‹ Métaphysique de l'artChapitre 5 sur 39 · PRÉAMBULE. V · texte numérisé non relu

PRÉAMBULE. V

bien encore, au milieu de l'abaissement universel, relever un front inspiré; car il n'est donné à l'ignorance ou à la passion d'aucune époque de prévaloir contre le génie qui est de tous les temps. Mais leur influence sera restreinte; leurs écoles, peu nombreuses; et leur gloire, souvent contestée, égalera rarement l'insolent triomphe de ceux qui ont livré les mystères à la foule, et leur âme à l'amour de l'or.

C'est alors qu'éclatent les catastrophes sociales, ordinaires expiations de tous ces excès de matérialisme sceptique, dont l'art est souvent le complice et toujours la première victime. Ses chefs-d'œuvre stupidement mutilés, son sanctuaire profané ou désert, l'indifférence universelle pour ses nobles jouissances : tout annonce en ces moments lugubres qu'une justice tardive mais terrible a égalé la peine aux méfaits.

Voilà le mal, voilà les fléaux qui ravagent parfois le monde de l'idéal... A qui la faute? Où le remède.^

La faute .^ Elle est à tout le. monde : aux artistes qui provoquent les vicieux; aux vicieux qui soldent les artistes. Influence réciproque damnable, qui dénature également et l'art et la société!

Le remède.'^ Il serait évidemment dans le réveil du sens scientifique et du sens religieux chez les uns et chez les autres; car, si le premier doit diriger, le second seul peut contenir l'homme dans ses efforts pour accomplir sa destinée, qui est de se glorifier soi-même en glorifiant sa cause. Or, pour atteindre ce double but, il suffirait cependant de la simple réflexion du cœur. Le secret du désordre de tous les temps est, en effet, dans cette profonde parole : « La terre a été désolée de désolation, « parce qu'il n'est personne qui réfléchisse en son

Page 1