombera dans un fanatisme ignorant autant qu'informe, dont le caractère premier est la violence ^ et dont le terme absolu (le mot le dit assez) est la déification ou divinisation de l'acte humain, c'est-à-dire la religion fausse ou faussée.

Ces trois espèces d'hommes ne comprendront plus rien au dogme de la Très-Sainte-Trinité.

Trois efforts impies, préludes de la mort spirituelle, sont ainsi la conséquence de l'isolement respectif des trois puissances. Tronçons du même être violemment séparés, elles palpitent en des convulsions dignes de pitié, hélas ! parce qu'elles ont perdu l'unité nécessaire de la substance, de la forme et de la vie.

Le rationalisme enfle l'homme; le sensualisme l'amollit; le fanatisme l'emporte.

Les faits attestent cette triple loi :

Observons ce savant qui s'est habitué à n'accepter la vérité que comme l'aride produit du raisonnement, et qui a revêtu son seul intellect du despotisme le plus excessif sur le visible et l'invisible. Les réalités de ces deux mondes s'absorbent dans sa pensée superbe, en un idéalisme envahissant et vague qui confine au scepticisme. La beauté s'évanouit à ses yeux, car elle ne se démontre pas. La sainte exaltation de la foi ne peut passionner son cœur, car il ne comprend plus que le cœur est la source première des grandes pensées. Son œil éteint, et comme retourné en dedans, se refuse à la

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contemplation et à ses naïves extases; ses genoux ne savent plus fléchir, son âme ne sait plus adorer. Pour lui, l'imagination, cette divine représentante de la beauté dans rhomme, n'est qu'une folle trompée ou trompeuse; le cœur, ce puissant agent du dévouement et de la vertu, que le corrupteur de l'esprit ou sa dupe éternelle. Le plus souvent alors, dégoûté de tout idéal, il descend aux sciences purement naturelles, comme pour chercher dans leur grossière certitude une compensation à ces nobles enivrements du spiritualisme par lui déserté ; et, son assurance scientifique grandissant en raison même de la précision mathématique des résultats, il prend peu à peu en mépris les fières conceptions de la pensée pure, auxquelles il finit par refuser jusqu'au nom de science.

Tel est l'abus du principe spéculatif ou masculin dans l'homme : double négation de la forme et de la vie de la science. L'intellect, sans l'imagination et le cœur, n'est qu'un immense et intolérable orgueil.

Jetons maintenant les yeux sur cet artiste qui, éteignant en lui le double flambeau de la science et de la rehgion, ne contemple la beauté qu'avec son œil de chair, à la seule clarté du soleil matériel, et ne la reconnaît plus que dans les mille combinaisons physiques de la forme animée ou inanimée. Ce chercheur du beau réel devient par là même incapable de la haute conception de la forme pure; il n'est plus que l'humble copiste d'une œuvre dont le sens échappe à sa pensée. Pour son intellect aveugle, le texte du grand Uvre de la nature est une lettre morte ; les planches seules en sufl^sent à son imagination d'enfant. Il subit ainsi sans résistance

THHORir GÉNÉRALE. I^^

les fascinations malsaines de la chair, et profane effrontément tous les mystères de la forme et de l'expression idéales. Dès lors il ne rougit pas de se mettre à la solde de la volupté ; il en élève, il en orne les impurs sanctuaires, où vont s'énerver en des visions cyniques et des chants lascifs les restes de son cœur. lia cessé devoir avec l'œil de Fesprit le type idéal et moral, à travers la transparence rayonnante de la forme pure : la forme sensible et opaque lui en a dérobé l'aspect. Il a dédaigné le vrai substantiel et le bien pratique ; son art alors est devenu menteur et mauvais. Ce révélateur du beau a pris la matière pour la forme, tandis qu'elle n'en est que la manifestation extérieure et corruptible ; puis, semblable aux infâmes vieillards devant la chaste Suzanne, il a « perverti son sens et il a baissé les yeux pour ne « pas voir le Ciel (i). » Que dis-je.'^ comme ces femmes frivoles qui veulent plaire pour plaire, comme ces femmes dégradées qui trafiquent de leur beauté, il veut être admiré et séduire à tout prix, même au prix de sa dignité et de sa vertu.

Tel est l'abus du principe contemplatif ou féminin dans l'homme : double négation de la substance et de la vie de l'art. L'imagination, sans l'intellect et le cœur, n'est qu'une licence sans frein comme sans honte.

Enfin, écoutons les aspirations exaltées de ce prêtre qui, prenant à scandale les naturelles hardiesses de la raison humaine et les séductions légitimes de l'humaine beauté, se renferme en son cœur pour fuir le double écueil de ce qui n'est à ses yeux qu'mipiété et corrup-

(i) Daniel, XllI, 9.

1^4 MÉTAPHYSIQJJE DE l'aRT :

don. Cette pauvre âme^ exilée du monde de Fintelligible et de celui de la forme, erre à travers je ne sais quel monde étroit de pratiques stériles et violentes, au sein duquel elle s'épuise à la poursuite d'un idéal sans démonstration comme sans révélation précises. Dans son exagération mystique, elle a oublié que la soumission à Dieu doit être raisonnable 5 que, lorsque Dieu a voulu se révéler, il s'est fait chair, il s'est fait beau de la plus splendide beauté, la beauté idéale et morale tout ensemble ; enfin, que la religion véritable est la relation, le lien nécessaire entre la science et l'art, entre le Dieu souverainement savant et l'homme, chef-d'œuvre de sa souveraine puissance esthétique. Et tel sera le malheur de cette âme, qu'elle devra même à la fin s'avilir par des actes déraisonnables et cruellement destructeurs.

Tel est l'abus du principe actif ou spirituel dans l'homme : double négation de la substance et de la forme de la religion. Le cœur, sans la lumière féconde de l'intellect, sans l'éloquent symbolisme de l'imagination, n'est que violence ^ inintelligente toujours, souvent inepte et barbare.

Ces trois êtres ne sont pas l'homme 5 ce ne sont que ses éléments, ou plutôt ses débris, s'efForçant à vivre d'une vie d'abstraction exclusive. Ils n'ont pas compris que l'abstraction ne doit être qu'un état passager et de simple recherche ; que si l'homme s'y complaît et s'y mure, il aura beau saisir un fragment de la vérité, cette précieuse parcelle s'évanouira en ses mains pour retourner au foyer de son unité indivisible. La vérité, monnaie divine, richesse de l'âme, est semblable à la monnaie humaine : elle ne peut se briser 5 elle ne vaut qu'intacte,

par la matière qui la constitue, la forme qui la modèle, et Icsprit qui la fait vivre & circuler dans le monde spirituel.

Les trois facultés de l'homme ne se peuvent donc isoler une à une.

Ce mode d'être le plus abusif est plus particulièrement^ du reste, le danger de Thomme individuellement pris. Une telle exagération, qui, suivant la rude logique de Terreur, peut passer successivement de la prédominance à la monomanie, et de la monomanie au suicide moral ou la folie pleine, n'est pas trop à redouter pour les masses d'hommes : ces partis-pris excentriques ne sçront heureusement jamais que des exceptions.

Mais l'exclusion d'une des trois facultés par les deux autres, pour n'être pas aussi dangereuse, n'en exerce pas moins une funeste influence sur la destinée humaine. Cette sorte de dualisme moral, également négatif du dogme de la Trinité, est la maladie endémique des esprits; elle est aussi nécessairement de trois espèces.

Ainsi, en premier lieu, si la science et l'art prédominent dans l'Humanité, à l'exclusion de la Religion véritable, sa civilisation aboutira nécessairement à un paganisme, négatif de la vraie vie divine. Ce paganisme pourra bien briller de quelqu'éclair de vérité, de quelques rayons de poésie ; mais il lui manquera infailliblement l'élément vital, l'amour divin, indispensable principe de la vraie vertu ; et son double vice sera X orgueil et la licence, inévitable résultat de la double hostilité de l'intellect et de l'imagination contre le cœur.

Bien que tout rapprochement des époques aux doc-

1^6 MÉTAPHYSIQUl- DE l'aRT :

trines soie périlleux, parce que les faits ne sont jamais aussi précis que les idées, n'est-il pas permis de dire que l'histoire de l'antiquité, appréciée d'ensemble, imprime à cette partie de notre théorie la plus solennelle consécration qu'ait pu donner l'expérience ? Le paganisme anté-chrétien,en effet, put bien s'enorgueillir de quelque parcelle de vérité, conquise par le génie seul de l'homme dans le champ vierge encore de la science ; mais dans quelle fange impure roula-t-il cet or divin ? Il se fit bien dans les arts un vrai culte de l'idéal ; mais cet idéal ne fut-il pas toujours plutôt l'homme et la nature poétisés que le Dieu entrevu ? Son sens religieux, sinon éteint du moins dévoyé, ne mit-il pas sur ses autels l'œuvre à la place de l'Ouvrier, et n'abaissa-t-il pas le niveau de la moralité humaine, au point de ne plus même comprendre la triple injustice et la triple honte sociales de la polygamie, de la conquête et de l'esclavage ?

Le principe actif, vital ou spirituel fit défaut à ces sociétés; elles ne furent pas progressives, et la vertu y manqua ou du moins y fut faible.

En second lieu, si fart et la religion viennent à prédominer dans l'Humanité, à l'exclusion de la science, sa civilisation aboutira nécessairement à une Supersiiiion, négative de la vraie substance divine. Cette superstition pourra bien se vivifier d'un puissant sentiment divin ; elle pourra bien s'embellir de toutes les séductions de la forme gracieusement idéalisée 5 mais il lui manquera infailliblement cette base immuable de la raison, sans laquelle la religion et l'art se transforment en fanatisme et en licence^ mévitabie résultat de la double hostilité du cœur et de l'imagination contre l'intellect.

L'histoire ne pourrait-elle encore répondre; et les paroles qui précèdent ne sont-elles pas comme l'évocation du fantôme à la fois splendide et sombre de ce moyen-âge aussi ardent en sa foi qu'en ses passions ? — Une puissante et ingénieuse charité remua, il est vrai^, ses entrailles^ et pansa pieusement les blessures que le elaive des Barbares avait ouvertes au flanc du vieux monde renouvelé : il se fît monastère pour ouvrir un inviolable asile à la grande vie spirituelle^ ou vouer un culte touchant à la faiblesse et au malheur ; il se fît chevalerie pour réhabiliter l'honneur dans le dévouement, et l'amour dans son objet le plus beau et le plus opprimé, la femme. — Une sauvage mais gracieuse poésie illumina son front : il se fit artiste pour restaurer le beau dans son domaine ravagé ; sa fée, sylphe féminin aux ailes d'or, ravissant symbole éclos du génie de cette époque imaginative, sembla planer sur le monde et, sous les coups de sa baguette créatrice, faire partout germer les merveilles ingénues d'un art tout nouveau. L'architecture jaillit du sol comme une sève de printemps : l'église étonna les villes de sa riche et imposante majesté j le château couronna les coUines de sa masse lîère et pittoresque 5 la simple maison même s'embellit de toutes les décorations les plus exquises. La musique se formula : elle enfanta des mélodies charmantes ou sublimes ; et la statuaire, et la peinture, et la littérature enfin, s'élevèrent par l'expression jusqu'aux plus hautes régions de l'idéal.

Mais qui dira les pauvretés, les gaucheries de forme et les exagérations superstitieuses de cet art enfant.^ Qiu dira la violence des instincts alternant avec les transports de la charité? Qui dira surtout ces nuages d'ignorance pesant sur l'atmosphère humaine sous la forme

d'une sorte de fanatisme inintelligent et brutal, déshonoré même trop souvent par une licence sans frein ?

Le principe spéculatif, substantiel, scientifique ou masculin fit défaut à ces sociétés 5 elles ne purent être organisatrices ; l'ordre y manqua.

En troisième lieu, si l'Humanité associe en elle la science et la religion, à l'exclusion de l'art véritable, sa civilisation aboutira nécessairement à un Véisme, négatif de la manifestation ou révélation de la forme divine. Ce déisme pourra bien se glorifier d'une large participation à la vérité infinie, il pourra bien palpiter sous les rayons féconds de la charité divine ; mais le sceau suprême de la beauté manquera infailliblement à son front pauvre et nu 5 et sa double dégradation sera V orgueil et Iq fanatisme : inévitable fruit de mort de la double hostilité de l'intellect et du cœur contre l'imagination.

Ne puis-je encore dire que tel est le portrait fidèle des siècles qui nous ont immédiatement précédés.^ Siècles de prodigieux développement scientifique et moral, mais aussi d'énervement esthétique incontestable : siècles parfois vandales et destructeurs de toute forme ; et par conséquent insurgés contre l'Eglise du Christ, forme visible de sa Révélation; et, par conséquent encore, copistes ridicules de cette vieille forme païenne ravivée sans raison et encensée sans honte : siècles de libre examen, mais d'arts esclaves : siècles enfin de philosophie présomptueuse autant que de crédule fanatisme!... Peut-on nier que la critique venimeuse et l'atroce violence, si caractéristiques de la fin du dernier de ces siècles, n'aient pas été aussi nuisibles à l'Humanité que toutes les erreurs, tous les vices même qu'il s'était

donné la noble mission de combattre; et ne fut-ce pas à Textinction complète en lui du sentiment du beau divin^ qu'il dut de tomber enfin dans ce matérialisme abject, qui n'eut pas même, comme le sensualisme païen, la pudeur de se voiler de quelque poésie ?

La Réforme et, après elle, le Déisme, en attaquant, sous prétexte d'idolâtrie, le beau formalisme chrétien^ ne se doutèrent pas du coup mortel qu'ils portèrent à la plus belle des facultés de l'homme, la faculté poétique. Sous l'influence de leur double dédain pour la forme religieuse, les arts plastiques, affadis et matérialisés, devinrent purement imitatifs ou conventionnels 5 et les arts intellectuels, quoique tenus alors en haute estime, n'en furent pas moins entachés des mêmes défauts.

Le sens de la vision idéale, la foi au Dieu beau, c'est-à-dire le principe contemplatif, formel ou féminin, fit défaut à ces siècles; la vraie poésie leur manqua.

Tels sont les caractères généraux des maladies morales qu engendre le défaut d'unité entre les trois facultés de l'homme et les trois individualités qui les représentent, jusqu'à ce que l'excès du mal éteigne cette triple énergie dans la fange du matérialisme. Or, le savant y tombera par l'étude trop appfiquée et trop restreinte aux simples phénomènes; le prêtre; par les préoccupations spirituelles, trop réduites au simple culte et à la scabreuse casuistique ; l'artiste surtout, par l'abus de la contemplation et de la reproduction de la simple beauté charnelle : et la femme, élément formel-matériel de l'Humanité, sera toujours le séduisant et fatal objet de tous ces dangers et de tous ces écarts.

Le matérialisme est le terme extrême du mal moral,

I4<^ MÉTAPHYSIQUE DE l'aRT :

c est-à-dire de la scission de rhomme en lui-même et avec Dieu. Ce n'est plus, en effet, alors une simple altération d'équilibre entre les trois puissances immatérielles : c'est la pleine rupture de la chair avec Tesprit et avec Dieu, esprit suprême. Dernière et irrémissible conclusion de la logique de l'erreur ^ abjecte idolâtrie pratique, la plus humiliante pour l'homme, la plus offensante pour Dieu; car, en s'arrêtant à la simple forme matérielle, elle méconnaît cette auguste Substance divine, qui est le principe nécessaire de toute substance, comme de toute forme et de toute vie, même matérielles ! L'homme, ainsi réduit à la seule vie de la chair, tombe sous la loi de cet appétit brutal, essentiellement contempteur de toute science, de tout art, de toute religion, et par conséquent radicalement destructeur de tout idéal.

T>e la sous-distinction ternaire en tout acte humain.

L'activité de l'homme, bien que variée dans son objet, doit donc être une dans son essence. Elle s'accomplit dans trois ordres distincts, que nous nommons l'ordre substantiel^ l'ordre formel et l'ordre vital^ et qui sont comme les sphères respectives de cette activité. Mais les trois facultés y doivent agir spécialement et non exclusivement pour se réaliser dans le monde sensible et matériel, chacune dans son ordre recevant l'aide comme elle le donne dans les deux autres.

Qu'en induire, si ce n'est qu'en chacun de ces ordres il devra exister de même une sorte de sous-distinction ou de sous-ordre également ternaire, où la prédominance des facultés n'exclut pas leur action commune }

Ainsi, dans le premier ordre, bien que la science soit

THÉORIE GËNtRALE. I4I

avant tout substantielle, elle devra être néanmoins aussi à un certain degré et formelle et vitale. Ce qui revient à dire que son principal agent, l'intellect, devra appeler à son aide l'imagination pour présider à sa forme littéraire ou expérimentale, et le cœur pour réaliser sa vie et la traduire en généreuse croyance et en faits utiles; qu'en un mot il faut à la science l'auxiliaire de l'art et de la

religion

De même aussi, dans le second ordre, bien que Fart soit avant tout formel, il devra être néanmoins, en un certain sens, et substantiel et vital. Ce qui revient à dire que son principal agent, l'imagination, devra appeler à son aide l'intellect et le cœur, pour recevoir de l'un les règles mathématiques de la forme , et de l'autre ses expressions les plus saines et les plus fécondes; qu'en un mot il faut à l'art l'auxiliaire de la science et de la religion .

De même enfin, dans le troisième ordre, bien que la religion soit avant tout vitale et pratique, elle devra être néanmoins aussi et substantielle et formelle. Ce qui revient à dire que son principal agent le cœur doit, dans l'accomplissement de son culte, être assisté de l'intellect qui reçoit et salue ses dogmes, et de l'imagination qui dessine les formes tour à tour austères ou suaves de sa liturgie ; qu'en d'autres termes, sans l'assentiment au moins implicite de la science et sans le concours de l'art, l'acte religieux n'aurait ni sa raison d'être ni sa manifestation ; et qu'il se réduirait à un pur sentiment aussi peu logique que peu réalisé, en un mot à cette prétendue religion du cœur, qui s'efforce en vain de cacher sous un spiritualisme affecté le néant de ses croyances et le vice de ses symboles.

Donc^ pour que Thomme atteigne le plus haut degré de sa vie idéale, c'est-à-dire la conformité la moins imparfaite de son être avec Dieu, il faut qu'un sage accord soit toujours maintenu entre les trois puissances qui le constituent, et que l'acte s'accomplisse dans le milieu sensible, sans qu'il soit possible de discerner autre chose que d'harmonieuses prédominances entre les trois facultés coopératrices. Ainsi s'obtiendra l'unité spirituelle de l'activité humaine.

Ve r unité finale.

Ainsi, pour nous restreindre aux lois de la seule esthétique, l'art véritable devra obéir aux strictes prescriptions de la double science de l'idéal et de la matière ; et ses conceptions seront alors raisonnables, autant que leur exécution, mathématique. Il devra de plus se soumettre aux croyances de la religion et aux exigences de son culte ; et ses créations seront alors bonnes, autant que leur exécution, chaste. A ces deux points de vue c'est tout un, pour une statue par exemple, d'être pudique ep d'être en équilibre. Il n'y a de beauté vraie et vivante qu'à cette condition ; car l'unité est la loi première de la vie ; et il n'y a de vraie vie que dans la fusion des trois éléments expressifs de celle même de Dieu : le vrai, le beau, le bien. Il faut donc que l'artiste véritable soit un dans ses croyances, ses conceptions, ses œuvres. Ce serait même la loi de son succès, si ce n'était avant tout celle de son devoir î

« C'est une grande chose pour l'homme que d'être un « dans ses actes (1). " Ainsi parle la sagesse humaine, et

(i) Sénèque.

elle ne peut mieux parler. Mais la sagesse divine va plus haut encore : le Christ, élevant les yeux au ciel, et priant son Père pour tous ceux qui devaient croire en lui, résume sa demande en ces merveilleuses paroles : « Qu'ils soient ce un, comme nous-mêmes nous sommes un (i). »

Au point où nous en sommes, cette assimilation si glorieuse de l'homme à Dieu serait-elle encore un mystère inaperçu pour nous ? et n'en concluerons-nous pas que l'unité dans la distinction est la condition divine de toute doctrine, de toute manifestation et de toute activité humaines ?

Plus que jamais, d'ailleurs, l'effort humain est à la convergence et à la pénétration réciproques.

La science sort de ses écoles pour se traduire en doctrines pratiques; de ses laboratoires, pour se transformer en faits utiles. Elle tend ainsi à faire vivre le Vrai d'une vie réelle et non purement spéculative.

La Religion proteste contre les attentats de ces mains impies, qui s'acharnent à la murer dans ses sanctuaires. Conquérante pacifique, elle va toujours au-devant de l'erreur, du vice et de la misère, semant à pleines mains dans le champ de l'humanité ces germes de foi et d'amour, que de généreux martyrs arrosent de leurs sueurs et souvent de leur sang. Elle tend ainsi à faire vivre de plus en plus le Bon, le Bien, d'une vie réelle et non purement pratique et de simple culte.

Et toutes deux, expansives comme la lumière qui rayonne et le feu qui dévore, animent et régissent l'idéal humain, remuent et gouvernent la matière, passionnent les esprits et ravissent les âmes.

(1) Fv. ^aint Jt\nii, XVI 1. 22.

144 MÉTAPHYSIQUE DF l\rT :

Lors donc que la science apporte sans hostilité le tribut de ses recherches à la Religion qui les bénit et à l'art qui en profite ; que la Religion répand de plus en plus sur la science Tarome conservateur de sa charité^ et sur Fart les flots intarissables de ses pures inspirations, ce dernier, également contempteur de l'une et de l'autre, pourrait-il rester seul, confiné dans son atelier profane, aux pieds d'une beauté matérielle inerte que n'animerait aucun noble ou saint amour, ou d'une beauté idéale malsaine qui n'inspirerait que de vils et criminels sentiments ? Refuserait-il d'occuper sa place dans la trinité de l'effort humain, d'apporter sa pierre pour la construction de l'éternelle cité de l'idéal, en un mot, d'être édifiant^ c'est-à-dire saintement agissant et produisant, comme tout doit l'être ici-bas?

Il ne se peut j car c'est à l'art qu'est échue la glorieuse mission d'imprimer à l'œuvre universelle le caractère divin de la beauté ; et le Beau ne peut exercer son influence, si puissante et si féconde, s'il reste séparé de ce qui lui donne, tout à la fois et sa substance et sa vie.

T)e la spécialité et de V universalité.

Ce triple accord est, il est vrai, aussi difficile à obtenir qu'à conserver. Il y faut toute l'énergie d'une âme trempée aux plus vives sources du devoir religieux; et combien sont rares les artistes armés de la sorte contre les redoutables séductions de la forme animée !

La nature humaine, exagérée en proportion de sa faiblesse, va trop souvent d'un excès à l'autre, s'éloignant ainsi également du centre divin de cette unité harmonieuse, essentielle condition de tout acte vraiment

humain. Puis^ pour déguiser une impuissance dont le cœur n'ose avouer la cause secrète^, l'homme a posé en axiome que Ton ne pouvait être universel^ et qu'il n'y avait de condition de succès^ que pour celui qui se renfermait dans la spécialité la plus strictement isolée. Ce faux principe, enraciné dans les esprits et justifié par quelques résultats apparents, a généralement aggravé dans les facultés de l'homme les tristes effets d'antagonisme que nous avons signalés plus haut : l'intérêt de la vérité veut donc qu'on l'infirme.

Quelles que soient les forces bornées de l'homme et la brièveté de sa vie, il faut reconnaître qu'en général l'application de l'esprit à un seul ordre de travail le comprime et l'amoindrit, s'il ne se rattache à l'ensemble par ces rapports généraux, qui sont comme les artères vivifiantes du triple monde de la pensée, de l'image et du sentiment.

Plus les hommes sont grands, plus, s'il est permis d'ainsi parler, ils sont universels. L'unité est alors en eux à l'état explicite 5 toutes leurs connaissances sont Hées, coordonnées, se rendant réciproquement raison l'une de Tautre; et c'est pour cela qu'ils vont si loin et si haut : c'est aussi pour cela, il est vrai, que les génies sont en si petit nombre.

Mais est-ce à dire que le vulgaire des hommes soit privé de ce sens synthétique et de corrélation, indispensable pour vivre de la vraie vie de l'esprit? Assurément non; et l'inégalité n'est pas de l'injustice. Ce sens est donné à tous ceux qui réfléchissent de bonne volonté, et cherchent la vérité de tout leur cœur : il sîr à l'état implicite dans les formules de ce bon-sens impersonnel, qui est comme le trésor pubUc de la raison humaine ; il

sort surtout, ainsi qu'une vertu efficiente, des divins oracles de cette Religion, qui, par sa fixité et sa certitude uniques, devient pour tout homme raisonnable le lien spirituel du faisceau des connaissances, e| par conséquent le moyen suprême de l'unité en toute chose.

C'était sans doute cet invincible besoin de coordination entre nos diverses facultés, qui faisait tracer à Pascal ce précepte si sage, quoique si opposé aux idées reçues :

« Puisqu'on ne peut être universel et savoir tout ce « qui se peut savoir sur tout, il faut savoir un peu de « tout : car il est bien plus beau de savoir quelque « chose de tout, que de savoir tout d'une chose; cette « universalité est la plus belle. Si l'on pouvait avoir les « deux, encore mieux ; mais, s'il faut choisir, il faut ce choisir celle-là, et le monde le sent et le fait, car le « monde est un bon juge souvent (i). »

C'est pourquoi j'ai cru qu'il était utile de rechercher la loi qui doit rattacher l'art au monde ontologique.

Voici le résumé de cette recherche; après, viendra notre définition intrinsèque de l'art, annoncée dès les premières pages de ce livre, et destinée à dominer et féconder tous les développements de notre Théorie.

1{ésumé.

Acte humain, l'art a sa raison d'être dans l'homme, son agent; car l'acte ne peut être que la manifestation de la pensée et du sentiment de l'être qui l'accomplit. Or, bien que l'homme, être évidemment relatif et non absolu, déchu et non primitif, ne puisse ni affirmer, ni

(i) Pensées. Edit. de Faugère, t. I, p. 335.

THÉORIE GÉNÉRALE. lâf]

nier absolument, il a cependant un sentiment trop vif et de son être propre, et de cet être nécessaire qui est la raison suprême de toute existence, et des lois morales qui en résultent inévitablement, pour qu'il n'en vienne pas à poser comme un fait évident et capital le principe de la personnalité distincte des êtres. Mais la distinction des êtres, le mot ne le dit-il pas? c'est leur beauté; et leur beauté, c'est leur forme.

Ainsi le mot forme, premier mot du langage de l'art, a été pour nous le point de départ de la recherche esthétique sur la nature de l'homme. Expression de la distinction de l'être, il est en même temps le corrélatif nécessaire du mot de substance^ cette parlante dénomination de l'être intime que la forme manifeste; et l'union de la substance et de la forme n'est autre chose que la vrV, ou le troisième élément de l'être, essentiellement un.

Substance, forme et vie ; toute la philosophie de l'être humain, et par conséquent de l'art, est donc dans ces trois mots, que la langue plus usuelle des hommes traduit naturellement par ceux de vérité, de beauté et d'amour, lesquels sont le triple nom de l'être manifesté et vivant, et le reflet de Dieu même sur la plus 1 énigmatique et la plus admirable œuvre de ses mains!

Mais ce qui n'est qu'une lueur vacillante de la tradition rationnelle à travers le langage, la Révélation chrétienne, évidemment surnaturelle, Tenveloppe d'une clarté radieuse et pénétrante : car, suivant les textes saints et la science théologique la plus autorisée, ce divin Révélateur n'est lui-même que la forme incarnée de cette invisible substance du Père, auquel l'unit la mystérieuse puissance de la vie, personnifiée par le Saint-Esprit, au sein de l'adorable Trinité.

148 MÉTAPHYSIQJJE DE l'aRT :

Avant rhomme et au-dessus de l'homme, Dieu est donc la vérité souveraine, la souveraine beauté, Famour souverain, à l'état personnel et vivant ; et l'homme luimême n'est tel, en sa mesure, que parce qu'il est sa vivante ressemblance.

Ainsi, aux yeux de la raison comme à ceux de la foi, l'homme apparaît lié à son Créateur par les plus étroits rapports. A l'origine, il était un dieu dans des proportions finies y et, la réhabilitation ayant supprimé la déchéance, il se retrouve depuis lors rétabli en sa dignité première.

Si donc Dieu, en tant que vérité, beauté et amour infinis, est le Savant, l'Artiste et le Prêtre souverain, l'homme, sa réduction vivante, sera nécessairement aussi savant, artiste et prêtre ; et toutes ses pensées, toutes ses œuvres, tous ses actes devront être marqués au sceau divin de la vérité, de la beauté et de l'amour.

La distinction ternaire dans l'unité sera donc sa loi 5 et sa vie idéale, quelle qu'en soit la forme, ne devra jamais être au fond qu'un hymne à Dieu, chanté par ses trois facultés, si expressives de Dieu. Dans la sphère de l'invisible, l'intellect dira l'hosanna de la science ; l'imagination, l'hosanna de l'art; le cœur, l'hosanna de la religion. Dans la sphère du sensible, le syllogisme, le symbole et le sacrifice formuleront le triple cantique ; et cette manifestation des trois puissances de l'homme montera de ce trépied vivant devant le trône éternel, comme l'encens d'une adoration aussi complexe qu'indivisible.

L'adoration ! saint respect, libre gravitation de l'être relatif, se laissant entraîner, à travers le milieu matériel, par les trois forces combinées du bon-sens, du goût et

de lattrait, vers le centre de ces richesses de vie^ que fait entrevoir la foi, que dispense la grâce dans le monde du mérite, et qui nourriront et enivreront pleinement rhomme dans le monde de la récompense et de la jouissance éternelles !

Définition intrinsèque ou substantielle de loArt.

Nous pouvons maintenant hasarder une définition de l'Art. Maison conçoit qu'après avoir jusqu'ici mené, en un certain sens, de front l'étude des trois modes de l'activité humaine, ce serait se priver de beaucoup de lumières que de ne point les définir ensemble. Ces trois définitions, ainsi mises en regard, devront évidemment s'illuminer les unes les autres, autant par leurs différences que par leurs rapports. Or donc, à notre sens :

La science est la recherche du vrai, substance du beau et du bien; l'art est la recherche du beau, forme du vrai et du bien ; la religion est la possession et la pratique du bien, vie du vrai et du beau.

Et ces trois choses ne sont qu'une chose dans leur essence et leur tendance finale, qui sont la vérité pure, la pure beauté et le pur amour.

Remarquons-le ; simples recherches de leurs objets, la science et l'art sont nécessairement faillibles, parce qu'en un certain sens ils procèdent directement de l'homme seul ; la religion, au contraire, est la possession, sinon démontrée du moins certaine, de son objet, parce qu'elle procède directement de Dieu.

Pourquoi cette différence d'origine?... Pourquoi la Révélation n'a-t-elle porté que sur la vérité religieuse } ... Il nous semble qu'en voici la raison; et cette raison.

IfO MÉTAPHYSIQUE DE LART :

disons-le en finissant, complétera toutes celles que nous avons données à l'appui de Tordre de foi.

La Révélation, faite directement par Dieu et plus spécialement au cœur, impose par là même à Fintellect et à l'imagination le mérite de la soumission, sans exclure le droit de la liberté. Le plan divin a été de concentrer la lumière sur la faculté active et pratique, de préférence à la faculté spéculative et à la faculté contemplative, qui toutes deux cessent d'être libres quand la vérité est trop clairement manifestée : au quiétisme rationnel, à la contemplation oisive en face d'une vérité sans voiles, le Dieu vivant a préféré le généreux effort dans une demilumière, toujours assurée à la bonne volonté. Cela n'estil pas plus digne de lui et de l'homme ? N'est-ce pas là la vraie condition de la vie relative supérieure, de la vie du libre rapport.'^ Ainsi, les deux premières facultés relèvent en un certain sens de la troisième, afin que la spéculation et la contemplation, théoriques de leur nature, deviennent pratiques, et que cette pratique enfante la vertu, c'est-à-dire la perfection et la beauté idéales de l'homme.

Les sciences et les arts doivent donc allumer leurs flambeaux à celui de la vérité religieuse.

En devra-t-on conclure une infériorité et une dépendance humiliantes?... Ce serait bien mal entendre les lois de l'harmonie spirituelle. N'est-ce pas l'amour qui est le principe de l'unité véritable ; et le véritable amour n'est-il pas l'égalité ? C'est par le Christ, expression humaine de la beauté divine, que la vérité pleine a lui et que l'amour vrai s'est allumé ; c'est donc de sa loi sainte que les flots fécondants de cette harmonie doivent découler comme de leur source intarissable.

THÉORIE GÉNÉRALE. I f I

Tenons ainsi pour certaine cette définition^ triplement corrélative des actes de l'esprit, qui seule fait sortir l'art du domaine infertile de l'imitation simple, de la fantaisie bizarre et de ia fiction malsaine, pour le faire entrer, ouvrier dévoué et infatigable, dans celui de la vérité substantielle et de la beauté féconde pour le bien.

Puis, pour rentrer dans la sphère spéciale de notre œuvre^ détachons de cette définition commune celle qui concerne son objet direct, et disons :

L'art est la recherche du beau, forme du vrai et du bien.

L'art est ainsi la plus belle partie de cette indivisible trilogie humaine, qui doit sans cesse reproduire et célébrer Dieu, puisque, dans le concert universel des mondes, c'est à lui qu'il appartient de faire chanter la forme à la gloire de l'Artiste suprême, du « Verbe par ce qui tout a été fait. »

L'art vient de Dieu ; il doit donc retourner à Dieu.

"Distinction de Part et du métier.

A ce point de la carrière, il est permis, il est même utile de reporter ses regards en arrière pour mesurer la distance parcourue. Ce coup d'œil rétrospectif, associant dans la pensée qui les compare les deux extrêmes d'une si longue route, fait mieux comprendre le Hen qui unit les réaUtés aux apparences, les effets visibles aux causes et aux destinations.

Notre première définition embrassait dans un cercle immense tous les actes de l'homme, en tant qu'extérieurs ou manifestés par une forme quelconque, actes expressifs de ses besoins de toute nature : besoins de l'esprit,

If 2 MÉTAPHYSIQUE DE l\rT, :

besoins de l'âme ou même simples besoins du corps. L'art était l'acte universel, tendant à la satisfaction de ces besoins; quels qu'ils fussent, il n'importait.

Notre seconde définition, au contraire, en signalant le principe de l'art, en nommant son objet, en plaçant son but dans cette beauté souveraine, splendeur ardente de la vérité et de l'amour, a restreint le cercle tracé par la première, et relevé la notion de l'art dans le rapport exact de la distance qui sépare l'être humain de l'être divin lui-même. La ressemblance de l'homme à Dieu étant donnée, et la matière étant considérée comme le simple milieu, le pur moyen de manifestation sensible des êtres, il en est résulté une vraie consécration de la distinction parallèle que nous avions établie entre les divers besoins de l'homme, et un ordre d'honneur entre ces besoins. Les besoins de l'esprit et de l'âme ont dû occuper le premier rang; ils ont dû être les mobiles exclusifs des arts libéraux et des beaux-^ns. Les besoins du corps, bien que premiers en fait, ne sont venus qu'en second ordre ; ils ont dû être les seuls motifs de ce qui a pris de tout temps le nom d'arts mécaniques ou métiers, arts évidemment, et de tout temps aussi, subordonnés.

Grandeur et dignité de l'art et de ï artiste.

Art et métier : telles sont donc les deux quaUfications antinomiques des arts de l'homme, quand il pétrit et façonne la matière.

N'a-t-il, en accomplissant ces actes, d'autre pensée que la satisfaction d'un bien-être matériel ou un profit? Alors, quelles que soient sa capacité et sa puissance, il n'est qu'un simple ouvrier ^ qui par son gain pourra exciter

l'envie^ mais provoquer Fadmiration et conquérir la gloire, jamais.

Aspire-t-il, au contraire, en les accomplissant, à raviver, en lui-même ou dans les autres, Tardeur contemplative et la fécondité de la vie morale? Alors, quels que soient sa faiblesse et son dénûment, il est décoré du nom d'artiste; et ce nom le place bien au-dessus du premier, dans l'aristocratie naturelle delà famille humaine, car il monte au rang d'initiateur social par le beau, comme le savant doit l'être par le vrai et le prêtre par le bien. Les orgueilleux mais obscurs gagneurs d'argent descendront tout entiers dans la tombe, où s'engloutissent, hélas ! leurs efforts, leurs richesses, leur bien-être : les artistes, eux, seront glorifiés dans leur misère digne et fière ; les siècles prendront leurs noms; la postérité les redira avec enthousiasme; et leurs œuvres, souvent sans valeur matérielle aucune, seront néanmoins disputées au poids de l'or.

Admirons comme, en dépit des sophistes de la matière, brille la nature spirituelle de l'homme et son excellence!... Malgré leur utilité plus palpable, les métiers ont été, sont et seront toujours, dans l'opinion générale des hommes, abaissés au-dessous des arts, qui ont pour objet le pur idéal, insaisissable, réputé inutile et même souvent contesté. Dans un accès de vanité jalouse, l'ouvrier aura beau se parer lui-même du nom d'artiste, il ne donnera pas le change, même aux plus irréfléchis. L'art véritable domine le simple métier; ce dernier mot est jeté en insulte à l'artiste qui déroge de l'idéal ; et l'estime ne s'attache à sa personne et à son œuvre, qu'en proportion de l'élévation de sa puissance imaginative au-dessus des trivialités de Tordre sensible.

C'est ainsi que, dégageant Fart proprement dit de tout ce qui n'est qu'œuvre de matière, nous sommes arrivé d'une définition purement analytique ou descriptive à une définition synthétique et régulatrice ; que du fait simple, en un mot, nous sommes parvenu à la détermination de la loi.

Que cette définition nous soit donc comme un phare, élevé sur le fortuné rivage où règne Tidéale beauté, mais qu'entourent tant d'écueils redoutables. A sa clarté souriante nous aborderons plus sûrement cette terre heureuse, et pourrons, sans autant de crainte d'erreur, en saluer la reine immortelle.

L'art une fois connu dans sa notion la plus large et dans ses rapports les plus généraux, nous l'étudierons plus fructueusement dans le cadre qui circonscrit strictement sa matière.

Des trois conséquences à déduire de la Théorie générale.

Mais, alors encore, nous devrons rester fidèle à la grande loi de l'ontologie divine et humaine.

Dans l'étude de l'être nous avons, en effet, distingué sa substance, sa forme et sa vie, triple objet de la science, de l'art et de la religion.

De même donc, dans l'unité de l'art, ainsi que nous l'avons dit plus haut, se rencontreront trois ordres distincts, dont la combinaison seule peut produire le vrai beau; et ces trois ordres s'exprimeront aussi en ces trois mots : substance, forme et vie de l'art.

La substance de fart constituera son ordre plus spécialement scientifique, spéculatif, générateur ou masculin. L'intellect y prédominera 5 car c'est lui qui révèle les lois

THÉORIE GÉNÉRALE. Iff

pures de la forme, condition indispensable et première de toute esthétique. Là sera Fidéalisme substantiel de l'art.

La forme de Van constituera son ordre plus spécialement artistique, contemplatif, révélateur ou féminin. L'imagination en sera l'arbitre suprême 5 car c'est sous ses ordres plus directs qu'est placée la matière^ cette base sensible de la forme pure et de la réalisation séduisante de l'image. Là sera l'idéalisme formel de l'art.

La vie de Fart enfin constituera son ordre plus spécialement religieux, actif, opérateur ou spirituel. Le cœur en sera l'inspirateur suave autant qu'énergique ; car il est le principe de l'union de la forme avec la substance et de la bonne oeuvre que produit cette union. Là sera l'idéalisme vital de l'art.

Et ce triple idéalisme, condensé dans le vrai beau, sera l'indivisible essence de la métaphysique de l'art.

Trois conséquences vont donc suivre sous les trois titres ci-dessus indiqués : déductions difficiles, impossibles même, quand aucun principe n'était admis 5 faciles et fécondes, quand une Théorie nous domine et qu'il suffit de conclure.

Il est bon de prévenir le lecteur que ces simples et brefs corollaires ne se pourraient lire, ni comprendre, s'ils étaient isolés du principe dont ils découlent; mais, après la lecture des pages que j'ai consacrées à mettre ce principe en lumière, ils conduiront la pensée par un enchaînement, sinon attrayant du moins très-rationnel, ce nous semble, à la solution des plus épineux problèmes de la science esthétique.

FIN de la théorie GÉNÉRALE.

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