TEMPS HEROÏQUES
Les premières traditions sur l'origine de Métaponte sont couvertes d'un voile de fables religieuses qui , sans mériter aucune confiance pour les faits quelles rapportent, offrent la matière d investigations curieuses, en rattachant l'histoire des temps héroïques à des documens certains et à des monumens qui subsistent encore. \
J'exposerai, d'abord, ces mythes tels que les anciens nous les ont laissés; je ferai connaître ensuite quel parti l'on peut en tirer pour arriver à la vérification des écrivains par une comparaison simple et facile.
Antiochus de Syracuse raconte que Métaponte s'appelait autrefois Métabus, et que Mélanippe s'y réfugia avec son fils Bœotus , chez Dius et non chez Métabus. Ephorus affirme, au contraire, que Daulius, tyran de Crissa près de Delphes, fut le véritable fondateur de Métaponte. 1
1 Strab. Géog., lib. VI, p. a65.
Cette narration est beaucoup plus développée par Diodore. Arné , dit-il, ou Mélanippe, fille d'Eole , fut aimée de Neptune et devint enceinte. Eole irrité la livra à un Métapontin qui remmena dans son pays. Là, elle mit au monde deux fils, ^Eolus et Bœotus, que le Métapontin adopta généreusement. Ceux-ci, parvenus à l'adolescence, s'emparèrent du pouvoir à la faveur d'une sédition. Mais, une dissention s'étant élevée entre leur mère et Autolyte, femme de leur bienfaiteur, ils tuèrent Autolyte, et, pour éviter la colère du Métapontin, s'embarquèrent avec Mélanippe et leurs amis. 1
Ce que nous connaissons de la Mélanippe d'Euripide s'accorde assez avec la fable d'Hygin dont nous rapportons ici les principaux détails. 2
Mélanippe , fille de Desmontes ou d'Eole . eut deux fils de Neptune. Aussitôt Desmontes fit crever les yeux de sa fille , l'enferma dans une forteresse , et abandonna ses enfans aux bêtes féroces. Allaités par une vache et recueillis par des bergers, les nouveau-nés échappèrent à la mort Cependant Métapontus -, roi d'Icarie , n'avait pas de postérité de sa femme Théano. La reine, craignant d'être répudiée, apaisa l'impatience de son époux en lui présentant les deux enfans comme ses propres fils. Plus tard Théano en eut véritablement deux autres , et , jalouse pour eux de l'affection que Métapontus témoignait aux premiers, elle attendit avec impatience l'occasion de satisfaire sa haine. Profitant d'un sacrifice que le roi allait offrir à Diane Métapontine , elle découvrit à ses deux fils leurs véritables ennemis , et les excita à s'en défaire pendant une partie de chasse. Attaqués à l'improviste , mais défendus par Neptune lui-même, les fils de Mélanippe immolèrent les assaillans et se retirèrent chez les bergers auxquels ils devaient la vie. Neptune alors se fit connaître à eux, leur indiqua leur origine, et la prison de leur mère ; ils coururent l'en délivrer et firent périr Desmontes. Neptune rendit la vue à la captive , que ses fils conduisirent chez Métapontus.
* Diod. Sicul. lib. IV, c. 67.
» Euripid. ap. Dionys. Halic. Rhetoric. cap. vm, 10; cap. ix, 11.
Le roi , informé des perfidies de Théano, épousa Mélanippe et adopta ses enfans. 1
D'autres historiens attribuent l'origine de Métaponte à une émigration plus récente. Ils rapportent qu'au retour du siège de Troie , une tempête sépara de Nestor une partie de sa flotte, et que des guerriers de Pylos ou de Pise vinrent en Italie jeter les fondations d'une ville qui porta d'abord le nom de Métabus, puis celui de Métaponte. 2
Epeus, fils de Panopeus, fut un des chefs de cette expédition. On montrait près de Métaponte ? dans le temple de Minerve hellénienne, les instrumens avec lesquels ce héros construisit le fameux cheval de bois. 3
De tels récits ne seraient d'aucun poids en les considérant seulement dans leur sens positif : on n'y verrait qu'une fiction puérile répétée sous une forme presque pareille. Si, au contraire, on remarque cette parité comme n'étant pas fortuite, et si l'on examine quels rapports évidens le mythe peut avoir avec l'histoire de Métaponte , on y pourra puiser des lumières inattendues.
En effet, les relations de Métaponte avec Pylos sont certaines, puisque les Métapontins célébraient, chaque année, des fêtes funèbres en Fhonneur des Néléides £ Or, Nélée était petit-fils d'Eole par sa mère Tyro, fille de Salmonée. Tyro eut, comme Arné et Mélanippe, deux fils de Neptune, Nélée et Pélias; le dieu la séduisit dans l'Enipée qui se réunit à l'Alphée. Voilà donc trois filles d'Eole , toutes aimées de Neptune, toutes enfantant deux jumeaux dont la naissance cause le malheur de leur mère. A partir de ce point, la triple fable se suit avec une conformité très remarquable.
Observons maintenant que le pouvoir des Néléides s'étendait, suivant le catalogue des vaisseaux, sur toute la région de la Triphylie jusqu'au mont Lycée, à l'OEchalie de Messénie et au cours de l'Alphée. Dans
1 Hygin, fab. ]86. 3
' VeU. Patercul. lib. I, c. h Strab Geo£ lib V n o t T u \ * * de atW aUSCuIt' P- 1161
1K VT ^ g' ' P' 222 et Lycophr. Cassandr. v. q5o.
' F q 4 Strab. lib. VI, p. 264.
ce fleuve se jette la rivière Achéloùs, qui prend sa source au Mont- Lycée et passe sous Trapezonte % à travers une contrée soumise aux lois de Nestor, selon le témoignage d'Homère \ Une monnaie fort ancienne de Métaponte nous offre précisément un fleuve à tête humaine cornue, appuyé sur un roseau et faisant une libation au-dessus d'un dauphin. Autour est écrit : axeaoio aoaon. C'est ici, probablement, PAchéloùs d'Elide et non celui d'Etolie, puisque les Pyliens fondateurs de Métaponte avaient un fleuve de ce nom. Ce témoignage si authentique confirme le passage de Strabon cité plus haut.
L'émigration d'Epéus n'a rien d'invraisemblable. Il se pourrait, pourtant , que les Crisséens de Métaponte eussent aimé à relever leur origine en l'attribuant à ce héros. Epéus était, comme Nestor, descendant d'Eole ; mais il venait de la Phocide. 3
Un monument héroïque, érigé par les Métapontins en l'honneur de Métabus, atteste l'existence de ce fondateur, qu'Eustathe appelle Métapontus, fils de Sisyphe et petit-fils d'Eole : les barbares prononçaient son nom, Métabus. 4
Les Métapontins avaient leur trésor à Olympie : ils y consacrèrent une statue d'Endymion ; chose fort explicable , puisque , tirant leur origine de l'Elide, ils en comptaient le premier roi parmi les héros qu'ils vénéraient. 5
De toutes ces réflexions nous devons inférer que les premières colonies de Métaponte sont fort anciennes , quelles partirent de l'Elide et des confins de l'Arcadie et de la Phocide; enfin, qu'elles portèrent avec elles le culte Pélasgique d'Arcadie , voilé sous les symboles vulgaires qui le rattachaient aux annales incertaines de leurs aïeux.
Pausan. lib. VIII, C. 38. PpaiWepaç Tuy^miovra -rr,ç âvaywyvïç , ùlùcQcti èv râ toitw (Juvap'vov Ix-
3 lliad. lib. II, V. 5g t et seq. wXtûffar o'Ocv EAAHNIAS A0HNA2 va îepo'v irpouotyopcueTai. »
Auctor de admir. auscult. p. 1161.
3 Le passage suivant contient des renseignemens curieux sur tia„ u- a i- '
r ° & 0U1 Hesychms confirme cette explication :
l'établissement d'Epéus en Italie, et sur l'étymologie du nom %£~.
SHetténienne donné à la Minerve de Métaponte : Lycophron appelle cette Minerve de Métaponte Mydienne
« Ucp\ Si -nîv îralîm ttid xoXoufiÉvvjv KaXaSpîav iyybç Mpcairêvrov ÀQr,-jàç iepôv 011 Myndienne; mais son scholiaste n'en donne aucune interpré-
eTvcti yotaiv Ellyvlaç hQa rà roîi Èirtt'oo liyavmv Ôpya-sa âvoaùcBai & eiç tov tation. CaSSandr. V. g5o.
Aoûptov r^ov liçotVey , besîvw t-^v lTCuvuf«'iiv imOeVroç. ï<w*ctÇôj«w yàp 4 Eustath. ad Dionys. Perieg. v. 368.
ayxw -rijv Aônvâv xarà tgv vrevov à£ioûv àvaStîvai rkopyma, xgù Sta toïto 5 PatlSan. lib. VI, C. 21.