‹ Métaphysique et esthétique = Parerga et paralipomenaChapitre 9 sur 21 · Schopenhauer a déjà cité Riemeren un autre endroit (Voir · texte numérisé non relu

Schopenhauer a déjà cité Riemeren un autre endroit (Voir

Ecricatns et style, p. 41). Cet écrivain, né en 1774 à Glatz, étutlia '

d'abord la théologie, puis la philologie, entra comme précepteur j

chez Guillaume de Humboidt, qu'il suivit dans son ambassade ^

en Italie, et à son retour, en 180:^, devint précepteur, pendant <

neuf ans. du fils de Goethe. Jl fut nommé ensuite professeur au i

gymnase de Weimar. puis bibliothécaire du grand-duc. Il mourut i

en 1845. t^iemer a publié des poésies, un ouvrage très intéres- ;

sant : Mémoires sur Gœthe d'après des sources orales ' \\^y\ ^^ (1841, 2 vol.), Lettres de Gœthe et à lui adressées, et jl^^é^^^^^^^iîes^^ l'importante correspondance de celui-ci avec Zelter [\M3, 6 vol i

tie/r&oBIBLIOTHECA

petites exceptions. Le restant vit dans ce rêve, à peu près comme les animaux, dont ils ne se distinguent à la fin que par la prévoyance étendue àquelques années. Les religions ont pourvu d*en haut et par avance au besoin métaphysique qui peut se faire sentir chez eux ; et ces religions, quelles qu'elles soient, leur suffisent. Il se pourrait néanmoins qu'on philosophe beaucoup plus en toute tranquillité qu'il ne semble ; mais reste à savoir ce que cela vaut. Car, en vérité, c'est une triste situation que la notre! Un court instant d'existence, rempli de peines, de misères, d'angoisses et de douleurs, sans savoir au moindre degré d'où nous venons, où nous allons, pourquoi nous vivons; et joignez à cela les calotins de toutes les couleurs, avec leurs révélations respectives sur la chose, et leurs menaces contre les incrédules !

On serait tenté de croire que la moitié de notre penser s'efi'ectue sans conscience. Le plus souvent arrive la conclusion, sans que les prémisses aient été posées nettement. On peut déjà l'induire de ce que parfois une circonstance dont nous n'apercevons nullement les suites, et dont nous pouvons moins encore apprécier nettement l'influence sur nos propres affaires, exerce cependant une action incontestable sur notre disposition d'esprit entière, qu'elle transforme en gaieté ou en tristesse ; cela ne peut être que le résultat d'une rumination inconsciente. La chose est plus visible encore dans le cas suivant. Je me suis initié aux faits d'une affaire théorique ou pratique. Il arrivera souvent ensuite, sans que j'y aie repensé, au bout de quelques jours, que le résultat, c'est-à-dire ce que devient la chose, ce qu'il convient de faire, me revienne de lui-

PKNSKKS SK RKFlînANT \ l/lXTKU.FCT KM

mômo h roHprit et se pr(';senle cl/iireinent h moi ; landis que roprration (lui Ta mis sur pied me reste aussi cachée que celle d'une machine à calculer: c'a été une ruininati(3n inconsciente. De nïéme, apr^s avoir écrit qnelijne chose sur un sujet et m'en être débarrassé, il me vient parfois l'idée, sans y avoir nullement songé, d'y ajouter un supplément. De même, encore, je puis chercher des jours entiers dans ma mémoire un nom qui m'a échappé ; puis, au moment où je n'y songe pas du tout, il me revient, comme s'il m'avait été soufdé. Oui, nos meilleures pensées, les plus riches et les plus profondes, prennent soudainement conscience, comme une inspiration, et souvent en même temps sous forme d'une sentence importante. Elles sont manifestement le résultat d'une longue méditation inconsciente et d'innombrables aperçus, souvent très lointains, dont le détail est oublié. Je renvoie à ce que j'ai déjà dit sur ce sujet dans les Suppléments au Monde comme volonté et comme représentation^. On pourrait presque hasarder l'hypothèse physiologique que le penser conscient a pour siège la surface du cerveau, le penser inconscient l'intérieur de sa myéline.

La monotonie de la vie et le vide qui en résulte nous feraienttrouvercelle-ci, au boutd'une durée appréciable, insupportablement ennuyeuse, si la connaissance et l'intuition, ainsi que la compréhension toujours supérieure et plus nette de toutes choses, ne poursuivaient incessamment leur marche. Celle-ci est le fruit, d'une part, de la maturité et de l'expérience, et, de l'autre, des modifications que nous subissons nous-mêmes à travers

\. Livre I, chap. xiv.

102 MKTAPIIYSroUK ET ESTHÉTIQUF:

les différents âges, et qui nous placent en une certaine mesure à un point de vue toujours nouveau, d'où les choses nous montrent des côtés encore inaperçus, et nous apparaissent autrement. Grâ«îe à cela, en dépit de la diminution des forces intellectuelles, le préreple dies diem docet reste d'une application qui n'a pas fléchi et répand sur la vie un charme toujours nouveau, Tidentiqueseprésentant constammentcomme une choseaulre et neuve. Aussi tout vieillard qui pense a-t-il pour devise le mot de Solon : yrjpà'rxco o'àct. 7:oA)và o',oao-xo[JL£voç ^ . Ajoutons que les fréquents changements de notre disposition d'espritet de notre humeur, qui nous font apercevoir chaque jour les choses sous un autre aspect, nous rendent en tout temps le même service. Eux aussi diminuent la monotonie de notre conscience et de nos pensers, en agissant sur eux comme agit sur une belle région la lumière sans cesse changeante, avec ses inépuisables effets, qui répand un charme nouveau sur un paysage que nous avons déjà vu cent fois. Ainsi les choses connues apparaissent nouvelles à un esprit dont la disposition s'est transformée, et elles éveillent de nouvelles idées comme de nouvelles manières de voir.

C'est surtout en voyage qu'on peut observer combien la manière de penser de la masse est rude et engourdie, etcombien ilest difficile de se l'assimiler. Celui qui a le bonheur de pouvoir vivre plus avec les livres qu'avec les hommes n'ajamais devant les yeux que la communication facile des idées et des connaissances, avec la rapide action et réaction des esprits les uns sur les autres ; il oublie aisément combien il en va tout diffé-

1. (( Je vieillis en apprenant toujours beaucoup de choses >;.

PKNséKS SK UKKKIISNT A f.>NTKLLKXT KM

rcmment dans lo monde liiirnain houI réel, et finit par croire que ('ha(|iie id/*o acquise appartient immédiatement h rhuuuiiiité. Mais il suffit de voyager un seul jour en chemin de fer, pour remarquer que \h où Ton se trouve moineutaïu^ment exislenl, et depuis des siè« les, des f)i(^jii^ês, de fausses idée-*, des mœurs, drs usnges et des v«Heinents incîonnus là où l'on se trouvait hier. Il nei\ est [)as autrem»*nt des dialectes provinciaux. On peut voir par là quelle est la largeur de Tabiuie entre le peuple et les livres, et avec quelle lenteur, quoique avec certitude, les vérités reconnuesarrivent à celui-là. Sous le rapport de la rapidité de la transmission, rien ne ressemble moins à la lumière physique f|ue la lumière intellectuelle.

Tout cela vi(Mit de ce que la masse pense très peu ; le temps et l'habitude lui manquent à cet effet. Elle conserve ainsi très longtemps ses erreurs, mais n'est pas non plus, comme le monde cultivé, une girouette qui marque la rose des vents des changements journaliers d*opinions. Et ceci est très heureux. Se représenter en effet l'immense et lourde masse en un si rapide mouve ment, c'est une idée terrible, surtout quand on considère tout ce que, dans ses agitations, elle détruirait et bouleverserait.

La soif de connaissances, quand elle est dirigée vers l'ensemble, se nouime désir de savoir; dirigée vers le détail, elle se nouime curiosité. Les gMrgons montrent en g^^néral le désir de savoir; les petites tilles de la simple curiosité, mais celle-ci à un degré étonnant et souvent avec une naïveté désagréable. En cela s'annonce déjà la prédilection particulière du sexe féminin pour le détail, faute de sens pour l'ensemble.

Uncerveauheureusementorganisé, par conséquent en possession d'un bon jugement, possède deux avantages. Le premier, c'est que ce qu'il y a de plus important dans ce qu'il voit, éprouve etlit, se dépose en lui et s'imprime (le soi-même dans sa mémoire, pour en sortir quand il est nécessaire, tandis que le reste s'écoule. Sa mémoire ressemble en conséquence à un crible fin qui ne conserve que les gros morceaux ; les autres ressemblent à des cribles grossiers qui laissent tout passer, à l'exception de ce qui reste par hasard. Le second avantage, apparenté au premier, c'est qu'il trouve chaque fois à temps ce qui appartient aune chose, luiestanalogue, se rapproche d'elle, si éloigné que cela soit. Ceci provient de ce qu'il saisit dans les choses ce qui leur est proprement essentiel, de façon qu'il reconnaît immédiatement, même dans les plus opposées, leur lien identique.

Il n'y a pas d'instrument musical qui ne mêle au son pur, consistant uniquement dans les vibrations de l'air, une adjonction provenant des vibrations de sa propre matière, qui provoquent de nouveau, par leur impulsion, celle de l'air, et produisent un arrière-bruit accessoire apportant à chaque son ce qui lui est spécifiquement propre ; c'est ce qui distingue,* par exemple, le son du violon de celui de la flûte. Mais plus ce mélange accessoire est faible, plus le son est pur. Voilà pourquoi le son le plus pur est celui de la voix humaine, parce que nul instrument artificiel ne le dispute à l'instrument naturel. De même, il n'y a pas d'intellect qui ne mêle à la partie essentielle et purement objective de la connaissance une partie subjective étrangère à celle-ci, provenant de la personnalité qui

PKNS|f.KS SK nKKKHANT A l.'lNTKïJ.RCT iOTt

porte et conditionne rintelleot. c'est-h-dire rpielque <;hose (l'individuel (|iii contamine la première. L'intclleet qui subit Ir inoin» cette influence sera le plus pur ohjectivrment, c'est-à-dire le plus parfait. Que, par suite, ses productions contiennent et rendent h peu près exclusivement ce que chaque intellect uniformément saisit dos choses, c'est/i-dire ce qui est purement objectif, c*est justement la raison pour laquelle celles-ci nous agréent, dès qu'on les comprend. Voilà pourquoi j'ai dit que la génialité consiste dans l'objectivité de l'esprit, (cependant un intellect absolument objectif, donc complètement pur, est aussi impossible qu'un son absolijment pur. Celui-ci, parce que l'air ne peut entrer de lui-même en vibration, mais doit y être poussé; celui-là, parce qu'un intellect ne peut exister pour lui-même, mais seulement comme un instrument d'une volonté, ou, pour parler le langage de la réalité, un cerveau n'est possible que comme partie d'un organisme. Une volonté déraisonnable, même aveugle, qui se représente comme organisme, est la base et la racine de chaque intellect ; de là l'imperfection de chacun et les traits de folie et d'absurdité dont aucun homme n'est exempt. Ici donc aussi, « pas de lotus sans tige », et Gœthe dit :

La tour de Babylone a encore ses revenants ; Ils ne peuvent s'accorder ensemble.

Chaque homme a son ver qui le ronge ; Copernic aussi a le sien ^

Aux contaminations de la connaissance par la nature

1 « Nocli spukt der Babylonschc Tliurni ;

Sie sind nicht /u vereinen !

Ein jeder Mann liât seineu Wurni, Kopernikus den sciuen « .

106 MKTAI'HYSKJUE ET FSTHKTinfK

donnée une fois pour toutes du sujet — Tindividualité — s'ajoutent celles qui viennent directement de la volonté et de sa disposition du moment, c'est-à-dire de rinlérêt, des passions, desaffects de Tétre connaissant. Pour mesurer dans toute son étendue la grande part de suhjeclif ajoutée à notre connaissance, il ftudrMJt voir souvent le même fait avec les yeux de deux personnes ayant des iJées et des intérêts différents. Cela ne se pouvant pas, il doit nous suflire d'observer combien les mêmes personnes et les mêmes objets s'off»ent à nous sous un jour différent, selon le temps, la disposition d'esprit, l'occasion.

Au demeurant, notre intellect serait une chose magnifique, s'il existait pour lui-même, c'est-à-dire s'il était intelligence primordiale pure, et non un pouvoir seulement secondaire, qui a nécessairement sa racine dans une volonté, origine qui lui impose une contamination de presque toutes ses connaissances et de tous ses jugements. Car, s'il n'en était pas ainsi, il pourrait être un organe pur de la connaissance et de la vérité. Mais, tel qu'il existe, il est bien rare que nous voyions tout à fait nettement une chose où nous sommes intéressés. Cela est à peine possible; car, à chaque argument et à chaque fait qui vient s'y ajouter, la volonté intervient aussitôt, et sans que l'on puisse distinguer sa voix de celle de l'intellect même, tous deux étant fondus en un seul (( moi ». C'est surtout quand nous voulons pronostiquer l'issue d'une chose qui nous lient à - œur, (|ue ceci apparaît le plus clairement. Alors l'intérêt lausse presque chaque mouvementde l'intellect, lautôtpar crainte, tantôt par espérance. On ne peut guère y voir clair, l'intellect ressemblant alors à un flambeau à la lueur duquel on doit lire, tandis que le vent de la nuit

l'KNSKK^ SE niiKKHANT A l/lNTKf.LRCT 107

le secoue violcmmonl. M/iis il chI, pour cette raison môme, duns Irs circouslanccs très émouvantes, un ami fKJt'In ot sinr^re d'une ineHiimable valeur. Kn «*fTet, hors (le cause lui-mAme, il voit les chos»»» comme elles soni; landi-* q'i'ellcs se présL'ulerït à noire vue faussées par la duperit» (l<'S passions. Nous ne pouvons ju^er exaclrnionl les cliosrs fiilures (|ue quan 1 cdU*s ne nous int»îressont en rien c'est-à-dire ne prirteiit aucun préjudice à notre inlcrèt; car nous ne sommes pas intègres, et notre intellect est en réalité infecté et souillé par la volonté, sans que nous le remarquions. C'est cette imperfection et mémo cette falsification des données qui explique que des gens de télé ctcultivés se trompent parfois toto cœlo, en prédisant l'issue d'événements politiques.

Chez les artistes, les poètes et les écrivains, les contaminations subjectives de l'intellect sont produites aussi par ce qu'on nomme les idées du temps, aujourd'hui la (( conscience du temps », c'est-à-dire certaines manières de voir et notions en vogue/L'écrivain badigeonné de leur couleur s'en est laissé imposer par elles, au lieu de ne pas y faire attention ou de les repousser. Quand ensuite, après une série plus ou moins longue d'années, ces manières de voiront complètement disparu et sont oubliées, les œuvres de celle époque sont privées du soutien que celles-ci leur donnaient, et paraissent souvent alors d'un mauvais goût incroyable ; elles font en tout cas FelTet d'un vieil almanacli. Seul le véritable poêle ou penseur se tient au-dessus de telles influences. Schiller inéme avait examiné la Critique de Ja raison pure, et elle lui avait imposé le respect ; mais Shakespeare n'avait regardé que le monde. Aussi voyonsnous, dans tous ses drames, mais particulièrement dans

108 MÉTAPIIYSTOUE ET ESTHETIQUE

ceux relatifs à l'histoire d'Angleterre, les personnages mis habituellement en mouvement par les motifs de Tégoïsme ou de la méchanceté ; il y a peu d'exceptions, et elles ne sont pas très sensibles. Car il voulait montrer des hommes dans le miroir de la poésie, et non des caricatures morales; aussi chacun les reconnaît-il dans ce miroir, et ses œuvres vivent et vivront éternellement. Quant aux personnages du Don Carlos de Schiller, on peut assez nettement les partager en blancs et en noirs, en anges et en démons. Aujourd'hui déjà ils paraissent étranges. Que sera-ce dans cinquante ans !

Pour celui qui est capable de comprendre une chose cum grano salis, le rapport du génie à Thomme normal s'exprimerait peut-être le plus clairement de la façon suivante : un génie est un homme qui a un double intellect : l'un pour lui-même, au service de sa volonté, et l'autre pour le monde, dont il devient le miroir, en le concevant au point de vue purement objectif. La somme ou quintessence de cette conception sera rendue en œuvres d'art, de poésie ou de philosophie, après que le perfectionnement technique aura joué son rôle. L'homme normal, au contraire, ne possède que le premier intellect, qu'on peut nommer le subjectif, comme l'intellect génial est Vobjectif. Quoique cet intellect subjectif puisse être doué à des degrés très différents de perspicacité et de perfection, une gradation déterminée ne l'en sépare pas moins toujours du double intellect du génie. C'est à peu près ainsi que, si élevées que soient les notes de la voix de poitrine, elles diffèrent toujours essentiellement du fausset, qui est, comme les deux octaves supérieures de la flûte et les sons de flageolet du violon, l'unisson des deux moitiés de la colonne de vibration de l'air séparée par

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un uœud de corde sonore ; tandis (|ue, dans la voix de poitrine et les basses octaves de la fliUe, vibre seuleinentla colonne d'air tout enti^'re. Cela fait comprendre celte particularité spécilicjue du génie, (jui est ai visiblement imprimée dans les oîuvres et même sur la physionomie de celui (|ui le possède. De môme il est clair (ju'un tel double intellect doit faire le [)lus souvent obstacle au service de la volonté, ce (|ui explique le peu d'aptitude déjà signalée du génie pour la vie pratique. Il manque particulièrement à celui-ci la modération, qui caractérise Tintellect simple ordinaire, aiguisé ou obtus.

De même que le cerveau mène là haut, dans sa solide demeure bien administrée, une vie indépendante de parasite qui se nourrit aux dépens de l'organisme, sans contribuer directement à Téconomie intime de celui-ci, de même l'iiomme hautement doué intellectuellement mène encore, outre la vie intellectuelle commune à tous, une seconde vie purement intellectuelle qui consiste dans l'accroissement et la rectification perpétuels non de la simple volonté, mais de la connaissance et de Tintuition liées à celle-ci, et n'est pas impressionnée par la destinée de la personne, pourvu que cette destinée ne vienne pas à la troubler dans son activité' ; en même temps cette vie élève et met l'homme au-dessus de ladite destinée et de ses chances. Elle consiste à penser, apprendre, tenter et s'exercer constamment, et devient peu à peu l'existence principale, à laquelle l'existence personnelle se subordonne comme simple moyen pour atteindre le but. Un exemple de l'indépendance et de l'abstraction de cette vie intellectuelle nous est donné 'par Gœthe, qui, au

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milieu du LumuUe des champs de bataille, pendant la campagne de France, observe des phénomènes relatifs à sa théorie des couleurs, et qui, aussitôt qu'il lui est permis de faire un inst int trêve à la mi-ère infinie de cette campagne et de se reposer un peu dans la forteresse de Luxembourg, reprend son travail de rédaction. Il noiis a laissé ainsi un modèle que nous devons suivre, nous qui sommes le sel de la terre, en vaquant coni^tamment sans trouble à notre vie intellectuelle, quelque emportée dans la tourmente du monde que soit notre vie personnelle, en n'oubliant jamais que nous sommes les fils non de la servante, mais de la femme libre. Je propose de prendre pour notre emblème et notre blason domestique un arbre violemment agité par la tempête, qui n'en montre pas moins sur chaque branche ses fruits dorés. La devise sera: Dum convellor milescuiit^ , ou encore : Conqicassata, sed ferax-.

A cette vie purement intellectuelle de l'individu en répond une semblable de l'ensemble de l'humanité, dont la vie réelle repose également sur la volonté, aussi bien d'après sa signification empirique que sa signification transcendante. Cette vie purement intellectuelle de l'humanité consiste dans sa connaissance continue, grâce aux sciences, et dans le perfectionnement des arts : celles-là et ceux-ci s'avancent lentement pendant des âges et des siècles, et devant eux passent les générations isolées qui leur fournissent leur tribut. Cette vie intellectuelle plane, comme une adjonction éthérée, comme un parfum suave émanant de la fermentation, au-dessus de Tagi-

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