CHAPITRE III
De la Vie future et de la Libertés
Il me reste à examiner deux problèmes philosophiques qui, se rattachant plus étroitement que d'autres -à la question des rapports de Tâme et du corps, méritent bien quelques mots dans une séance consacrée à établir la ligne de démarcation entre la psychologie positive et la métaphysique. Je veux parler des problèmes de la vie future et de la liberté.
Il semble à première vue qu'ils soient tranchés d'emblée, dans un sens négatif, par le principe de parallélisme. Si, en effet, la vie psychique est constamment liée à certains phénomènes physico-chimiques de notre substance cérébrale, il paraît évident que d'une part cette vie psychique s'évanouira sans retour lorsque ces phénomènes cesseront définitivement, ce qui est le cas à la mort ; et que d'autre part,
tant que cette vie psychique dure, elle revêt forcément dans tous ses éléments le même caractère de nécessité inéluctable, de déterminisme absolu, que présentent les processus moléculaires correspondants, régis qu'ils sont par les lois inexorables de la mécanique. Le principe fondamental de la psychologie se trouverait donc apporter une solution catégorique de ces problèmes, et clore enfin l'ère des débats philosophiques sur ces points-là.
C'est bien ainsi que l'entendent un grand nombre de chauds partisans de la psychologie expérimentale. Il est même facile de deviner à travers leurs écrits qu'elle aurait beaucoup moins de charme à leurs yeux si elle ne leur paraissait pas ruiner par la base deux des principaux articles de la dogmatique abhorrée, sous le joug de laquelle la lourde main de l'Eglise a pendant tant de siècles courbé l'intelligence humaine. Que de chapitres de psychologie dite scientifique, positive, où le parti pris métaphysique perce presque à chaque pas entre les lignes, et dont le ton respire plus Vodium théologicum que la sereine indifférence de la science en matière de croyance philosophique !
Et pourtant c'est se méprendre sur la compétence de la Psychologie expérimentale, et du même coup compromettre son autorité en l'entraînant dans un domaine qui lui est étranger, que de vouloir lui arracher un verdict en ces graves matières. Aussi n'estil pas superflu de montrer qu'ici encore l'axiome d'hétérogénéité remplit son office protecteur contre toute exploitation abusive au profit d'une métaphysique
quelconque^ et lui assure, au milieu des luttes philosophiques, la neutralité nécessaire à son plein épanouissement comme science particulière.