‹ Métaphysique et esthétique = Parerga et paralipomenaChapitre 17 sur 21 · G0 MÉTAPHYSIQUE ET ESTHÉTIQUE · texte numérisé non relu

G0 MÉTAPHYSIQUE ET ESTHÉTIQUE

image si nette et si exacte, qu'ils semblent avoir voulu léguer au moins à la postérité la plus reculée une peinture durable de la belle et noble existence dont ils déploraient la rapidité. Quand nous remplissons de nouveau de chair et d*os, en représentant sur la scène Piaule et Térence, ces enveloppes et ces formes qu'ils nous ont transmises, cette vie animée d'un passé si lointain se ranime, fraîche et gaie, sous nos yeux, de même que les antiques pavés en mosaïque, lavés, reprennent l'éclat de leurs vieilles couleurs.

La seule comédie allemande véritable, procédant de la nature et de l'esprit de la nation, et qui la représente, ce sont, à l'exception de la pièce isolée de Minna von Barnhelm^, les drames dlffland-. Les caractères de ces

1. La meilleure pièce de Lessing, publiée en 1763. Les critiques la considèrent comme la première comédie vraiment allemande, qui s'est inspirée avant tout de la vie et des mœurs de la nation ; tout y est naturel et pris sur le fait, et l'esprit guerrier qui animait Tarniée de Frédéric II vers cette époque y est retracé de la manière la plus attachante. Gomme Ta dit Goethe, Minna von Barnhelm fut la première œuvre importante empruntée à des événements contemporains, la création la plus vraie de la guerre de Sept ans. Depuis près d'un siècle et demi que la pièce se joue sur tous les théâtres de l'Allemagne, elle est toujours reçue avec une sorte d'enthousiasme.

(Le trad.)

2. Né à Hanovre, en 1759, Auguste- Wilhelm IfQand sentit de bonne heure s'éveiller en lui le goût du théâtre, tout en se préparant à embrasser la carrière ecclésiastique. 11 donna finalement la préférence à la « chaire laïque », comme il nommait la scène dramatique, sur la chaire sacrée, et s'engagea, à vingt ans, au théâtre de Mannheim. Il écrivit en même temps sa première pièce, qui devait être suivie dune soixantaine d'autres, toutes, ou à peu près, des drames bourgeois attendrissants et à l'action un peu monotone et banale, dont le meilleur a pour titre les Chasseurs, « tableau de mœurs champêtres )>. En 1796, le roi Frédéric-Guillaume III le nomma directeur du grand théâtre de Berlin. Itlland reste un auteur dramatique estimable, et il fut un comédien de premier ordre. Il fut l'ami de Gœthe et plus encore

pirces sont, (îoiiiiin^ ceux mAiinîs de Iti nation (jn'elleM (Irpeignentsi (idMonient, plus moraux (jifinlellcotuelH ; landis ({u'on peut dire lo coiitraire des comédies fran (jaises et anglaises. Les Allemands sont si rarement originaux, (ju'il ne faudrait pas, (juand ils d/îmentent une l'ois par hasard ee jugement, tomher aussitôt sur eux, comme l'ont fait Schiller et les Schlegel, qui ont été injustes envers lliland et sont même allés trop loin contre Kotzebue. De mômtî, aujourd'hui, on se montre injuste à l'égard de Raupach', landis qu'on garde ses applaudissements pour les bouH'onneries de misérables bousilleurs.

Le drame en général, le miroir le plus complet de Texistence humaine, ollre une triple gradation dans sa manière de la saisir, et conséquemment d'exposer ses desseins et ses prétentions. Au premier degré, le plus fréquent, il ne se préoccupe que de Tintéressant. Les personnages obtiennent notre sympathie, en poursuivant leurs propres fins, analogues aux nôtres ; l'action procède au moyen de l'intrigue, des caractères et du hasard ; l'esprit et la plaisanterie assaisonnent le tout. Au second degré, le drame devient sentimental. La pitié pour les héros, et indirectement pour nous-mème, est excitée; l'action devient pathétique; mais, au dénouement, elle redevient calme et satisfaisante. Au degré le plus haut et le plus difficile, on vise le tragique. On met sous nos yeux les cruelles

de Schiller, au succès duquel il se consacra avec un dévouement infatigable. Il mourut le ±1 septembre 1814.

[Le tvad.) 1. Fécond dramaturge déjà cité par Schopenhauer dans Ecrivains et style, p. 136.

{Le tnid.)

ScHOPENHALKR. — Mctapliv siquc . 11

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souffrances, la misère de Inexistence, et la vanité de tout effort humain est ici le résultat final. Nous sommes profondément émus, et le dégoût de la volonté de vivre est provoqué en nous soit directement, soit comme note harmonique accompagnatrice.

Quant au drame à tendance politique coquettant avec les caprices momentanés de Taimable populace, ce produit favori de nos littérateurs du jour, je n*en parle naturellement pas. De pareilles pièces sont, dès l'année suivante, souvent aussi mortes que de vieux almanachs. Mais cela ne trouble pas le littérateur; l'appel à sa Muse ne renferme en effet qu'une prière : « Donne-nous notre pain quotidien! »

Tout commencement est difficile, dit-on. En matière de théâtre, c'est cependant le contraire : toute fin est difficile. Ceci est confirmé par les drames innombrables dont la première moitié marche assez bien, mais qui ensuite se gâtent, s'arrêtent, hésitent, spécialement dans le maudit quatrième acte, puis finalement se perdent dans un dénouement ou forcé, ou non satisfaisant, ou prévu depuis longtemps par chaque spectateur, parfois même révoltant, comme celui à'Emilia Galotli^, et qui provoque une véritable irritation. Cette difficulté du dénouement provient, d'une part, de ce qu'il est toujours plus facile de brouiller les choses que

1. Pièce de Lessing, publiée en 1772, quoique écrite plus de dix ans auparavant, et qui eut un retentissement prodigieux en Allemagne. L'héroïne est une « Virginie bourgeoise » immolée, comme celle de Rome, par un père à qui la vertu de sa fille est plus chère que sa vie. L'intrigue de cette pièce est très dramatique et pleine d'intérêt, mais le fond y fait souvent défaut, et l'auteur a dû recourir à des artifices pour rendre le dénouement vraisemblable jusqu'à un certain point.

[Le trad.)

MKTAI'IIYSIUÏJK DI" HKAI' KT K^TMKTh^lJK 103

de le» débrouiller, d'autre part, (|u'^au d/îbut nous laissons (( carte blanclie »' au poète, tandis qu'à la lin nous formulons certaines exigences. Une entre autres, c'est (|U(î le (léiiouenicnt soit ou complètement heureux, ou complètement tragique, tandis que les choses humaines ne prennent pas aisément une tournure si décisive. Knsuile ce dénouement doit se produire naturellement et logiquement, sans recherche, et aussi sans être prévu par (jui que ce soit. Il en est de même de l'épopée et du rom;in. La nature plus compacte du drame rend seulement la chose plus apparente, en augmentant la difficulté.

Le c nihilo nihil /il- s'applique aussi aux beaux-arts. Les bons peintres font poser pour leurs tableaux historiques des hommes véritables et prennent pour leurs têtes des visages réels tirés de la vie, qu'ils idéalisent ensuite sous le rapport de la beauté ou du caractère. Les bons romanciers, je le crois, font de même. Ils basent les personnages de leurs Actions sur des êtres humains réels de leur connaissance, qui leur servent de schémas qu'ils idéalisent et complètent conformément à leurs vues.

Un roman sera en conséquence d'un ordre d'autant plus élevé et plus noble, qu'il dépeint plus la vie intérieure que la vie extérieure. C'est là le signe caractéristique de toutes les gradations du roman, depuis Tristram Shandy jusqu'à l'histoire la plus grossière et la plus remplie en événements d'un chevalier ou d'un brigand. Tristram Shandy, à la vérité, n'a pour ainsi dire pas d'action; mais combien celle de la Nou-

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