‹ Métaphysique et esthétique = Parerga et paralipomenaChapitre 18 sur 21 · Rien ne se fait de rien · texte numérisé non relu

Rien ne se fait de rien

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oelle Héloïse et de Wilhelm MeUter est restreinte ! Don Quichotte lui-même en a relativement peu, et cette action, très insignifiante, tend particulièrement à la plaisanterie. Et ces quatre romans sont la couronne du genre. Si l'on considère maintenant les merveilleux romans de Jean-Paul, on voit combien de vie intérieure se déroule sur la base la plus étroite de vie extérieure. Même les romans de Walter Scott ont un excédent considérable de vie intérieure sur l'extérieure; et celle-ci, il faut l'ajouter, n'apparaît jamais qu'en vue d'amener celle-là. Dans les mauvais romans, au contraire, elle existe pour elle-même. L'art consiste à mettre dans le plus fort relief la vie intérieure au moyen du plus petit déploiement possible de vie extérieure ; car la vie intérieure est proprement l'objet de notre intérêt. La tâche du romancier consiste non à raconter de grands événements, mais à rendre intéressants les petits.

Je confesse sincèrement que le haut renom de la Divine Comédie me semble exagéré. L'excessive absurdité de la conception fondamentale est évidemment une des fortes raisons de mon jugement. Le côté le plus répulsif de la mythologie chrétienne n'est-il pas en effet, dès le début de VEnfer, mis crûment devant nos yeux? Ensuite, l'obscurité du style et des allusions joue son rôle :

Omnia enim stolidi magis admirantur amantque, Inversis quae sub verbis lalilantia cernunt^

D'autre part, la brièveté et l'énergie souvent laco-

1. « Car les imbéciles admirent et aiment davantage tout ce qu'ils voient caché sous des expressions figurées. »

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niques de rexprcHsion, et, plu8 encore, rincompfirnblr force d*imaginHlion de Dante, sont an plus haut defçré admiral)le9. (iri\(îc k celle ci, il inipriine h la description des choses irnpossihies une vérih; réaliste apparentée à celle (\\\ rôve ; car ne pouvant avoir o\\ au(!urie expérience de ces choses, il scinhic <jue, pour avoir pu les peindre en traits si vivants et si exacts, il a dû les voir en souge. D'un autre côté, que devons-nous dire quand, à la (in du XP chant de VEnfei\ Virgile décrit l'apparition du jour et le coucher des étoiles, en oubliant qu'il est en enfer, sous la terre, et que c'est seulement après avoir visité ce lieu, (ju'il en sortira pour r<;voir les étoiles {quindi iiscire, a riveder le stelle)'^ On retrouve la même faute à la fin du XX' chant. Devonsnous supposer que Virgile porte une montre, et sait en conséquence ce qui se passe à tel moment donné dans les cieux? Ceci me semble un lapsus beaucoup plus sérieux que celui concernant Tàne de Sancho Pansa qu'a commis Cervantes.

Le titre de l'œuvre de Dante est très original et frappant, et ne permet guère de douter qu'il soit ironique. Une comédie! En vérité, le monde serait cela, une comédie pour un Dieu dont l'insatiable désir de vengeance et la cruauté étudiée se repaîtraient, au dernier acte, de la torture sans fin et sans but des êtres qu'il a inutilement appelés à l'existence, parce qu'ils n'ont pas tourné selon ses vues et que, dans leur courte vie, ils ont agi ou cru autrement qu'il ne lui plaisait. Mis en regard de sa cruauté inouïe, tous les crimes d'ailleurs chàliés si durement dans YEnfer ne vaudraient pas qu'on en parlât; lui-même serait infiniment pire que tous les diables que nous y rencontrons, car ceux-ci n'agissent que sur son ordre et en vertu de son pouvoir.

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Aussi Père Zeus déclinera-t-il l'honneur d'être identifié sans plus de cérémonie avec lui, comme cela arrive d'une façon étrange en quelques endroits (par exemple, XIV® chant, vers 70; XIII^ chant, vers 31); dans le Purgatoire même (VP chant, vers 118), cela est poussé jusqu'au ridicule : 0 sommo Giove, che fosti in terra per noi erociflsso ! Que dirait de cela Zeus? w irdTcov^ I

Ce qui produit aussi un effet extrêmement répulsif, c'est le caractère russo-slave de la soumission de Virgile, de Dante et d'un chacun à ses commandements, et Tobéissance tremblante avec laquelle ses ukases sont partout reçus. Cet esprit slave est en outre porté si loin par Dante lui-même dans sa propre personne (XXXIII* chant, vers 109-150), que celui-ci manque complètement k Thonneur et à sa conscience dans un cas qu'il raconte en s'en glorifiant. Honneur et conscience, du reste, ne comptent plus pour lui, dès qu'ils se trouvent en opposition avec les cruels décrets de Domeneddio. De là sa promesse, nette et solennelle, en vue d'obtenir une confession, de verser une petite goutte de soulagement dans une de ces tortures imaginées et cruellement exercées par celui-là. Après que le torturé a rempli la condition stipulée par Dante, le poète, ouvertement et cyniquement, rompt sa parole vn majorem Dei gloriam. Il agit ainsi, parce qu'il considère que le moindre adoucissement de la peine imposée par Dieu, même consistant simplement, comme ici, à essuyer une larme figée, quoique cela ne lui fût pas expressément défendu, est une chose interdite ; il omet donc de le faire, quoiqu'il Tait promis et juré solennellement l'ins-

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