‹ Métaphysique et psychologieChapitre 5 sur 15 · De la valeur et de l'étendue du Principe · texte numérisé non relu

De la valeur et de l'étendue du Principe

de Parallélisme.

Avant de passer aux problèmes proprement métaphysiques et de montrer comment la psychologie les rejette de son sein en vertu de son principe fondamental, il n'est pas hors de propos d'écarter une objection, et de prévenir une erreur, auxquelles l'énoncé de ce principe peut facilement donner nais-

sance.

L'objection se présente d'elle-même : c'est que rien ne démontre la vérité universelle de ce prétendu principe, rien ne prouve que tout état ou acte spirituel soit constamment accompagné d'une modification corporelle correspondante. — « Qu'il y ait, dira-t-on, une union générale, en gros, entre l'âme et le corps, soit. Mais comment pouvez-vous affirmer que tout phénomène mental, sans exception, possède un corrélatif physique défini, sans lequel il ne pourrait avoir lieu. Sans doute, nous ne savons que trop, par une expérience journalière souvent humiliante, combien notre vie psychique dépend de l'état de notre organisme et lui est intimement liée ; mais cela ne justifie pas la conclusion sans réserve que vous prétendez en tirer. De quel droit élevez-vous donc à la hauteur d'un principe absolu ce qui n'est après tout que le résultat d'un nombre restreint d'observations ? Les faits réellement constatés ne donnent pas ni ne sauraient donner cette universalité que vous attribuez à la relation du physique et du moral ; et nous ne voyons point pourquoi l'âme ne pourrait pas être parfois le siège d'idées, de sentiments, de. résolutions, où le corps n'aurait rien à voir. »

A cette objection il n'y a pas de réponse péremptoire. Rien, il faut l'avouer, n'autorise logiquement cette thèse sans restriction que tous les faits psychiques ont une contre-partie organique. Ni le raisonnement seul ni l'expérience brute ne garantissent une telle affirmation. Car il est clair qu'il n'est pas pos-^

sible de vérifier expérimentalement si chez tout homme, et pendant tout le cours de sa vie, les phénomènes de conscience sont liés à des modifications correspondantes du système nerveux ; et il n'y a non plus aucune contradiction en soi à supposer que certains événements de notre vie psychique aient lieu indé» pendamment de toute participation du corps. L'âme pourrait fort bien, comme l'admettent généralement les philosophes spiritualistes, avoir ses moments d'indépendance. Etroitement liée à l'organisme dans la sphère inférieure des sensations, des instincts, des représentations, — obligée encore de recourir à lui pour manifester au dehors les décisions de sa volonté, — il n'y aurait rien d'absurde à ce qu'entre deux du moins, dans les régions élevées de la pensée abstraite, des sentiments esthétiques ou moraux, des aspirations religieuses et des luttes de la conscience, elle possédât une activité propre, une vie détachée du fonctionnement des centres nerveux. A moins d'être l'esclave d'une opinion préconçue, on reconnaîtra que la possibilité d'un exercice purement spirituel des facultés intellectuelles et morales, sans aucune inter^ vention du corps, n'est réfutable ni par les faits tels quels, ni par le raisonnement pur.

Mais il ne faut pas oublier que dans le domaine scientifique le raisonnement pur et les faits tels quels ne sont pas tout. A la base de nos sciences les plus solides et les plus indiscutées il y a des principes auxquels on pourrait adresser le même reproche qu'à celui de concomitance, et qui cependant sont universellement admis. C'est qu'au fond ils figurent là

non point à litre d'axiomes d'une évidence logique irréfragable, ou de vérités adéquates aux données sensibles, mais bien plutôt comme règles de conduite dont le savant ne doit jamais se départir au cours de ses investigations, comme fil d'Ariane servant à diriger ses pas à travers le labyrinthe obscur des faits. L'utilité pratique leur tient lieu de démonstration rigoureuse. Si le logicien à cheval sur le syllogisme a peut-être beau jeu pour les critiquer, le chercheur aux prises avec la réalité hausse les épaules devant ces attaques et tient ferme à ces principes, parce que les ayant vus à l'œuvre, et les sachant indispensables, il respecte en eux les conditions suprêmes de la science et les instruments nécessaires de toute marche en avant dans la connaissance positive.

Rappelez-vous, par exemple, le rôle et l'histoire du Principe d'inertie en mécanique, ou du Principe de la conservation de l'énergie dans la physique actuelle. Quelle nécessité y a-t-il pour la pensée logique à ce qu'un corps ne puisse modifier par lui-même son état de mouvement ? Aucune, et jusqu'à la naissance des sciences, il y a moins de trois siècles, on a généralement admis que les projectiles tendaient d'euxmêmes, par nature, à s'arrêter. C'est bien aussi ce que nos sens nous montrent journellement; les corps, billes, wagons, pendules, auxquels on a imprimé un mouvement ne tardent pas, une fois abandonnés à eux-mêmes, à ralentir leur vitesse et à retomber plus ou moins promptement dans l'immobilité. — Mais voilà : un grand génie, n'importe ici son nom.

s'avise un beau jour que l'idée de l'inertie de la matière, quoique peu conforme aux faits apparents, serait plus féconde pour l'intelligence de la nature, plus puissante à guider l'esprit dai^s l'analyse des phénomènes physiques, que les conceptions traditionnelles appuyées de l'autorité d'Aristote. 11 essaie, il réussit, — et le principe d'inertie est né ; mais il faudra qu'il fasse ses preuves pendant trois quarts de siècle encore, avant que les sciences physiques le reconnaissent officiellement, par l'intermédiaire de Newton, pour une de ces lois fondamentales dont il leur est désormais interdit de s'écarter.

11 serait facile de montrer que le principe de la conservation de l'énergie, et d'autres, ont une histoire analogue. Ces grandes idées ne jouent pas d'emblée le rôle de piliers inébranlables dé la connaissance positive. Elles n'arrivent que peu à peu à cette dignité, et c'est tout prosaïquement le succès qui la leur confère. D'abord simples conjectures, elles gagnent la confiance des savants par la clarté dont elles illuminent le chaos des phénomènes, la simplicité qu'elles introduisent dans la coordination des faits. Elles passent ainsi au rang de vérités que toutes les expériences tendent à confirmer ; puis elles ne tardent pas à s'élever plus haut, à revêtir une autorité supérieure aux lois inductives ordinaires, et supérieure, on peut le dire, aux faits eux-mêmes. Car un instant arrive, à partir duquel les faits observés, quels qu'ils soient, ne pourront plus leur donner tort. Une expérience, par exemple, dans laquelle on verrait une certaine quantité d'énergie disparaître sans qu'il

fût possible de découvrir ce qu'elle est devenue, ou le mouvement d'un corps diminuer en l'absence de toute résistance, ne serait pas considérée aujourd'hui comme un démenti infligé aux principes de la conservation ou de l'inertie ; on préférerait se rabattre toujours sur la faiblesse humaine, et supposer soit la présence de quelque erreur d'observation inaperçue jusqu'ici — soit, qui sait ? l'existence de modes d'énergie ou de milieux résistants encore inconnus et échappant à nos moyens actuels d'investigation, — plutôt que d'élever le moindre doute sur la validité des principes eux-mêmes.

Eh bien, il me semble que c'est précisément le rôle auquel peut prétendre aujourd'hui le principe de concomitance dans la science psychologique. Lui aussi est né au cours de l'expérience, car c'est elle qui nous apprend, par exemple, que l'activité intellectuelle est accompagnée d'une production de chaleur dans le cerveau, et les émotions d'un retentissement plus ou moins marqué dans tout l'organisme. Mais il a déjà dépassé le niveau des simples vérités empiriques et acquis la valeur d'un principe, d'un axiome fondamental, constitutif, de la psychologie. Il y a peut-être beaucoup de phénomènes de conscience dont on ne réussira jamais à déterminer les conditions physiologiques précises. Mais s'autoriser de cet insuccès pour admettre qu'ils n'en ont pas du tout, ce serait pécher contre l'idée maîtresse de la psychologie expérimentale et lui tracer gratuitement des limites. Pour une science arrivée à un certain degré de développement, c'est se condamner à l'inac-

tion, se suicider, que de mettre en doute les suppositions auxquelles elle doit ses progrès antérieurs et qui ont été le ressort inconscient de sa vie.

Voilà pourquoi, dans le domaine de la psychologie scientifique, le principe de concomitance doit être admis sans réserve. Si certains côtés ou éléments de notre vie mentale paraissent se soustraire à son autorité, le psychologue n'en conclura point qu'ils le font réellement, mais seulement que sa science est encore trop rudimentaire pour assigner leurs corrélatifs physiologiques, et il ne verra dans ces lacunes qu'un stimulant à pousser plus loin ses recherches. Et quand au bout du compte il se tromperait, quand en réalité la vie psychique serait par moments isolée de celle de l'organisme, — quel dommage résulterait-il d'avoir admis le contraire ? Qu'on relise dans La Fontaine la fable bien connue du prétendu trésor caché : il y a plus de profit à retourner consciencieusement son champ dans une poursuite chimérique qu'à le laisser en friche sous prétexte qu'on n'y trouvera rien. Mieux vaut, pour la psychologie, supposer entre l'âme et le corps plus de points d'attache qu'il n'en existe, quitte à chercher peut-être une fois en pure perte, que d'en admettre d'emblée trop peu et rester en deçà de ce qu'on aurait pu atteindre. Défions-nous toujours, dans les sciences, des maximes de « philosophie paresseuse ».

Hâtons-nous d'ailleurs de le reconnaître : c'est moins de paresse que de scrupules moraux déplacés, qu'il faut accuser les spiritualistes enclins à restreindre le principe de concomitance au profit d'états

ou d'actes purement psychiques. C'est parce que la vie supérieure de l'âme leur semble perdre de sa valeur propre à ce contact trop intime avec les phénomènes organiques, qu'ils voudraient l'en affranchir. La responsabilité morale, la possibilité d'une existence future, les convictions religieuses et toute doctrine autre que le matérialisme, leur semblent succomber fatalement dans cette étroite liaison de l'esprit et du corps; et c'est pour sauvegarder ces intérêts suprêmes de la conscience humaine que le spiritualisme s'est souvent montré récalcitrant devant l'affirmation d'un parallélisme psychophysique constant. Mais ces craintes honorables ne sont point légitimes, — pas plus d'ailleurs que la satisfaction avec laquelle les dogmatistes de l'école opposée croient pouvoir tirer de ce même parallélisme une démonstration scientifique de leurs croyances maté-^ rialistes. Ces sentiments contraires proviennent précisément de ce qu'on prête à un principe d'investigation une portée philosophique qu'il ne possède pas ; ils perdent toute raison d'être sitôt qu'on se rappelle l'abîme qui sépare la science, condamnée au relatif, et la métaphysique ayant l'absolu pour objet. En affirmant que, dans le champ de notre expérience, il faut regarder les phénomènes psychiques comme toujours associés à des phénomènes physiques, le savant ne préjuge en rien la nature intime de cette association, ni même la réalité absolue de ces deux ordres de faits. En d'autres termes, pour ce qui concerne V essence de la matière, de l'esprit, et de leurs rapports, le principe scientifique de conco-

mitance laisse libre carrière à toutes les hypothèses métaphysiques, et ne reçoit d'éclaircissement d'aucune, comme nous le verrons tout à l'heure. Il ne saurait en conséquence pas plus donner de l'ombrage aux opinions spiritualistes que fournir un appui à la thèse matérialiste, et vice versa ; de sorte que le souci des intérêts moraux de l'humanité (où que ce soit qu'on les place) ne doit retenir personne de l'adopter dans toute son étendue.

Si l'on ne doit pas imposer de restriction au principe de parallélisme tel que nous l'avons énoncé, il faut éviter également l'erreur inverse, et bien se garder d'une généralisation imprudente qui consisterait à le retourner « par conversion simple » comme disent les logiciens, en posant que tout phénomène physique a un concomitant psychique déterminé. On sortirait par là des limites de la science positive, et l'on entrerait en pleine métaphysique.

Il est sans doute possible que tout événement matériel ait une doublure mentale ; mais qu'en savonsnous, et quel gain nos sciences retireraient-elles d'une pareille supposition ?Nous ne pouvons, passezmoi l'expression, nous mettre dans la peau d'un arbre, d'une pierre qui tombe, de ce candélabre, — pas même dans celle de nos semblables ! — pour constater s'ils éprouvent quelque chose, s'ils sont le théâtre d'événements psychiques à un degré quelconque. Et sans sortir de notre organisme, que de par-

ties^ que de fonctions, qui échappent souvent, sinon toujours, aux prises de notre conscience ! Supposer qu'elles sont néanmoins « conscientes » ; qu'à côté de mon moi, il y a dans mon corps d'autres moi plus ou moins obscurs ; que chaque centre nerveux, chaque cellule, chaque atome peut-être, a le sien ; que la <;onscience en général va dans l'univers aussi loin que la vie, et la vie aussi loin que la matière, — c'est intéressant, joli, soutenable, et soutenu par beaucoup d'esprits distingués. Mais la faveur dont jouissent actuellement ces vues philosophiques ne fait pas que la science expérimentale ait rien de commun avec elles, ni le moindre profit à en attendre ; et ce serait faire métier de dupe que de transformer de telles hypothèses en principe d'investigation scientifique. En effet, si nous avons admis, il y a un moment, à titre de maxime directrice de toute recherche psychologique, que le physique accompagne le moral plus loin que l'expérience directe ne semble l'indiquer, qu'il l'accompagne partout, — c'est que cette supposition est indipensable au progrès de nos connaissances, puisque ce n'est que par cette liaison que le mental devient accessible à l'expérimentation, à la mesure, à la science. Mais à quoi bon supposer l'inverse ? Les phénomènes physiologiques, physico-chimiques, mécaniques, n'ont pas besoin, pour être connus et mesurés, qu'on leur suppose une face psychique ; bien au contraire, cette adjonction serait les charger d'un boulet fatal. La conscience est bien trop embarrassante à rattacher aux phénomènes de mouvement pour qu'on aille, a priori et de gaîté de cœur.

obliger le savant à la supposer partout. C'est assez pour lui de la reconnaître quand il ne peut faire autrement, c'est-à-dire là où elle s'impose soit à Tobservation directe, en nous-mêmes ; soit en vertu d'un inévitable raisonnement d'induction, chez nos semblables, chez les animaux... Si, de fil en aiguille, entraînés par une analogie décroissante mais continue, nous sommes contraints d'en admettre la présence réelle ou virtuelle jusque dans la matière inorganique, ce sera toujours assez tôt pour nous occuper de concilier cela avec les autres propriétés de la matière ; mais ce n'est pas d'emblée, sous forme d'un principe universel, qu'il convient d'énoncer ce qui n'est que le résultat d'une induction plus ou moins aventureuse.

On peut dire en résumé que le principe de parallélisme, fondement de la Psychologie expérimentale, suppose sous tout phénomène de conscience un corrélatif physiologique, parce que la psychologie, pour devenir une science positive, doit devenir autant que possible physiologique.

Mais il ne suppose point que tout phénomène physiologique ait un corrélatif psychique, parce que la Physiologie, elle, n'est aucunement tenue, ni même intéressée, à devenir psychologique. Son progrès consiste bien au contraire à se rapprocher des sciences physico-chimiques ; et son idéal, comme celui de ces dernières, serait de n'être plus en définitive qu'une branche de la mécanique.

3. De l'Âxiome d'Hétérogénéité ou Principe de Dualisme psychophysique.

Abordons maintenant le point essentiel de notre étude, le rôle de garde-fou que le principe de la psychologie expérimentale doit jouer à l'égard de cette science le long des abîmes de la métaphysique.

Toutes les sciences en rencontrent à leurs débuts, de ces précipices capables d'arrêter pour toujours leur marche si elles voulaient commencer par les combler ou simplement en mesurer la profondeur. Car c'est le propre de nos notions fondamentales, qui sont le point de départ obligé et comme la matière première de tout travail scientifique, de n'offrir qu'un tissu de contradictions lorsqu'on les regarde d'un peu près, et de jeter dans d'inextricables difficultés l'esprit qui entreprend de les analyser. Aussi l'expérience a-t-elle montré que le seul moyen de salut pour une science qui veut vivre est de ne point s'attarder à contempler ces crevasses sans fond, mais de sauter lestement par dessus et d'aller de l'avant. Où en seraient la géométrie et la mécanique, par exemple, si pour énoncer le moindre théorème il leur avait fallu tirer au clair la nature véritable de l'Espace, du Nombre, du Temps ! Où serait le calcul infinitésimal et avec lui une belle portion de nos ma-

chines et de notre industrie, si avant de l'adopter on avait dû attendre la réfutation de toutes les objections faites aux « infiniment petits » ! Et que serait-il advenu des sciences physiques et naturelles si Ton eût exigé des savants qu'ils se missent au préalable d'accord sur l'essence véritable de la Matière et de la Force, sur la nature ou l'origine de la Vie !

C'est en grande partie pour s'être amusés à creuser des problèmes de ce genre que ni l'antiquité ni le moyen âge n'ont fondé de sciences durables, en dehors de quelques branches des mathématiques. La connaissance positive de la nature n'a commencé que le jour où les chercheurs ont pris le parti d'abandonner aux philosophes l'honneur de scruter le dernier fond des choses et des idées, pour s'en tenir modestement à la couche, superficielle mais moins périlleuse, des phénomènes observables.

La psychologie se trouve dans le même cas que ses sœurs aînées. Son terrain est, peut-être plus encore que le leur, coupé de fondrières métaphysiques ; car à tous les problèmes que soulèvent d'une part les notions de matière et de vie, et de l'autre celle d'esprit ou conscience, vient s'ajouter ici une énigme spéciale qui combine les précédentes, — celle de l'union de l'âme et du corps, du commerce et de l'action réciproques de ces deux moitiés de notre être.

Comment deux choses aussi opposées que l'esprit et la matière, le physique et le moral, peuvent-elles se trouver en relation et influer l'une sur l'autre ?

C'est ce que personne n'a encore expliqué, et les plus subtils penseurs ont inutilement dépensé toutes les ressources de leur génie à la solution de cet irritant* problème. Qu'aujourd'hui la philosophie continue à le sonder, c'est son métier. Mais si la psychologie cédait à cette tentation, c'en serait fait pour elle de tout progrès. Elle ne peut avancer, subsister même en tant que science, qu'à la condition expresse de passer tout droit, sans plus s'inquiéter de ce mystère que s'il n'existait pas. Mais on comprend qu'il ne soit point aisé d'emblée d'ignorer ainsi un point d'interrogation qui se pose à chaque p^s. C'est un pli à prendre, il y faut du temps. Aussi est-il bon qu'en attendant de s'y être habituée la science naissante trouve dans son principe fondamental lui-même un incessant rappel à l'ordre, et Tavertissement d'avoir à tourner résolument le dos à la métaphysique.

Cet avertissement est déjà contenu dans les termes mêmes de concomitance, accompagnement, parallé- Usme et autres équivalents souvent employés pour désigner le principe qui nous occupe. De même que deux lignes parallèles ou deux personnes qui se promènent ensemble restent distinctes et séparées, et poursuivent leur marche de compagnie sans se confondre ni se rencontrer, de même aux yeux de la psychologie expérimentale la série des faits psychiques et la série des événements physiologiques, en se déroulant côte à côte, restent toujours différentes, distinctes, sans points de contact, sans influence mutuelle concevable. Elles sont simultanées, c'est-à-dire ont un rapport de temps, mais c'est tout ; aucun rap-

port saisissable d'action ni de nature, — elles sont hétérogènes.

Il y a avantage, pour mieux mettre en relief ce corollaire si important du principe de parallélisme, à le formuler à part, comme une vérité indépendante, sous le nom d'Axiome d'Hétérogénéité ou Principe de Dualisme : Le corps et l'esprit, la conscience et le mouvement moléculaire cérébral, le fait psychique et le fait physique, tout en étant simultanés, sont hétérogènes, disparates, irréductibles, obstinément

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