‹ MétaponteChapitre 2 sur 18 · TOPOGRAPHIE · texte numérisé non relu

TOPOGRAPHIE

Le territoire de Métaponte était borné à l'occident par les montagnes Lucaniennes, dont les rapides défilés s'abaissent insensiblement depuis Monte Scaglïoso jusqu'à San Salvadore. De ces vallées nombreuses , dirigées de l'Apennin vers la mer, coulent deux rivières; le Basiento profond et paisible traçait la limite la plus méridionale de la république Métapontine ; le Bradano 1 suivant au nord une route presque

parallèle , se précipitait fangeux et rapide , à travers mie gorge désolée , tombait en nappes d'une médiocre hauteur , puis , répandant sur la plaine son cours irrégulier , dormait dans des marais , ou tourbillonnait dans sa rive escarpée. A l'est , le beau golfe de Tarente formait une plage droite, et n'offrait d'asyle aux vaisseaux que dans un port circulaire agrandi par la main des hommes. Ce port s'appelle maintenant Lago di Santa Pelagina : un banc de sable en a comblé l'entrée ; mais il suffisait autrefois pour abriter les galères des Grecs.

Entre la baie et le cours des deux rivières, Métaponte était assise au milieu dune vaste plaine d'une richesse inconnue dans nos climats. Aussi l'agriculture y fut divinisée de bonne heure. Un culte monétaire lui était même consacré.

L'enceinte des murailles et le théâtre que Pausanias avait encore* vus debout , n'existent plus. Ce qui restait de c es antiques constructions aura servi à bâtir la forteresse gothique de Torre di Mare ; mais les édifices particuliers, rasés avec le sol, ont laissé, à peu de profondeur, de nombreuses fondations avec des tronçons de colonnes cannelées d'une proportion délicate : chaque jour on en extrait quelques fragmens pour réparer les masseries du voisinage. Çà et là sont épars des morceaux d'antéfixes en terre cuite peinte et sculptée ; on a même découvert un buste de marbre mutilé, annonçant un beau travail, peut-être antérieur à Phidias, et portant les caractères dun therme de Bacchus Indien.

A gauche de la route qui conduit de Torre di Mare à Tarente , existait un vaste monument : ses décombres entassées attestent une ruine aussi entière que rapide : les débordemens du Bradano en ont enseveli la plus grande partie sous une épaisse couche de limon solide, d'où sortent quelques fûts de colonnes et plusieurs chapiteaux doriques de grande dimension, mais complettement méconnaissables. Presqua la surface du sol, se trouvent un grand nombre de débris de moulures , des oves , des grecques , des méandres , des têtes de lion ayant servi de gouttières, et moulées, avec le cheneau orné de pal-

mettes, le tout en terre cuite diversement coloriée; enfin de petits antéfixes comme ceux dont nous avons déjà parlé.

La direction des ruines est de l'ouest à l'est; leur nom, Chiesa di Sansone, image peu historique, mais expressive, de la confusion qui a dû être produite par une chute instantanée. Tout fait présumer que ce fut un temple; des fouilles considérables fourniraient sur ce sujet des indices plus certains. On y pourrait découvrir des métopes dont il n'existe qu'un morceau sans importance ; c'est un pied en calcaire tendre, provenant d'une figure d'environ un mètre ^5 cent, de proportion, d'un travail ancien comme les bas-reliefs de Sélinonte. La pierre dont il est sculpté s'extrait des montagnes voisines. Les frontons n'ont pas encore été retrouvés, soit qu'ils demeurent plus profondément enfoncés à cause de la pesanteur de leur chute, soit qu'ils aient offert aux destructeurs du moyen âge des matériaux convenables pour les fortifications dont ils ont couvert la côte de l'Italie.

Au-delà de la route de Tarente sont plusieurs tombeaux ouverts et sans importance.

Au nord-ouest de Métaponte , en remontant la rive droite du Bradano , on voit , sur une colline couverte de lentisques , un temple dont quinze colonnes doriques sont encore debout avec une partie de l'architrave. Les murs de- la cella sont enlevés; les pierres du pavé ont été arrachées, même entre les bases des colonnes. Cette architecture est d'un style plus grêle que celui de l'autre monument; les chapiteaux sont plus aplatis. La pierre est toute semblable; c'est un calcaire très grossier, propre à recevoir les stucs. Le nom moderne de l'édifice est Tavola deipaladini. On pourrait y entreprendre quelques travaux à l'extérieur seulement, où sont enfouis quelques morceaux de méandres en terre cuite , exactement pareils à ceux du premier temple.

Un puits circulaire entre la Chiesa di Sansone et Torre di Mare est la dernière antiquité que l'on observe dans la plaine.

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