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ventions, etc., la connaissance cherchée doit être une fin de la volonté, et plus vigoureusement celle-ci y aspire, plus tôt elle est atteinte. De même, dans les affaires d'Etat, dans la guerre, la finance, le commerce, les intrigues de tout genre, etc., la volonté doit avant tout contraindre l'intellect, par l'intensité de ses exigences, à déployer toutes ses forces pour suivre exactement, dans le cas donné, toutes les raisons et conséquences. C'est chose étonnante, en effet, de constater combien l'aiguillon de la volonté peut pousser tel intellect au delà de la mesure habituelle de ses forces. Il est donc besoin, pour toutes les manifestations remarquables en ces matières, non seulement d'un bon cerveau, mais aussi d'une volonté énergique qui incite celui-ci et lui imprime l'activité laborieuse et infatigable sans laquelle ces manifestations sont impossibles.
Il en est tout autrement dans la conception de l'essence objective et primordiale des choses, essence qui constitue leur idée (platonicienne) et doit se trouver à la base de toute production des beaux-arts. La volonté qui, là, était si nécessaire et même indispensable, ne doit jouer ici aucun rôle; c'est qu'ici importe uniquement ce que l'intellect accomplit tout seul, par ses propres moyens, et offre en don volontaire. Ici tout doit se faire de soi-même; la connaissance doit être active sans dessein, et conséquemment sans volonté. Car seulement dans l'état de connaissance pure, où l'homme est dépouillé de sa volonté et des fins de celleci, et avec elle de son individualité, peut naître cette perception objective dans laquelle sont conçues les idées (platoniciennes) des choses. Mais une idée doit toujours présider à la conception, c'est-à-dire à la pre-
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ini?)re (îoniuiissanoo inatiiictivii coiislitnant (îiisinl»: la vrrilable nuilirre et le noyau, en (|nel<|iie scjrle l'âfiie diine (I'Uvim; d art dif^ne de ce nom, d un [)oèfne, voire d'une vraie philosophijî. Le earaelère non préinédilé, non int(Mitionnel, en partie nièuïe inrtonseient et iriHtinetif (|ue l'on a observé de tout tcîinps dans les œuvres du génie, est justement la consé(|uence du fait que la connaissance artistiijue ()rimordiale est absolument séparée et indépendante de la volonté, absolument anVanchie d'elle. VA précisément parce que la volonté est Tboinme véritable, on attribue cette connaissance à un être distimit de lui : à un génie. Une connaissance de ce genre n'a pas non plus, comme je Tai souvent expli(|uc, le principe de la raison pour fil conducteur, et elle est sous ce rapport Tantithèse de 1.» première. En vertu de son objectivité, le génie perçoit par la ré/Iexion tout ce que les autres ne voient pas. C'est ce qui lui permet de décrire si nettement et si vivement la nature comme poète, ou de la représenter comme peintre.
/ Par contre, dans l'exécution de l'œuvre, dont le but est de communiquer et de représenter ce qui est ainsi reconnu, la volonté, par cela même qu'un but existe, peut et doit rentrer en activité. Ici règne donc aussi le principe de la raison, en conformité duquel les moyens artistiques sont subordonnés aux fins artistiquesZVinsi le peintre se préoccupe de la correction du dessin et du traitement des couleurs, le poète de l'arrangement de son plan, puis de l'expression et du mètre.
Mais l'intellect étant né de la volonté, i! se présente objectivement en qualité de cerveau, comme une partie du corps, qui est l'objectivation de cette volonté. L'intellect étant originairement destiné au service de la
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volonté, son aclivilé naturelle à son égard est de l'espèce décrite antérieurement. Il demeure fidèle à cette forme naturelle de ses connaissances exprimée par le principe de la raison, et il est mis et maintenu en activité par la volonté, l'élément primordial dans l'homme. Au contraire, la connaissance de la seconde espèce est pour lui une activité innaturelle et anormale; elle est conditionnée, en conséquence, par une prépondérance absolument anormale, et partant très rare, de Tintellect et de son phénomène objectif, le cerveau, sur le reste de l'organisme et sur les exigences des fins de la volonté. C'est parce que cette prépondérance de l'intellect est anormale, que les phénomènes qui en dérivent ressemblent parfois à de la folie.
Ainsi, la connaissance, en ce cas, est déjà infidèle à son origine, la volonté. L'intellect, né purement pour le service de celle-ci, et qui y demeure attaché chez presque tous les hommes, dont l'existence consiste à se servir de lui et de ses produits, est abusivement mis en œuvre dans tous les arts libéraux et dans toutes les sciences; et dans cette mise en œuvre on place les progrès et l'honneur de l'humanité. Dans une autre voie, il peut même s'insurger contre la volonté; c'est ainsi que, dans les phénomènes de la sainteté, il la supprime.
D'ailleurs, cette conception purement objective du monde et des choses, qui réside, comme connaissance primordiale, au fond de toute idée artistique, poétique ou simplement philosophique, en vertu de motils tant objectifs que subjectifs, n'est que passagère. D'une part, en effet, l'effort qu'elle exige ne peut être durable, et, d'autre part, le cours du monde ne permet pas que nous y restions des spectateurs passifs et indiffé-
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reiiLs, suivant la (l(';liintioii du philosoplic doiiiK-r par l*yllia^()r(^ Ohacuii de nous doit t(;nir sa partie dans le grand sprctardtMh; marionnettes de la vie, el sent presque toujours le lil (|ui l'y rattache et le nn^t en mouvement.
(Juant au enté objectif iVuna semblable vue estiiéti(|ue, c'est-à-dire à Vidée (platonicienne), on [)eut dire cju'elle est ce que nous aurions devant nous, si le temps, cette condition formelle et subjective de notre connaissance, était écarté, comme le verre du kaléidoscope. Nous voyons, par exemple, le développement du bouton, de la fleur et du fruit, et nous étonnons de la force active et inlassable qui ne cesse de les produire successivement. Cet élonnement cesserait, si nous pouvions reconnaître que dans tout ce changement nous avons seulement l'idée unique et inaltérable de la plante, que nous sommes incapables de distinguer comme une unité de bouton, de fleur et de fruit, mais que nous devons reconnaître par le moyen de la forme du temps : celle-ci explique à notre intellect l'idée dans ces états successifs.
Si l'on considère que la poésie, aussi bien que les arts plastiques, prennent invariablement comme thème un Individic, pour le représenter, de la façon la plus exacte, avec toutes ses particularités, jusqu'aux plus insignifiantes ; et si Ton se reporte ensuite aux sciences, qui travaillent au moyen des notions, dont chacune embrasse des individus sans nombre, en déterminant et en indiquant une fois pour toutes les particularités du genre entier, la culture de l'art pourrait nous apparaître comme futile, mesquine, presque puérile. Mais l'essence de l'art implique qu'un cas unique en vaut mille, puisque ce qu'il vise par cette représentation
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soigneuse et détaillée de l'individu, c'est la représentation de Vidée de son espèce. Ainsi, par exemple, un événement, une scène de la vie humaine, décrits attentivement et au complet, par conséquent avec la représentation exacte des individus qui s'y trouvent mêlés, porte à notre connaissance, d'une façon claire et profonde, l'idée de l'humanité elle-même, envisagée sous n'importe quel rapport. De même en effet que le botaniste cueille une simple fleur parmi la richesse infinie du monde végétal, puis la dissèque pour nous démontrer la nature de la plante elle-même, ainsi le poète emprunte à la confusion inouïe de la vie humaine, emportée par un mouvement incessant, une scène unique, souvent même un simple état d'âme, un simple sentiment, pour nous montrer avec leur aide ce qu'est la vie et l'essence de l'homme. Pour cette raison nous voyons les plus grands esprits — Shakespeare et Gœthe, Raphaël et Rembrandt — ne pas juger indigne d'eux de nous représenter et de faire vivre devant nous dans toutes ses particularités, jusqu'aux plus petites, avec l'exactitude la plus parfaite et le plus grand soin, un individu qui n'a même rien de remarquable. Le particulier et l'unique ne peuvent être saisis que par la perception. Voilà pourquoi j'ai défini la poésie : l'art de mettre l'imagination enjeu à l'aide des mots.
Si l'on désire sentir immédiatement la supériorité de la connaissance intuitive, comme étant la première et la fondamentale, sur la connaissance abstraite, et constater ainsi combien l'art est plus révélateur que toute science, on n'a qu'à contempler, soit dans la nature, soit par l'intermédiaire de l'art, un beau visage humain plein d'expression. Combien il nous fait pénétrer plus profondément dans l'essence de l'homme.
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môme de lu nature, (|iie tous les mol» et tontei les abitrac.lions (|n(» ceux-ci iinli(|U(Mit ! li«îmarrjuon« en passant que ce (|u'un rayon de soleil [xTraiit Houdaiiiement les nuM^rs est pour un beau pays/iKe, le rire qui s'y épaiiouilTesl pour un i)cau visage \)i)\\c.,ridete,pueHiP, ridetc ! ' '
Ce qui fait cependant qu'une peinture nous amène plus facilement (ju^une chose réelle à la conception d'une idée (platonicienne), c'est-à-dire ce qui rapproche plus le tahleau de l'idée que ne le fait la réalité, c'est que, en règle générale, l'œuvre d'art est un objet qui a déjà passé par un sujet ; elle est ainsi pour l'esprit ce qu*est pour le corps la nourriture animale, les végétaux déjà assimilés.
Mais, en y regardant de plus près, la cause en est que l'œuvre de Tart plastique ne nous montre pas. comme le fait la réalité, une chose qui n'existe qu'une seule et unique fois, la combinaison de telle matière avec telle forme, qui constitue précisément le concret, l'individuel ; elle nous montre la forme seule, qui. donnée complètement et de tous les côtés, est l'idée elle-même. Le tableau nous mène donc directement de l'individu à la forme pure. Cette séparation de la forme d'avec la matière la rapproche déjà beaucoup de l'idée. Toute image, tableau ou statue, constitue une séparation semblable. Aussi cette séparation, cette division de la forme d'avec la matière prend-elle le caractère de l'œuvre esthétique, parce que son objet est de nous amener à la connaissance d'une idée (platonicienne). Il est donc essentiel pour l'œuvre d'art de donner la forme seule, sans la matière, et cela ouvertement et