‹ Métaphysique de l'artChapitre 3 sur 39 · PRÉAMBULE. III · texte numérisé non relu

PRÉAMBULE. III

favoriser ridolâtrie renaissante : nouveaux Aarons^ ce sont eux qui, oublieux des devoirs du sacerdoce du beau, fondent le veau d'or autour duquel le peuple prévaricateur viendra follement danser.

A part quelques élus, qui conservent pieusement en leur âme le culte de Tidéal, et portent haut leur bannière devant le mauvais goût et les mauvaises mœurs, la masse des artistes se rue aux faciles succès, aux succès de scandale qui rapportent l'or, qui lui-même paie le bien-être et le plaisir. C'est dans ce cercle vicieux qu'ils tournent sans remords comme sans gloire. De là les faibles études, les impatiences présomptueuses, les lâches flatteries, les provocations effrontées adressées aux passions régnantes; de là aussi l'abaissement de la classe des artistes dans le rapport précis de sa déchéance au regard de l'idéal. Cette royale république des travailleurs de l'idée incarnée peut-elle donc être autre chose qu'un vil atelier d'esclaves, quand fart de ses vieux maîtres s'est changé en métier; leur libre inspiration, en spéculation complaisante; et leur haute initiative, en folle indépendance ou en flatterie honteuse ?

En ces époques chétives, les œuvres ne jaiUissent plus spontanément de l'âme; elles attendent et subissent le despotisme capricieux de la commande. Que dis-je.'^ On voit même des artistes plastiques mécréants bâtir et décorer indifféremment des églises ou des synagogues, et des artistes littéraires sans foi comme sans morale tailler docilement leurs plumes aux ordres de la plus saine orthodoxie et de la morale la plus pure. O profanation de fart ! pour un vil proiit, l'idée est encensée par celui qui la nie ou la méprise ; et la vérité, l'auguste vérité, au service de laquelle chacun se doit dans la seule

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