‹ Métaphysique de l'artChapitre 29 sur 39 · PRATIQUE DE LART · texte numérisé non relu

PRATIQUE DE LART

E crois avoir fait connaître ce qu'était l'art dans son essence ; j'ai combattu les fausses notions que s'en font trop ordinairement le commun des hommes et les artistes eux-mêmes; j'ai dit ce qu'il était et ce qu'il devait ne pas être.

Il ne nous sera donc pas difficile de déduire de cet ensemble d'études, les conditions et les règles qui dominent la profession et le ministère de l'art. Rigoureuses déductions de tout ce qui précède, ces règles et ces conditions ont été parfois déjà indiquées par nous ou pressenties par tout lecteur attentif 5 mais, comme en toute chose la pratique ne saurait être trop précisée et éclairée, comme en outre je veux éviter toute fausse interprétation, je vais tirer en peu de mots cette dernière conclusion de mon livre, en m'efforçant par ma brièveté de racheter d'inévitables répétitions.

L'art est un acte tellement inhérent à la nature de

rhomme, rincarnation de son être spirituel dans une forme sensible réclame si impérieusement l'intervention de la matière dans les manifestations de son activité, qu'on pourrait dire à la rigueur que tout homme est artiste par cela seul qu'il est homme. De même que l'aspiration au vrai lui fait rechercher et pratiquer naturellement la science; et l'aspiration au bien, la Religion; de même l'aspiration au beau doit lui faire rechercher et pratiquer l'art. C'est pourquoi il est si peu d'hommes, parmi ceux du moins qui sont affranchis des labeurs matériels, qui n'aient une fois dans leur vie tenté de le pratiquer; et il est à remarquer que cet irrésistible besoin se manifeste toujours en eux aux jours de la jeunesse, cette fraîche saison du beau pour ces corps périssables qu'anime une âme immortelle.

En ce sens donc la science, l'art et la Religion forment le milieu complexe et nécessaire des tendances et des activités combinées de tout homme, quel qu'il soit.

Mais ce qui est absolument vrai dans l'ordre de l'essence ne l'est plus au même degré dans l'ordre du fait ou de la vie réelle. Nous avons vu comment la Providence, distinguant les hommes pour les mieux rapprocher, leur a départi des vocations diverses; et comment ces vocations, qui ne sont autre chose que des aptitudes naturelles de facultés et d'organes, doivent être aidées et complétées par le travail.

T>e la vocation et du travail.

La pratique de l'art se compose donc de deux éléments distincts, exprimés par ces deux mots, qui, nous le savons, précèdent et accompagnent toute activité pro-

4IO MÉTAPHYSIQ^UE DE l'aRT :

ductrice : vocation et travail : l'un signifiant inspiration et composition ; l'autre^ imitation et étude : le premier, ce qui vient gratuitement de Dieu à l'homme; le second, ce que Thomme reporte à Dieu en reconnaissance de ce don.

Et ces deux éléments des grandes vies, pour être féconds, seront unis en l'homme par le troisième élément de toute chose humaine, le principe de l'activité essentielle , l'amour ! l'amour de la vocation et du travail.

T)e la noblesse de la vocation de fart.

Or, si le beau est l'aliment choisi de l'âme, si le désir et la possession du beau sont le ressort et le terme, cachés de toute action et de tout amour, que sera l'artiste véritable, ce réalisateur du beau dans sa forme à la fois abstraite et sensible et dans son expression universelle.^ Ce qu'il sera.'^ l'initiateur du monde de la beauté, un élu de Dieu par le goût et la puissance productrice; que dis-je? un élu entre les élus, choisi comme le furent, entre les douze apôtres, Pierre, Jacques et Jean, lorsque le Christ voulut manifester en sa personne la beauté divine et humaine sur le Thabor. Cette faveur de la vision sainte, en effet, ne fut pas même accordée à tous les privilégiés de l'apostolat, pourtant en si petit nombre. Il semble que le Dieu beau ait voulu par là nous faire comprendre l'excellence de la vocation de l'art. La contemplation du beau n'en est-elle pas la première condition extérieure ?

Ce serait donc une erreur coupable que de méconnaître la dignité de cette vocation ; ce serait un crime

que de Tavilir en soi par une indigne pratique de Tart.

Assurément, en tant que reproduction plastique, Tart est un métier; mais ceux-là seuls pourraient le dédaigner, dont les yeux ignorants ou appesantis n'aperçoivent que la matière ; ceux-là seuls pourraient en rougir qui n'ont que des idées reçues sur la grandeur humaine. Et cependant l'art littéraire même n'échappe pas à cette méprise : de nos jours encore, n'avons-nous pas vu lord Byron n'oser à ses débuts signer ses œuvres, crainte de dérogeance .'^ Petitesse de grand esprit!

Mais, en tant que manifestation de l'idéal par cette reproduction plastique, l'art est un ministère humain, égal au ministère scientifique, et même, métaphysiquement parlant, au ministère religieux, puisque tous trois ont le même Dieu pour objet. Ceux-là seuls donc le peuvent apprécier dignement qui voient l'idée et l'être au travers des plus grossiers symboles; et ceux-là seuls, grands ou nobles, n'ont pas craint de déroger en le cultivant : Michel-Ange, tout descendant qu'il fût des comtes de Canosse, savait bien qu'en prenant le marteau de tailleur de pierres, il ne faisait que changer d'aristocratie.

Il est vrai que l'art est fatalement condamné à employer ou à exploiter la matière dans ses manifestations, et que par ce contact il subit une sorte d'infériorité apparente, qui rend plus difficile son classement dans l'ensemble des activités humaines.

C'est pour cela que l'art et l'artiste n'ont qu'une grandeur naturelle et non de convention ou de constitution humaines; et qu'ils ne peuvent être dignement classés que par les esprits capables d'apprécier l'idéal dans sa formule. C'est aussi pour cela que, plus qu'en toute

autre, il faut en cette carrière un talent éminent pour conquérir la considération et secouer la misère des obscures destinées. Dans les carrières logiquement ou offi ciellement coordonnées^ on participe de la dignité collective qui leur est attribuée par l'opinion ou le pouvoir : la carrière porte l'homme. Dans la carrière de Tart, au contraire, carrière vague, indéfinie, libre et non inscrite parmi les conditions sociales ordinaires, on n'a, on ne peut avoir de dignité et d'honneur qu'autant qu'on honore l'idéal en soi et en ses oeuvres : ici c'est l'homme qui porte la carrière et l'élève du travail matériel, et même en un certain sens servile, à la hauteur d'un ministère, d'une fonction, d'une sorte de culte, le culte du beau.

Donc plus l'idéal sera élevé, plus l'artiste sera élevé lui-même ou tombera de haut. Au premier abord, en effet, les genres semblent classer les artistes : ainsi l'artiste des genres religieux, humain ou national sera placé dans l'opinion au-dessus de l'artiste des genres privé et naturel; l'artiste littéraire au-dessus de l'artiste plastique, etc.. Mais le talent, c'est-à-dire le sens de l'idéal, les classe bien mieux encore et d'une manière définitive ; l'artiste du genre le plus restreint, s'il révèle bien son idéal relatif, sera placé au-dessus même de l'artiste des genres supérieurs, qui, croyant façonner une divinité ou un héros, ne fait que remuer pompeusement de la matière .

Un grand poète l'a dit : le poète ne saurait être médiocre. Cette loi s'applique à tous ceux qui manifestent le beau par les arts proprement dits et par la musique comme par la littérature, à tous les faiseurs en un mot 5 car celle est la signification du mot poète. Ils ne sont tels

qu'à la condition d'une belle manifestation; et c'est pour cela qu'avec raison on signale un élément poétique, une poésie dans toute espèce d'arts, dans toute œuvre, et par-dessus tout dans l'œuvre du faiseur suprême, du Créateur.

Celui donc qui voudra entrer dans la voie épineuse de l'art devra d'abord s'éprouver soi-même et se demander s'il a bien entendu résonner dans son imagmation émue l'écho de l'appel divin 5 s'il a bien reçu le don du goût : le goût, cette grâce mystérieuse de l'Esthétique qui nous fait comprendre la forme dans toutes ses variétés harmoniques, dans toutes ses puissances d'expression 5 le goût, ce sens si subtil, qui perce tous les nuages, toutes les obscurités dont s'entoure ici-bas le soleil de beauté, et qui, en attirant ses rayons sur l'œuvre, la fait briller alors aux yeux des hommes comme un reflet vivant de cet astre invisible pour eux.

Mais ce serait s'abuser étrangement que de croire cette aptitude de l'oreille et de l'œil de l'esprit, de l'œil et de l'oreille de la chair, suffisante pour constituer la vocation de l'art.

Nous l'avons déjà dit dans la Théorie générale, celui qui serait ainsi constitué, mais à l'exclusion de toute autre faculté, ne serait encore qu'un simple contemplatif ; il aurait les organes nécessaires pour recevoir le son ou l'image, et le goût pour les apprécier et en jouir; il lui manquerait encore la pensée pour concevoir leur rapport avec le monde idéal, le cœur pour ressentir leur attrait, et enfin la voix pour exprimer ou la main pour reproduire toutes ces visions dans le monde sensible. Ce serait une nature passive, incomplète, isolée et non honorée d'une vraie vocation.

4T4 MÉTAPHYS1Q UE DE l'aRT :

Celui-là seul donc pourra se flatter d'en être gratifié, qui réunira au don du goût le don du bon-sens et celui de l'attrait. Il ne suffit pas, en effet, de discerner et d'apprécier le beau ; il faut encore avoir, en une mesure sinon égale du moins satisfaisante, le sens du vrai et celui du bon, c'est-à-dire un intellect et un cœur capables, l'un d'éclairer, l'autre d'activer cette rêveuse imagination trop souvent déréglée ou paresseuse ; il faut enfin que les sens, ces médiateurs corrélatifs de chaque art, soient doués d'une aptitude naturelle, indispensable à un certain degré.

Voilà la vocation de l'art complète. En d'autres termes, celui qui y prétendra devra constater en soi la concurrence des trois aptitudes générales, mais avec prédominance de l'aptitude contemplative. Or, des deux autres, l'une faisant le fond de notre nature intelligente, l'autre dépendant de la grâce qui n'est jamais refusée et de notre correspondance à Fattrait divin qui est l'œuvre de notre volonté, il est visible que, lorsque l'aspirant à l'art aura reçu son aptitude spéciale à un certain degré, son succès dans la carrière ne dépendra plus que de sa foi en Dieu et de ses généreux efforts.

S'il est ainsi sorti des mains de son Auteur ec s'il a harmonisé sa volonté et sa tendance, qu'ai-je à lui dire.^ . . Il est doué, dans toute la plénitude de ce mot mystique. Qu'il remercie Dieu, qu'il bénisse ses ancêtres; car c'est à Lui d'abord, à eux secondairement, aux travaux, aux efforts, au bon usage enfin qu'ils ont fait des dons divins, qu'il doit d'avoir reçu et compris cet inestimable bienfait de l'être perfectionné. Il a la révélation intuitive du beau avec mission de le manifester aux autres hommes pour leur bien. Que lui apprendrait donc mon pauvre livre .'^. . .

TROISIÈME CONSÉQUENCE. 4lf

Ne fera-t-il pas mieux de le fermer et de se mettre à l'œuvre^ en invoquant l'Esprit seul qui vivifie et fait fructifier tout travail?

Non : ce livre, quelle que soit son insuffisance, peut encore lui être utile. Car, s'il fait connaître à celui qui s'abuse sur sa vocation les exigences d'un tel ministère et les mécomptes certains d'une carrière pour laquelle on n'est pas fait, à celui qui va gravir le Thabor sur l'invitation même du Dieu qui s'y montre sans voile, il rappellera aussi qu'on ne peut sans un effort constant accomplir cette ascension mystique, et sans un constant travail reproduire à son retour aux yeux des hommes l'éclat et la vie des visions idéales.

Quittons donc la sphère de la grâce et de la prédestination divines, pour entrer dans celle de la Uberté et de l'activité humaines. Or, telle est la puissance de l'homme sur lui-même, qu'il peut annuller par l'oisiveté le don divin, de même que par son travail obstiné il peut nonseulement le cultiver, Tutiliser, mais encore le développer et l'élever dans des proportions que mesurent seules la justice et la bonté de Dieu.

Nous l'avons dit dans la Théorie générale, le vrai travail humain, c'est-à-dire le travail à la fois idéal et matériel, n'est autre que l'action complexe des trois facultés de l'homme, servies par leurs organes corrélatifs.

L'intellect ouvre au travailleur de l'Idéal les invisibles trésors de la substance ; l'imagination lui dévoile les chastes mystères de la forme; le cœur pénètre ses créations du feu sacré de la vie ! Voilà le triple travail idéal, dont l'imagination, du reste, devra toujours avoir la direction suprême. Viennent ensuite les trois sens corrélatifs, qui, de même, sous l'ordre plus spécial de cette

4l6 MÉTAPHYSIQUE DE l'aRT :

faculté, réalisent et incarnent dans le monde de la matière l'essence déjà conçue, formulée et animée dans le monde de l'idéal. A ces agents soumis revient le travail matériel ou sensible. Plus ce travail sera sérieux et résolu, plus les sens deviendront aptes à traduire l'idéal; et un moment viendra oii ils le produiront sans peine aucune, sans aucun tâtonnement dans la matière pleinement conquise.

Mais pour qu'un tel résultat la couronne, il faut que cette activité de l'homme ait été tout autant contenue que stimulée par une règle, comme tout doit l'être icibas. Cette règle des trois facultés et des trois sens corrélatifs, par imitation du décalogue religieux, nous oserons la nommer le

TRILOGUE DE LART.

Oui, l'art devra être régi par une double loi ternaire: et l'artiste devra toujours l'avoir en pensée, s'il ne veut pas dévier de la route que sa vocation lui a ouverte, s'il veut que son œuvre brille toujours du triple et indivisible caractère de la vérité, de la beauté et de la bonté.

Cette loi, du reste, est la loi générale imposée à toute activité humaine, et l'application seule en varie suivant la nature d'activité imposée à chaque homme par la vocation. Etudions-la donc dans la triple dualité de ses prescriptions en ce qui concerne l'art.

Je suppose presque inutile de dire que l'ordre dans lequel je vais les formuler n'établit entre elles aucune préséance. Qu'on se reporte, dans le cas contraire, aux idées déjà émises à ce sujet dans la Théorie générale : cet ordre est l'ordre de raison, l'ordre divin.

Tremière règle.

L'artiste devra d'abord cultiver son Intellect et exercer le sens qui lui est corrélatif, la Parole-Ouïe.

Ne faut-il pas connaître le vrai, avant de penser à le formuler? Ne faut-il pas concevoir en son esprit le beau idéal, avant de l'enfanter à la vie extérieure?

Cette première règle est évidemment plus obligatoire pour les arts de l'intellect que pour ceux de l'imagination ; car leur forme est la plus fictive de toutes, et vit surtout par le vrai, éminemment idéal.

Or, comment l'artiste satisfera-t-il à ce premier devoir de sa vocation, si ce n'est par la science qui est l'art du vrai, comme l'art est la science du beau ? Mais serait-ce à dire qu'il devra être savant dans le sens absolu du mot? Non sans doute 5 car ce serait lui imposer une sorte de spécialité, qui remplacerait ou gênerait en lui celle de l'art. Nous avons vu, en effet, que l'universalité de puissance, si désirable au point de vue théorique, était presque impossible dans la réalité, et que le plan providentiel de sociabilité avait dû, dans tous les cas, en faire une très-rare exception. Ajoutons que le goût, de sa nature libre et spontané, s'accommoderait mal des froids calculs et des méthodiques lenteurs de la science proprement dite. Pour prouver cette sorte d'incompatibilité, la poésie vaut mieux aussi que le raisonnement ; et c'est ainsi qu'au lendemain de ce xviii^ siècle si passionné de science physique, elle s'en exprimait par la bouche de son plus noble représentant dans notre âge :

El. quoi ! le lourd compas d'Euclide Etouffe nos arts enchanteurs !

Elans de l'âme et du génie,

Des calculs la froide manie Chez nos pères vous reoiplaca :

Us posèrent sur la nature Le doigt glacé qui la mesure.

Et la nature se glaça (i).

Larciste devra donc n'être savant qu implicitement^ qu'accessoirement^ et dans la limite de la liberté d'action^ de la juste prépondérance de ses aptitudes esthétiques 3 il devra l'être^ en un mot^ moins par un travail spécial et direct que par celui de son bon-sens^ que nous avons nommé avec raison le sens divinatoire de la vérité idéale. Par ce travail sommaire^ l'artiste s'appropriant, s'assimilant les notions des savants spéciaux^ se mettra ainsi en communication avec les essences pures, objet intime ou substantiel de l'art.

C'est en ce sens que le grand sculpteur de Florence, aussi élégant poète que puissant artiste, glorifie la suprématie de l'intelligence dans l'œuvre d'art. Voici moins la traduction que l'explication rimée de cette noble pensée :

L'artiste ne conçoit création si belle Que le marbre en ses flancs épais ne la recèle ; Et le chaste amant seul de la fière beauté Pourra la dégager de ses voiles de pierre, Dont la main, patiente et royale ouvrière, Obéit à l'esprit, son maître incontesté (2).

La science se présentera à son étude instinctive sous

(1) Lamartine, V" Méd. Ode, p. 97.

{2) Non ha l'ottimo artista alcun concetto, Ch' un marmo solo in se non circoscriva Col suo soverchio, e solo a quello arriva La mano ch' obbedisce ali' intelletto.

[Poésies de Michel-Ange^ déjà citées.)

le nom des trois sciences radicales : la diéologie, l'anthropologie et la. cosmologie, ou sciences de Dieu, de l'homme et de la Nature, ces trois nécessaires objets de l'art : en d'autres termes, sciences des êtres et de leur milieu de manifestation. Mais, dans le rapport du double monde visible et invisible, elles se divisent plus généralement encore en sciences métaphysiques et sciences physiques.

L'artiste devra donc se préoccuper de ces sciences, ou du moins il pratiquera la littérature qui en recueille les travaux, pour en apprendre ce que conclut chacune d'elles : il se formera ainsi, sans trop de peine, une sorte de Credo scientifique, qui deviendra l'inspirateur de ses œuvres autant que le régulateur de son travail.

Les sciences métaphysiques lui fourniront les notions idéales des êtres qu'il doit exprimer; car, nous l'avons démontré, l'art n'est qu'un symbole, expressif d'un idéal ; et l'idéal, c'est la perfection des êtres et de leurs rapports. Sous le nom de mathématiques, ces sciences lui révéleront encore les lois pures qui régissent la matière, cette base de la forme ; le temps et l'espace, ces réductions de l'éternité et de l'immensité : lois du nombre, de l'accord, du dessin, des forces, des rapports et enfin de toutes les modifications de la substance. La connaissance et l'accomplissement de ces lois constituent le fond vrai de tout acte et de tout produit même purement plastique.

Les sciences physiques ou naturelles lui montreront l'application de ces lois, et en feront briller à ses yeux l'éclat constant dans le phénomène général des êtres et des choses. Par elles il pourra dénombrer, pour les reproduire à son choix, les richesses des trois règnes, des

trois mondes de la Nature : formes, mœurs et relations de l'homme physique, de l'animal, de la simple plante : variétés presqu'infinies des modifications de la matière élémentaire, que déterminent les lois géologiques, chimiques et mécaniques de ce vaste univers.

A l'aide de ces études, même superficiellement accomplies par la lecture ou par la simple observation, l'artiste littéraire et l'artiste musicien rassembleront les inépuisables sujets et les expressions essentielles de leur poétique, cette forme idéale des arts de l'intellect ; l'artiste plastique, les éléments épars des formes réalisées, cette poétique sensible des arts de l'imagination ; et tous trois les reproduiront d'autant plus harmonieusement qu'ils connaîtront mieux les lois relatives de cet ensemble. L'artiste plastique y puisera, de plus, les secrets moyens de donner à son œuvre toute la splendeur et toute la durée matérielle désirables; car la connaissance des lois physiques et chimiques de la nature l'aidera à mieux choisir et disposer la matière, qu'il destinera à manifester et à fixer sa pensée.

Ainsi, par la culture de l'intellect, l'élément vrai sera plus particulièrement développé dans l'artiste et dans ses œuvres.

Mais ce ne serait pas tout : il faut qu'il forme aussi en lui le sens de la parole-ouïe, cet mstrument plus spécialement réalisateur et vulgarisateur des arts de l'intellect. La parole produite et reçue est, en effet, la véritable et complète expression de l'art littéraire, dont l'écriture n'est que le reflet à demi-éteint et comme la forme endormie. Et que serait la musique elle-même et ses volumineux écrits sans l'harmonieuse évocation de tous ces sons moulés en chiffres, par l'action magique

du double sens, qui donne l'impression musicale en même temps qu'il la reçoit ?

L'artiste de l'intellect devra donc exercer en lui ce moyen d'expression, sans lequel il n'y a ni orateur, ni musicien, ni acteur, je dirais presque ni écrivain, ni poète ; car il faut de l'oreille pour bien écrire, tout autant que de la voix pour bien parler ou chanter. Par une sorte d'étude, c'est-à-dire par des actes physiques répétés ou même par la seule audition mais réfléchie, il formera, il perfectionnera ce sens; et, par l'habitude de l'assujétissement aux lois qui en régissent les actes, il le rendra plus apte à obéir à la volonté des trois puissances.

Telle est la première règle du travail esthétique, qui s'appUque à tous les genres d'art sans exception, quoiqu'elle soit plus spéciale encore aux arts de l'intellect. Si cette règle était rigoureusement suivie, la pensée, une pensée inspiratrice, animerait toujours l'œuvre; et l'on ne verrait plus ces ridicules baptêmes, au moyen desquels les artistes vulgaires transforment après coup de simples et bonnes études en compositions misérables, c'est-à-dire dépourvues de valeur substantielle et de véritable expression.

Mais, ne l'oublions pas, l'application de cette règle prête à un excès que l'artiste devra soigneusement éviter. Il consisterait à s'absorber dans une préoccupation de métaphysique et de science esthétique tellement quintessenciée, si je puis ainsi dire, qu'elle entraverait l'élan contemplatif, détruirait l'illusion et déflorerait cette grâce ingénue de l'art qui seule peut provoquer l'admiration. La science, pour me servir d'une comparaison très-opportune en pareille matière, est la grosse charpente de l'art, le dessous, le suh-stans : c'est chose nécessaire, mais qui

doit rester intime et cachée sous l'élégante forme dont elle est l'âme et le soutien.

Seconde règle.

En second lieu, l'artiste doit cultiver son Imagination et exercer son sens corrélatif, la Vision,

Nous sommes ici au cœur de nos règles esthétiques : il ne s'agit plus, en effet, d'efforts sommaires, de résumés, de conclusion de science, acceptés le plus souvent sous la foi d'autrui ; il s'agit du labeur principal imposé par la vocation de l'art. Ce serait donc un pléonasme, sinon de mots du moins de choses, d'insister sur ce second devoir. Tout cet ouvrage n'est-il pas consacré à le mettre en lumière ! Et d'ailleurs, tracer des règles sur les questions de goût à celui en qui doit naturellement prédominer le goût, ne serait-ce pas une présomption inutile autant que pédantesque ? Soyons donc bref.

L'exercice et le travail de l'imagination pour tous les genres d'arts, qu'ils soient intellectuels ou purement Imaginatifs, consisteront évidemment dans les méditations,où s'élabore la conception des œuvres, et dans l'observation et l'étude de tous les objets de la contemplation, soit réels, soit déjà reproduits par les maîtres. L'artiste s'assimilera ainsi le monde de la forme pure et celui de la forme matérielle. Cette étude, même archéologique, des produits de l'art et cette observation attentive des réahtés distinguées, constituent ce qu'on peut appeler la science de l'art et, comme dit l'Ecole, la partie acquisitive de la puissance esthétique de l'homme.

Evidemment encore la culture de cette faculté ne s'opérera pas sans celle de son sens corrélatif La vision

idéale et interne présuppose, nécessite et entraîne la vision externe et matérielle. Il est clair aussi que les prédispositions natives des sens eux-mêmes joueront un grand rôle et influeront de toute leur intensité dans le travail des artistes imaginatifs ou intellectuels. Les uns, en effet, voient mieux l'effet physique ; les autres, l'expression morale : aux yeux des uns brille mieux la ligne ou l'idéal substantiel; aux yeux des autres, la couleur ou l'idéal plus matériellement formulé. Chacun suivra donc sa tendance ; car toutes les tendances, comme on le dit des passions, sont bonnes, à la seule condition d'être bien dirigées. J'ai signalé déjà l'école de la couleur et de l'effet comme matérialisant trop l'art; celle de la ligne et de l'expression, comme FidéaUsant sans mesure. Il sera bon que l'artiste se garde de ce double esprit d'exclusion ; et le meilleur moyen de s'en préserver sera évidemment de stimuler en soi la tendance qu'on aura reconnue la plus faible.

Telle est la seconde règle ; et, comme la première, elle prête aussi à un excès.

Cet excès est l'abus de la contemplation de la forme matérielle, abus qui annulerait tôt ou tard la contemplation purement idéale et rabaisserait l'acte imaginatif au niveau de ses plus honteuses idoles. « Bienheureux, a « dit le Seigneur Jésus, ceux qui ont le cœur pur, parce « qu'ils verront Dieu (i) ». Le don de la vraie contemplation, c'est-à-dire de la vision idéale, n'est accordé par Dieu qu'aux cœurs généreux qui se maintiennent audessus des impuretés de la matière. « Et voyant Dieu, « dit saint Thomas, ils verront tout en Lui (2) » C'est

(i) s. Matth., V, 8.

(3) i>' adv. gentei. L. \\l , c. 59.

dire assez que Tartiste doit toujours respecter ces saintes lois de la décence, dont nous croyons avoir raisonnablement formulé les sévérités en déterminant les conditions du vrai beau dans l'art (i). Nous avons établi alors, et il nous faut bien le rappeler ici, qu'il y avait deux sortes d'indécence, l'une idéale ou d'intention, l'autre matérielle ou de simple forme. Nous avons appelé la première un vice ; une obligation étroite est donc imposée à tous les hommes de l'éviter, de s'en abstenir : nous avons appelé la seconde une imprudence, un danger; Fartiste devra donc s'en défier pour lui-même dans ses études intimes préalables, et surtout pour les autres dans les œuvres qu'il destine au public.

Cela soit dit par conséquent sans nier pour l'artiste les exigences matérielles de la plastique, auxquelles il est juste de faire la part, comme on la fait pour le savarit et même pour le prêtre, aux études pourtant scabreuses qui leur sont à tous deux indispensables dans l'intérêt du vrai et du bien. Le beau n'a-t-il pas droit aussi à cette immunité.»^ il nous semble ; et, de même ici, la grâce divine atténuera le péril. Mais, pour en obtenir la faveur, que l'artiste se souvienne toujours des paroles du Christ contre ceux qui opèrent le scandale, et celles de l'Esprit-Saint contre ceux « qui aiment le danger». Ces études toutes intimes sont des moyens ; qu'il craigne donc de les faire avec trop de complaisance, qu'il s'abstienne ensuite de les produire au dehors, qu'il se garde surtout d'en faire l'objet final de reproductions cyniques ou trop charnellement matérielles. Mais j'empiète sur la troisième règle, que j'ai hâte de tracer, car elle est le complément nécessaire des deux autres.

(i) Voyez p. 191 et s.

Quant à la seconde, retenons-en que la puissance contemplative innée ou, comme on le dit, l'inspiration purement imaginative ne suffit pas à lartiste; et quH doit y joindre les efforts continus de l'observation et de rétude, s'il veut pouvoir imaginer une forme digne de l'idéal dont il l'animera.

Troisième rès^le.

Jusqu'ici les deux premières prescriptions n'ont fait que préparer l'œuvre d'art dans sa substance et la faire concevoir dans sa forme. Simples préliminaires 5 car l'imagination et l'intellect isolés ne sauraient avoir de vie, d'action et de fécondité véritables.

Aussi rien n'est-il jusque-là créé réellement, même pour les arts de l'intellect, qui sembleraient au premier abord pouvoir s'accomplir dans ces deux seules sphères. Le produit extérieur et persistant n'existe pas encore. Et pourtant la création est le but essentiel de la vie de l'homme. Comme le Dieu son modèle, il a son monde matériel à faire, son monde expressif! « Mais, souvent, » dit Dante, « la forme ne s'accorde pas avec l'intention « de l'art, parce que, » fait-il remarquer en son poétique mais intraduisible langage, « la matière est sourde à « répondre ( l ) ».

Eh bien ! A la main seule il appartient de réaliser ces efforts créateurs, de vaincre cette surdité obstinée de la matière, et de faire passer, d'immobiliser toutes les inten-

(i) ... che come forma non s'accorda Moite fiate alla intenzion clell' arte, Perché a risponder la materia è sorda.

{Parad., C. 1% v. 127.)

dons de Fart dans ce triple monde des sens que nous avons nommé le sonore, le visible et le palpable. Mais qui fait mouvoir la main ? N'est-ce pas le cœur, ce siège des forces morales, ce centre de l'action passionnelle, ce souverain moteur spirituel? La beauté, entrevue dans la région des formes pures, séduit l'homme; et le cœur, en qui cette vision allume le feu du pur amour, pousse la main à l'appréhender, à la fixer, en un mot, à ï exprimer.

L'artiste devra donc aussi régulariser son Cœur. Or, tout étant culte pour cet agent intime, il le régularisera par la Religion^ dont le cœur est, nous l'avons vu, la faculté spéciale. Et alors le Toucher, son sens correspondant, pourra réaliser l'action et, si Ton peut ainsi dire, la création, c'est-à-dire la bonne-œuvre, à la fois idéale et matérielle.

Ainsi l'artiste, s'il veut pouvoir agir, créer et exprimer dans toute la plénitude de sa puissance esthétique, devra être religieux. Nous sommes trop près encore des pages que nous avons consacrées à signaler ce caractère dans l'art, pour employer de long^ discours à démontrer qu'il doit exister dans l'artiste. Divine expression du rapport c'est-à-dire du lien des êtres entre eux, la Religion est amour ! Or, l'amour pur, que produit la vraie beauté contemplée, est le seul principe d'émotion, d'action et d'expression légitimes pour l'homme. Ainsi la Religion est le réservoir des forces de toute nature. Nous avons vu, et tout cet Ouvrage a mis en relief cette vérité, quelle était celle qui seule correspondait parfaitement et donnait pleine satisfaction à toutes nos puissances intellectuelles, sensitives et esthétiques, celle enfin qui seule présentait les caractères divins et humains tout ensemble.

Le véritable artiste devra donc en vivifier son cœur. En vain croirait-il pouvoir s'abstenir. Peut-on monter sans le Christ au sommet privilégié de la contemplation; et le Dieu beau s'y montrerait-il même de loin à celui qui n'aurait pas voulu humblement le suivre ?

Cette religion lui donnera la vraie règle de l'action et de l'expression.

L'action.'^ Qui pourrait en douter? La bonne-œuvre n'est-elle pas le fond de la Religion? N'est-il pas dit de son Fondateur qu'il passa en faisant le bien ? hene-faciendo • mot sublime, qui associe en une seule expression l'action et le bien, c'est-à-dire le moyen et le but suprême de l'être ! Seule la Religion condamne rationnellement la paresse, parce que seule elle impose souverainement des devoirs; et, sans ces devoirs, qui ne trouverait de bonnes raisons pour endormir son égoïsme sur l'oreiller du bienêtre présent? Aux yeux de la Religion, au contraire, le repos n'est que la récompense future du travail sincère, utile, généreux. Sous ses ordres donc, l'artiste commencera résolument son sillon 5 et toutes ses facultés et tous ses sens, perfectionnés par l'effort continu, acquerront cette facilité puissante et cette activité pratique, indispensables pour produire convenablement au dehors la conception, la forme et le sentiment du beau. Il travaillera d'abord élémentairement et en vue de ses œuvres futures; il fera ses études imitatives avec application, conscience et surtout sagesse; de la sorte il évitera ces déplorables séductions du beau matériel, qui, en oblitérant son sens idéal, lui rendraient plus tard impossible le travail définitif de la composition expressive, dont ces études ne sont que les simples matériaux.

L'expression ? C'est surtout ici, c'est pour cette der-

nière phase de Tœuvre que la Religion devient le plus précieux auxiliaire de l'art. En traçant la première règle, j'avais à craindre des objections de la part de l'intellect; car quelle science est certaine et suffisamment accessible? En traçant la seconde, je sentais la difficulté, l'impossibilité même de préciser absolument les limites de la curiosité contemplative dans le monde sensible ; car qui pourrait les poser avec une autorité suffisamment respectable ? Or, avec la Religion vraie, croyance de l'esprit, culte du corps, vie de l'âme, l'artiste possédera le complément de toutes les règles idéales et matérielles, le sommaire de toute science, le thème de tout art. Son dogmatisme lui révélant infailliblement les plus mystérieuses substances, et son symbolisme les formes les plus admirables, son spiritualisme lui révélera, infailliblement aussi, la vie de ces substances dans ces formes, vie résumée et consommée dans l'acte d'amour par excellence, le sacrifice ! Il connaîtra donc par là même et les êtres, et leurs manifestations, et leurs rapports ; il aura dans le Dieu-homme la vérité belle, la beauté vraie, l'amour beau et vrai tout ensemble, et par conséquent toutes les puissances de l'expression, ce terme vivant de toute espèce d'art.

Ainsi, sous l'inspiration de l'esprit religieux, l'artiste pourra toujours vivifier son œuvre, quelque modeste ou vulgaire même qu'elle soit, par une tendance idéale : et cette œuvre sera nécessairement féconde; car il saura toujours aussi y incarner, si l'on peut ainsi dire, la triple excitation à l'amour de Dieu, de l'homme et de la Nature : triple énergie intime, seule productive de ces œuvres nobles, généreuses, sacrifiantes, utiles à l'homme et agréables à son Auteur !

TROISIÈME CONSÉQJJFNCE. 429

C'est, de même, en accomplissant sincèrement cette loi que l'artiste s'abstiendra d'exciter, par les attraits de la forme charnelle trop complaisamment représentée, les amours blâmables et par conséquent les blâmables actions. Seule, en effet, la vraie Religion donne au formulaire de la décence la précision d'une austérité réelle, mais raisonnable comme la vertu.

La loi religieuse bien comprise enseignera enfin à l'artiste la sérieuse dignité de l'art; elle lui défendra, par conséquent, de prostituer son talent à l'expression et à la glorification d'un idéal auquel il ne croirait pas. Nous l'avons dit au début de cette OEuvre, redisons-le en la terminant : rien n'est plus triste et plus honteux que le vasselage de l'art vis-à-vis de la Commande, cette tyrannie dorée des passions, presque toujours passivement subie par la cupidité besogneuse des intérêrs. L'artiste, cela est sûr, ne doit honorer des hommages de son talent que ce qui lui en paraît digne ; il doit se refuser aux caprices des goûts vicieux, aux enthousiasmes des croyances erronées 5 il le doit, dût la misère, cet obscur martyre du devoir esthétique, être la conséquence de ses refus. Là est la vertu spéciale des artistes; et il n'y a pas de vertu réelle sans souffrance, sans sacrifice. Agir autrement, c'est accepter un rôle de complice soldé ou de manouvrier servile ; or, le premier est aussi ignoble que le second est humble; et tous deux offensent la morale autant que l'art, puisqu'ils n'ont pas plus la volonté pour principe que l'honneur de l'idéal pour objet. Mais il y a plus : c'est se condamner à l'impuissance de l'expression ; car, — sauf quelques artistes à qui une rare énergie d'abstraction permet de changer de milieu idéal à volonté, et ceux-là sont assurément très-

coupables, — il est plus que difficile, avec cette banalité d'âme, d'atteindre aux conceptions vraiment belles, c'està-dire à la fois nobles et séduisantes.

Par la Religion, au contraire, sainement et largement entendue, l'artiste comprendra que, pour être artiste, il n'en est pas moins un être libre et moral; que, mieux encore, cette vocation si haute de l'art lui impose l'obligation d'étendre le règne de Dieu par le beau, comme le savant l'étend par le vrai, et le prêtre par le bien, c'est-à-dire avec toute la sincérité de l'esprit et tout le dévouement de l'âme 5 qu'elle lui interdit par conséquent, comme un vrai sacrilège, d'employer son talent à ériger les temples de l'erreur aussi bien qu'à façonner les idoles du vice, au mépris du Dieu de toute vérité et de toute sainteté.

Autrement en serait-il si, dédaignant cette règle austère du devoir moral et religieux, il se laissait aller aux tendances de son idéal, sous la seule influence de la fantaisie, ce guide aveugle de ceux qui n'en ont pas, ou du besoin, ce conseiller malsain de ceux qui n'en veulent point avoir. La réaction ou la prédominance de la matière serait inévitable ; et nous avons dit quels sont ses tristes fruits.

A propos de la philosophie athée et matérialiste des politiques de son temps, J. de Maistre, cet homme si largement doué du sens divinatoire des choses de l'idéal, disait : « L'homme ne peut représenter le Créateur qu'en c< se mettant en rapport avec lui. Insensés que nous « sommes ! si nous voulons qu'un miroir réfléchisse le « soleil, le tournons-nous vers la terre.'^ (i)» Ces admi-

(i) Consid. sur la T{évol. franc, Lyon, 1834, p. 68.

rables paroles d'une généralité si puissante, ne se doivent pas concentrer dans le seul ordre de vérité qui les a inspirées ; en vertu de cette loi de convergence qui régit le monde de la pensée, il nous sera donc permis de les adopter comme le résumé et la justification des règles de la pratique de l'art.

J'ai dit et les mystères de la vocation, et les lois du triple travail que l'homme doit mettre au service de ses inspirations, s'il veut dignement cultiver l'art !

Toutes les règles de la Tranque de l'art sont donc exposées. Faisons place aux artistes : à eux de les mettre en œuvre.

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