‹ Métaphysique de l'artChapitre 6 sur 39 · VI PREAMBULE · texte numérisé non relu

VI PREAMBULE

« cœur (i ). » Des esprit légers pourraient y voir une sorte de confusion des différents modes de notre fonctionnement spirituel; mais^ pour ceux qui vont au fond des choses, la logique et la morale sont plus corrélatifs qu'on ne le pense communément. L'intellect donc et le cœur, se ramenant ainsi réciproquement à la vérité et au devoir, donneraient à l'imagination, cette faculté naïve de l'Esthétique, les seules lumières à l'aide desquelles elle puisse contempler et reproduire sagement l'invisible dans le visible, le beau dans le réel.

On arriverait par là à reconnaître que des causes générales d'altération dans l'art que nous venons d'assigner, dérive une cause secondaire qui devient bientôt la plus puissante de toutes ; car elle est promptement érigée en principe par tous ceux qui ont à légitimer des actes, jusque-là trop manifestement coupables.

Je veux parler de la fausse idée de l'art, formulée par ces sophistes corrupteurs qui ne font jamais défaut aux artistes corrompus. Existe-t-il, en effet, une erreur ou un vice qui n'ait eu sa théorie, c'est-à-dire sa tentative de justification? L'épicurien, à la fois égoïste et sceptique, subordonne naturellement l'art à ses désirs, que dis-je ? à ses appétits ; il en fait l'humble sultane de ses grossières voluptés. L'homme qui réfléchira en son cœur placera, au contraire, l'art au-dessus de sa tête comme le rayonnement de la divine Essence, source lumineuse d'où descendront à son imagination et les bonnes pensées et les pures ardeurs ; de la sultane avilie et méprisée il fera le coryphée mystique et grave, qui doit lenlever, sur les ailes du désir, au divin

(i) Jerein., Xll, 1 1 .

PRÉAMBULE. Vil

banquet des noces de Tâme avec le type du beau.

Mais, pour atteindre ces hauteurs où l'air pur de la vérité pénètre Tesprit et le fortifie, il faut s'alléger de tout poids terrestre; il faut porter en un corps sain un cœur purifié de tout culte indigne, une âme ouverte comme un œil d'enfant aux religieuses joies de la contemplation.

Puis, pour décrire et raisonner ce qu'on a vu dans ces régions éthérées, il faut, embrassant largement tout l'horizon de fidéal, ne s'obstiner point aux recherches microscopiques d'une analyse éternelle. Lors, en effet, que l'analyse a observé les éléments épars d'une science quelconque, il faut qu'une forte synthèse les réunisse, les groupe et leur assigne leur place et leur rang dans l'ensemble des connaissances humaines. En d'autres termes, l'analyse apporte les pierres ; la synthèse fournit le ciment et construit l'édifice partiel de cette science, en le coordonnant avec le monument général que le génie de l'homme élève sans relâche dans sa pensée à la gloire de la vérité. La loi de cette architecture idéale est l'unité; car l'unité est la forme parfaite et nécessaire de l'être. Si donc la vérité est une, les sciences, qui n'en sont que l'expression logique de plus en plus exacte, ne devront-elles pas être unes aussi ^ Si la vérité est la sève de l'arbre de la science, toutes les branches que cette sève tend à aUmenter ne devront-elles pas se rattacher à ce tronc unique.'^ Si elle est la pierre culminante de la pyramide, toutes les lignes du monument ne devrontelles pas monter et converger à ce point suprême?

Or, s'il en est ainsi des sciences par rapport à la vérité, qui, nonobstant la diversité de leurs moyens, les lie toutes ensemble par une communauté d'essence et de

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