‹ Métaphysique et psychologieChapitre 3 sur 15 · DE LA PREMIERE ÉDITION · texte numérisé non relu

DE LA PREMIERE ÉDITION

Cet opuscule renferme la seconde de deux conférences sur « TAme et le corps » faîtes en décembre 1888 dans la série annuelle des cours publics de l'Université de Genève.

Le but de ces séances était d'exposer sommairement quel est à notre époque Fesprit de la Psychologie. Il présente deux traits essentiels qui se rattachent à deux principes fondamentaux et tendent, par leur concours, à donner le caractère d'une science pro- ^ prement dite à l'étude, si longtemps reléguée dans le champ de la philosophie, de notre vie mentale et de ses lois.

En premier lieu, comme l'indiquent les épithètes de physiologique ei d^ expérimentale dont elle se pare

volontiers, la psychologie contemporaine cherche à se soumettre aux procédés rigoureux dUnvestigation auxquels les sciences physiques et naturelles doivent tous leurs progrès. Elle y arrive en vertu du principe de Concomitance ou de Parallélisme psychophysique, qui n'est que l'expression scientifique de Tétroite union existant entre Tâme. et le corps. Union grâce à laquelle l'âme se laisse atteindre non seulement immédiatement, par le sens intime, mais encore indirectement et du dehors, par l'entremise de l'organisme, ce qui double en quelque sorte et rend plus exacte la prise que l'on a sur elle.

Et secondement, la Psychologie s'efforce, à l'exemple toujours des sciences physiques et naturelles, de secouer le joug de la Métaphysique en bannissant de son domaine les querelles séculaires des philosophes. Cette tendance — qui a parfois inspiré des dénominations d'une saveur polémique accentuée, comme celles de psychologie positwe ou indépendante, psy^ chologie sans ama, etc., — s'appuie sur le principe de Dualisme psychophysique ou d'Hétérogénéité,, c'est-à-dire sur la complète opposition de nature des faits mentaux et des faits organiques. Opposition de-^ vant laquelle tous les systèmes se trouvent réduits à une égale impuissance, ce dont la psychologie profite pour revendiquer son autonomie vis-à-vis d'eux.

Des deux conférences ci-dessus mentionnées, la première était consacrée à montrer, par quelques exemples empruntés aux recherches les plus récentes des psychologues de divers pays, toute la fécondité du principe de Parallélisme, et la tournure inatten-

due de science expérimentale, de science à laboratoires, que la psychologie prend de nos jours. -^ Cet exposé ne mérite pas d'être reproduit ici, les faits qui pouvaient lui donner de l'attrait il y a dix-huit mois ayant maintenant perdu le mérite de la nouveauté. Du reste, dans son numéro de février 1889, là revue illustrée Le Monde de la Science et de l'Industrie a fait à cette séance l'honneur d'un résumé assez étendu, dont la majeure partie a passé de là dans La Nature du 3 août de la même année.

Le second discours en revanche, destiné surtout à marquer la séparation que le principe de Dualisme crée entre la science psychologique et les opinions métaphysiques, peut encore offrir quelque intérêt. Non pas sans doute aux savants ou philosophes de profession, qui n'y trouveront rien de bien original, rien qu'ils n'aient déjà rencontré dans les écrits, de genres d'ailleurs si différents, de MM. Wundt, Renouvier, W. James, du Bois-Reymond et Ch. Secretan, — pour ne citer que ceux, parmi les vivants, à qui j'ai le sentiment d'avoir de beaucoup le plus d'obligations intellectuelles. Mais aux amateurs et aux étudiants que ces questions intéressent, et qui aiment à s'y arrêter parfois sans avoir pourtant le loisir ni le courage de les aborder dans les ouvrages spéciaux, les pages suivantes seront peut-être d'une certaine utilité en traçant un canevas à leurs méditations. C'est pour eux que j'ai rédigé cette conférence et l'ai complétée soit par des paragraphes qui avaient figuré au début de la première séance (tout le chapitre 1®*" de la présente brochure), soit par des citations et

notes additionnelles relatives à quelques-uns des sujets traités.

Puissent seulement les lecteurs chercher dans ce petit travail moins des idées toutes faites qu'un stimulant à penser et à réfléchir par eux-mêmes ! Car c'est bien en ces matières que le mot connu de Vinet est à sa place : « La vérité, sans la recherche de la vérité, n'est que la moitié de la vérité, » tout au plus.

Florissant, près Genève, 20 juin 1890.

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