VIII PRÉAMBULE
butj pourquoi nen serait-il pas de même de l'art; et qui oserait lui contester sa place dans le faisceau sacré? N'est-il pas un des modes les plus énergiques et les plus influents de l'activité humaine? Aujourd'hui que les moindres choses s'exagèrent en synthèses prétentieuses, méconnaîtrait-on sa puissance sur les pensées et les sentiments? Quand l'art reproduit les types religieux^ quand il burine l'histoire de l'humanité et de la patrie^ quand il poétise les mœurs privées, quand il reflète les divines beautés de la Nature ou la forme isolée de l'homme, son maître et son roi, n'est-il pas, ne peut-il pas être presque toujours le plus séduisant prédicateur de la vérité et de la vertu^ le plus indécent suborneur de l'erreur ou du vice ? Plus durables que ceux de la parole, plus ani mes que ceux de l'écriture (qui toutes deux du reste relèvent de lui), ses enseignements ne sont-ils pas encore plus répandus et plus pénétrants? N'est-il pas, au milieu des multitudes ignorantes et passionnées, l'auxiliaire indispensable de tous les acteurs de l'éternel combat de la chair et de l'esprit?
Faudra-t-il, parce qu'il est obligé de se servir de la matière pour se produire, le retrancher impertinemment du monde de l'intelligible ? Mais la Littérature elle-même ne se sert-elle pas de signes sensibles; et toute chose symbolisée ne touche-t-elle pas par son symbole à la matière? Procéder ainsi^ d'ailleurs, ne serait-ce pas méconnaître la nature même de l'homme, qui se complique nécessairement des deux extrêmes de la matière et de l'esprit, si manifestement associés en son être comme en ses actes?
Et cependant cette sotte injustice a presque toujours condamné l'art à marcher comme au hasard dans je ne