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véiitahlt'iiKMit a|)^^s coup (jiie r<-cln;(î de tel proj^-l a été /ihsoluiiirnt favorable à notre Uinn réel ; cela pourrait donc être aussi le cas lorsrjue nous n'en savons rien, — surtout (juand nous considérons comme notr»* vrai bien le bien métapliysico -moral.
Revenons mainlenant à la notion ca|)itale de toute ma philosophie, à savoir que ce qui re|)résente et maintient le phénomène du monde, c^est la volonté^ qui vit et aspire aussi dans chaque individu, et rappelonsnous en même temps la ressemblance si généralement reconnue de la vie avec le rêve. Alors nous pouvons, en résumant tout ce qui vient d'être dit, admettre d'une façon très générale que, de même que chacun est le directeur de théâtre secret de ses rêves, cette destinée qui règle notre véritable existence émane finalement, n'importe comment, de cette volonté qui est la nôtre, mais qui cependant, apparaissant comme destinée, opérerait d'une région située bien au delà de notre conscience individuelle représentante; tandis qu'au contraire celle-ci livre les motifs dirigeants de notre volonté individuelle empiriquement reconnaissable, qui, en conséquence, doit souvent lutter de la manière la plus violente avec notre volonté se représentant comme destinée, avec notre génie dirigeant, avec notre esprit, « qui habite hors de nous et place son siège dans les étoiles supérieures^ ». Car cet esprit voit plus loin que la conscience individuelle, et, inexorable envers elle, il apprête et détermine comme contrainte extérieure ce dont il ne pourrait lui remettre la charge, et qu'il ne veut cependant pas voir périr.
1. C'est une phrase de Théophraste Paracelse, citée plus haut.
(Le trad.) ScHOPENHALER. — Mélapliysiquc. ."j
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La hardiesse étonnante et même exorbitante de cette idée peut être atténuée en premier lieu par un passage de Scot Erigène, à propos duquel il faut rappeler que son Dieu, qui est dépourvu de connaissance et dont on ne peut affirmer le temps ni l'espace, avec les catégories aristotéliciennes, et auquel ne reste en réalité qu'un seul attribut, la volonté, n'est manifestement rien d'autre que ce qu'est chez moi la volonté de vivre. Voici le passage : Est eiiam alla species ignorantiœ in Deo, quando ea, quœ prœscwit et prœdesiinavit, ignorare dicititr, dum adhuc in rerum factarum cursibus experimenlo non apparuerint. {De dlvisionc naturœ, édit. d'Oxford, p. 83; . Et bientôt après : Te7Hia species divinœ ignorantiœ est, per quant Deus dicitur ignorare ea, qux nondum experimenlo aciionis et operationis in effectibus manifeste apparent; quorum tamen invisibiles rationes in seipso creatas et tibi ipsi cognitaspossidet.
Si, pour saisir jusqu'à un certain point l'idée qui vient d'être émise, nous avons appelé à notre secours la ressemblance reconnue de la vie individuelle avec le rêve, il faut, d'autre part, noter cette différence. Dans le simple rêve, le rapport est unilatéral : un seul « moi » veut et sent véritablement, tandis que les autres ne sont que des fantômes. Dans le grand rêve de la vie, au contraire, il y a un rapport réciproque : non seulement l'un y figure dans le rêve de l'autre, tout comme cela est nécessaire, mais celui-ci aussi dans le rêve de celui-là; de sorte que, en vertu d'une véritable harmonia prœstabilita, chacun pourtant ne rêve que ce qui est en accord avec sa propre direction métaphysique, et tous les rêves de la vie sont si artificiellement entremêlés les uns dans les autres, que
chacun sent ce (|ui lui est nvuiitageux, et accomplit en même tom|>s (îc (|ui est nécessuin* aux autre» ; en vertu de quoi un ^rand événement universel (jiii «e produit s'accommode à la deslinée d'une multitude infinie de personnes, et à chaque deslinée d'une fa(;on individuelle. Tous les événemenls de la vie d'un être humain se trouveraient consécjuemment réparlis en deux sortes de rap|)()rts foncièrement dillerents : l" en un rapport objectif causal du cours de la nature ; i"* en un rapport subjectif qui n'existe que par relation avec l'individu qui les éprouve, et qui est aussi subjectif que les propres rêves de celui-ci, rapport dans lequel cependant leur succession et leur contenu sont également nécessairement déterminés, mais à la façon dont se succèdent les scènes d'un drame, d'après le plan du poète. Que maintenant ces deux sortes de rapports subsistent ensemble et que la même circonstance s'adapte exactement à toutes deux, comme un anneau de deux chaînes tout à fait dilTérentes, par suite de quoi la destinée de Tun ne manque jamais de s'accommoder à la destinée de l'autre et chacun est le héros de son propre drame en même temps que figurant du drame étranger, c'est là une chose qui, en vérité, dépasse notre conception, et que nous ne pouvons nous imaginer qu'à l'aide de la plus merveilleuse harmonia prœstabilUa. Mais, d'autre part, n'y aurait-il pas de la pusillanimité à tenir pour impossible que l'existence de tous les êtres humains, dans sa pénétration réciproque, ait autant de concentus et d'harmonie que le compositeur sait en donner aux nombreuses voix en apparence déchaînées de sa symphonie?
Notre effroi devant cette pensée colossale s'atténuera aussi, si nous nous rappelons que le sujet du grand
réve de la vie en un certain sens n'est que la volonté de vivre, et que toute multiplicité des phénomènes est conditionnée par le temps et par l'espace. C'est un grand rêve que rêve un seul être; mais il le rêve de telle sorte, que tout le monde le rêve avec lui. En conséquence, tout se pénètre et chaque chose s'accommode avec les autres. Si maintenant on poursuit cette idée, si l'on admet cette double chaîne de tous les événements, en vertu de laquelle chaque être, d*un côté, est là pour lui-même, agit et suit nécessairement sa propre voie conformément à sa nature, et, d'un autre côté, est en outre destiné et approprié à comprendre un être étranger et à agir sur lui aussi bien que les images des rêves de celui-ci, on devra étendre cette idée à la nature entière, c'est-à-dire également aux animaux et aux êtres dépourvus de connaissance. Alors s'ouvre une fois de plus la possibilité des omina, prdesagia et portenta. Ce qui, en effet ? d'après le cours de la nature, arrive comme nécessaire, doit pourtant, d'autre part, être de nouveau regardé comme une simple . image pour moi et comme des figures peuplant mon rêve vital, ne se produisant et n'existant que par rapport à moi, ou aussi comme un simple reflet et un simple écho de 77ies actions et de mes expériences ; en conséquence de quoi le côté naturel et la nécessité originellement démontrable d'un événement ne supprimeraient en aucune façon son caractère de mauvais augure, et réciproquement. Aussi est-ce une complète erreur de s'imaginer qu'on a fortifié ce caractère de mauvais augure, en démontrant clairement, d'un air avisé, que l'inévitabilité dudit événement provient de ses causes naturelles et nécessairement agissantes, et si c'est un événement de la nature, d'appeler même à son secours
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la |)liysi(|iuî. Nul homme raisonnable ne doute en cfTet de ceB causes, et personne ne regarde un présage comme un miracle ; mais précisément parce (|ue la chaîne infinie des causes et d<îs ellets, avec la sévère nécessité et Timprévoyabh^ prédestination (\\\'\ lui sont propres, ont llxé irrémédiablement, en tel moment important, la production de cet événement, le caractère de mauvais augure s*attache à celui-ci. Aussi le mot de Shakespeare : Tlirre are more (hinfjs in heaven ruid ('(irt/iy thmi lire drcfunl of in j/ofo- jihiUninphy ^ [liamlety acte I, scène v), est-il excellent à rappeler à ces gens malins, surtout quand ils s'occupent de physique. D'autre part, cependant, nous voyons la croyance aux présages ouvrir aussi la porte à l'astrologie. En effet, le moindre événement passant pour un présage, le vol d'un oiseau, la rencontre d'une personne, etc., est conditionné par une chaîne de causes aussi infuiiment longue et aussi sévèrement nécessaire que la situation calculable des astres à un moment donné. Seulement, les constellations sont si hautes, que la moitié des habitants de la terre les voit en même temps ; tandis que le présage, au contraire, n'apparaît qu'à portée de l'individu qu'il concerne. Veut-on se représenter encore par une image la possibilité du présage? On peut comparer celui qui, en une circonstance importante de sa vie enveloppée dans les ténèbres de l'avenir, aperçoit un bon ou un mauvais présage qui l'incite ou le met en garde, à une corde qui, frappée, ne rend pas de son par elle-même, mais, par suite de sa commotion, percevrait le son d'une corde étrangère qui résonne avec elle.
1. (c II y a plus de choses dans le ciel et sur la terre qu'il n'en est rêvé dans votre philosophie. »
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La distinction établie par Kant entre la chose en soi et son'phénomène, en ramenant, comme je Tai fait, la première à la volonté et le second à la représentation, nous donne la possibilité d'envisager la compatibilité de trois oppositions, quoique imparfaitement et de loin.
Ces oppositions sont :
i"" Celle entre la liberté de la volonté en elle-même et la nécessité générale de tous les actes de l'individu.
2^ Celle entre le mécanisme et la technique de la nature, ou le nexus effectwus et le nexus finalis, ou l'explicabilité purement causale ou téléologique des produits de la nature. (Voir à ce sujet Kant, Critique (lie jugement^ | 78, et mon œuvre principale).
3° Celle entre l'accidence manifeste de tous les événements de la vie individuelle et leur nécessité morale pour la formation de celle-ci, conformément à une iinalité transcendante pour l'individu; ou, en langage populaire, entre le cours de la nature et la Providence.
La clarté de notre conception quant à la compatibilité de chacune de ces trois oppositions,, quoique incomplète pour chacune, est cependant suffisante pour la première comme pour la seconde, mais suffit moins pour la troisième. Quoi qu'il en soit, cette notion même incomplète de la compatibilité de chacune de ces oppositions projette de la lumière sur les deux autres, en leur servant de tableau et de comparaison.
Mais, finalement, quel est le domaine propre de toute cette direction mystérieuse de l'existence individuelle? C*est ce qu'on ne peut établir que d'une façon très générale. Si nous nous en tenons aux cas particuliers, il semble souvent qu'elle ne se propose que notre bien terrestre actuel. Pourtant celui-ci, insignifiant, impar-
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lait, rutile (ît Iraiiiïitoirf, iie peut 8(Tieu»eintMit conHlituer son hiil suprc^jinî ; nous avons donc h chercher ce hut dans noire existence éternelle, au delà i\(t la vie individncilr. Kl alors on prul dire d*nne fagon toute générale (|ue cette direction donntî une (elle régularité à notre existence, (|ue de Tensenible de la connaissance qui nous vient par elle nait Tinipression niétapliysiqueuient la plus eflicace sur la vuUnitc, noyau et essence en soi de l'être humain. Car (juoi(|ue la volonté de vivre ne reçoive en somme sa réponse que dans le cours de l'existence, comme phénomène de son elFort, chaque être humain est cependant cette volonté de vivre d une faron absolument individuelle et particulière, en quelque sorte un acte individualisé de celle-là, dont la réponse suflisante ne peut être aussi, par conséquent, (ju'une forme tout à fait déterminée du cours du monde, laquelle lui est donnée par les expériences qui lui sont particulières. Maintenant donc que les résultats de ma philosophie sérieuse (par opposition à la philosophie universitaire ou philosophie pour rirei ont démontré que l'abandon de la volonté de vivre est le but suprême de l'existence terrestre, nous devons admettre que chacun est conduit là peu à peu par la voie tout individuelle qui lui convient, conséquemment, en beaucoup de cas, par de longs détours. Comme, de plus, bonheur et jouissance travaillent en réalité contrairement à ce but, nous voyons, conformément à celui-ci, chaque existence humaine immanquablement entiemêlée de malheur et de souffrance, dans une mesure très inégale, il est vrai, et rarement comble, si ce n'est dans les dénouements tragiques. Ici, alors, il semble que la volonté soit jusqu'à un certain point poussée violemment à l'abandon de la vie, et doive
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renaître à l'existence comme par le fait d'une opération césarienne.
C'est ainsi que cette direction invisible, qui ne se manifeste que sous une apparence douteuse, nous accompagne jusqu'à la mort, ce véritable résultat et but de la vie. A l'heure de celle-là, toutes les puissances mystérieuses, quoique ayant leurs racines en nousmêmes, qui déterminent la destinée éternelle de l'être humain, se concentrent et entrent en action. Leur conflit ouvre la voie que celui-ci doit désormais parcourir, prépare sa palingénésie, avec tout le bien et le mal qu'elle renferme, et qui a été irrévocablement déterminé par lui. C'est là ce qui constitue le caractère hautement sérieux, grave, solennel et terrible de l'heure de la mort. Cette heure est une crise, au sens le plus fort du mot, un jugement dernier.
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Tout prétendu exposé philoso[)liique dépourvu do [)rémisses, est une mauvaise plaisanterie ; car il fauttouj )urs regarder une chose comme donnée, pour partir d'elle.G'estce qu'anirme,entre autres, le oo;;jLOt.T:ojTTCj \ qui est la condition indispensable de tout acte humain, même de celui qui consiste à piiilosopher; nous ne pouvons, en effet, intellectuellement pas plus que corporellement, planer dans Tair libre. Mais un tel point de départ de la philosophie, une telle supposition admise provisoirement comme un fait, doiventêtre postérieurement compensés et justifiés. Ce sera une chose subjective, par exemple Tautoconscience. lareprésentation, le sujet, la volonté; ou une chose objective, par consé- ((uent ce qui se représente dans la conscience d'autres choses, par exemple le monde réel, les extériorités, la nature, la matière, les atomes, un Dieu aussi, une simple notion imaginée à plaisir, comme la substance, l'absolu, ou n'importe quoi d'autre. Aussi, pour corriger le procédé arbitraire employé ici et rectifier la prémisse, doit-on changer postérieurement le point de vue et se placer au point de vue opposé, d'où Ton déduit