‹ Métaphysique de l'artChapitre 4 sur 39 · PREAMBULE · texte numérisé non relu

PREAMBULE

mesure de la foi qu'elle inspire, est outragée par le mensonge de cette glorification dérisoire autant qu'intéressée !

Et que dire quand pour le même prix, ou pour une popularité vaine, ils s'en font les insulteurs et les bourreaux ?

Ainsi l'art libéral abandonne sa maîtrise; ainsi la matière se révolte contre l'âme. A l'idéalisme, générateur de la forme pure, se substitue ce qu'on appelle le réalisme de la forme vulgaire, et l'adresse prosaïque qui la reproduit machinalement. L'artiste se transforme en un simple manouvrier travaillant à n'importe quoi, pour qui le paie, n'importe qui. Le pinceau, le ciseau, l'équerre, la plume, l'archet ont cessé d^être aux mains de l'homme des talismans créateurs ; ils se confondent avec les obscurs outils qui ne remuent que la matière. Heureuse encore la société s'ils ne deviennent pas contre elle des instruments de scandale et de destruction !

De cette abdication et de cette déchéance morale de l'artiste résulte une altération de jour en jour croissante du goût parmi les autres hommes : les erreurs se formulent en théories détestables, les vices en détestables exigences; et l'artiste se subordonne humblement à tous les sots Mécènes qu'improvise la fortune, ou à la foule souvent plus sotte encore. Triste interversion, qui a déjà quelque chose de la forme d'un châtiment! Celui qui avait pour mission de conduire ses frères, à travers les fleurs de l'idéal et ses enivrants parfums, vers l'Eden de la beauté pure, est, au contraire, honteusement entraîné par eux, à travers les fanges du mauvais goût, vers les impurs oasis de la réalité matérielle.

De loin en loin, il est vrai, quelques géants pourront

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