P R F A M B U L E . IX
sais quel monde inférieur^ qu'illuminent seuls les éclairs intermittents du beau^ et que trop souvent les penseurs abandonnent avec dédain en pleine jouissance au vulgaire, esclave des sens. Faut-il s'étonner après cela que les artistes aient si souvent oublié leur devoir et faussé leur mission; qu'ils se soient crus plutôt des copistes que des créateurs; qu'ils aient^ comme des enfants ignorants, joué avec leur merveilleux alphabet^ et, comme des femmes dégradées, abusé de la séduction du beau ; enfin, et pour tout dire en un mot^ qu'ils aient adoré et fait adorer l'idole pour le dieu qu'elle devait représenter?
Le meilleur travail dans l'intérêt de l'art n'est donc pas de l'étudier séparément^ isolément, mais bien, au contraire, à un point de vue d'ensemble et dans son rapport le plus général avec la nature, les actes et les destinées de l'homme. Un semblable examen doit conduire sûrement à la découverte de sa notion pure et de sa vraie loi. Qui ne comprend, en effet, que du moment qu'on arrivera à reconnaître dans l'art un acte humain, idéal et matériel et non simplement matériel, par conséquent librement et non passivement expressif de besoins, dépensées et de sentiments divers, il faudra nécessairement alors qu'on le coordonne avec les autres actes de l'homme, pour les faire tous tendre harmonieusement au but suprême de fêtre? Il dépendra donc rigoureusement et des théories scientifiques, et des lois morales, et des dogmes religieux, comme l'instrument destiné à les réaliser dans la sphère matérielle ou sensible.
Par ce mode d'étude disparaîtront évidemment d incroyables anomalies, des contradictions offensant la logique du bon-sens autant que celle de la conscience;