‹ MétaponteChapitre 6 sur 18 · DÉCADENCE · texte numérisé non relu

DÉCADENCE

ET

Les Métapontins prospérèrent long-temps, grâce aux sages institutions de Pythagore et à la fertilité de leur territoire , qui leur procura d'assez grandes richesses pour consacrer à Delphes une image d'or de l'Eté '. Ils dédièrent, à Olympie, une statue de Jupiter tournée vers l'Orient, tenant d'une main son aigle, de l'autre un foudre, et la tête ceinte de fleurs

Strab. Geog. lib. VT, p. 264.

Le mot eipoç, dont Strabon fait usage, laisse ignorer si les Métapontins avaient dédié une statue de l'Eté, ou une gerbe d'or. J'inclinerais d'autant plus volontiers vers cette dernière explication, que nous ne connaissons pas, jusqu'ici, d'effigie

grecque de l'Eté, au lieu que sur les monnaies métapontines , la moisson, 0£'poÇ, est représentée par un ou deux épis, et quelquefois par plusieurs grains de blé. *

* Plutarque cite deux gerbes pareilles dédiées à Delphes par les «lies de Myrina et d'Apollonia. Il se sert aussi du mot ©s'po;. De Oracul. pyth.

412 avant notre ère.

3ï4 avant notre ère

printanni'ères. Aristonoûs l'Eginète en était l'auteur '. Leur trésor, établi dans la même ville, était orné d'un Endymion, tout en ivoire, excepté les vêtemens. a

Pendant la fameuse guerre de Sicile, les Athéniens recherchèrent l'alliance des Grecs Italiotes : assurés de celle des Tlmriens, leur colonie, ils reçurent des Métapontins trois cents archers auxiliaires et deux

trirèmes , pour accompagner l'expédition de Démosthène et d'Eurymédon. 3

Ce fut après les désastres des Athéniens , et vers la fin de la guerre du Péloponèse, que les Lucaniens commencèrent à inquiéter la grande Grèce. Depuis long-temps , Tarente contenait les peuplades sauvages qui bordaient la Messapie et l'Apulie. Mais le nombre et l'audace des barbares «'augmentant à-la-fois, et les discordes civiles ne laissant plus aux républiques grecques la faculté de combattre avec avantage , on adopta la fatale coutume d'appeler des généraux étrangers, pris 'd'abord dans les métropoles de chaque ville menacée , puis enfin , sans distinction, parmi les aventuriers qni pouvaient disposer d'nne faible armée. Alexandre le Molosse secourut les Tarentins contre leurs ennemis des montagnes; l'assistance du roi d'Epire, peu efficace pour la surete de ses alliés, prépara les Italiotes à recourir souvent aux défenseurs mercenaires. Les Métapontins firent un traité avec Alexandre; et, lorsqu'il eut succombé au combat de Pandosia, ils recueillirent ses restes mutilés , pour les envoyer à Thurium. ï

La liberté italiote touchait à sa ruine : toutes les cités, agitées par des factions contraires, ne respiraient que la sédition, et ne songeaient a lennenn, que s'il portait ses ravages jusqu'au pied de leurs remparts. Dans ces momens périlleux, les citoyens ne se souvenaient ni du eourage m de l'union de leurs pères. Les républiques voisines refusaient leuras.stanee^nne trouvait plus, ni généraux pour commander , ni soldats pour obéir. '

1 Pausan. lib. V, c. 22.

* Id. lib. VI, c. 21 3 Thucydid- VII, c. 33.

4 Justin, lib. XII, c. 2. T. Liv. lib. VIII, c. 24.

La confiance des Lucaniens croissait en proportion de l'irrésolution et de la pusillanimité des Grecs ; et trente ans après la mort d'Alexandre d'Epire, Cléonyme le Spartiate fut choisi pour protecteur par les Tarentins, qui n'ignoraient cependant pas combien son amitié pouvait leur devenir funeste. Vainqueur des barbares , il entra dans Métaponte comme un allié ; et s'y conduisit en despote. Il extorqua des habitans plus de six cents talens d'argent, en prenant pour otages deux cents jeunes filles, qui servirent plutôt à ses plaisirs qu'à garantir la fidélité de leurs concitoyens. Cléonyme, plongé dans les délices , passa en débauches tout le temps qu'il demeura à Métaponte : il fit peser le joug de la servitude sur ceux qui s'étaient abandonnés à sa foi.1

Agathocle et Pyrrhus continuèrent l'asservissement de la grande Grèce. En butte au mépris des nations dont ils descendaient , les Métapontins étaient considérés à Sparte comme des femmes sans courage : un apophthegme , cité par Plutarque, prouve jusqu'à quel point ils étaient avilis dans l'estime des peuples libres \ Les excès impunis de Cléonyme ne justifiaient que trop une telle humiliation. De la protection tyrannique des rois , Métaponte passa , sans résistance , sous la domination romaine , jusqu'au temps où Annibal envahit l'Italie. Des otages envoyés à Rome répondaient de la fidélité des villes grecques ; mais Philéas le Tarentin , ayant fait évader ceux de Thurium et de Métaponte , ils furent poursuivis > arrêtés dans leur fuite , condamnés à être battus de verges , et précipités. Excités à la vengeance par un si cruel traitement, les Métapontins attendaient que la garnison romaine, qui les retenait dans l'obéissance , eût été transportée à Tarente , alors assiégée par Annibal. Aussitôt , embrassant la cause de Carthage, ils ouvrirent leurs portes à l'armée punique. 3

Fabius Maximus ayant repris Tarente , Annibal vint s'établir pendant quelque temps à Métaponte. Pour attirer les Romains dans un piège 5 il envoya vers Fabius deux citoyens avec des lettres des principaux

Vers 3 02 avant notre ère.

216 ans avant notre ère.

1 Diod. Sicul. lib. XX, c. io4- • Plutarch. Apophthegm. Lacon.

5 T.Liv.lib. XXV, c. n et i5.

210 avant notre ère

habitans proposant au consul de lui livrer leur ville avec la garnison carthaginoise , s'il voulait leur promettre l'impunité et l'oubli du passé. Fabius, sans soupçonner leur sincérité, fixa le jour où il devait s'approcher de Métaponte , et leur donna des lettres qui furent remisés aux premiers citoyens et au général carthaginois.

Annibal s'applaudissait déjà du succès de sa ruse, et, au jour désigné, alla placer une embuscade aux environs de Métaponte; mais Fabius, arrêté par des auspices défavorables, était resté à Tarente, échappant, par la superstition, au danger qu'il n'avait su prévoir. Les Métapontins, renvoyés vers lui pour l'exhorter à ne plus différer, se rendirent suspects par leurs instances: la crainte de la question les força d'avouer leur perfidie ) et de déclarer le complot machiné par les ennemis. 1

Peu d'années après, la fortune avait changé de face. Pressé par des généraux habiles, dans un pays dont les habitans étaient fatigués de la guerre , Annibal reculait devant les armées romaines. Il campait aux environs de Métaponte, lorsque la tête d'Asdrubal, son frère , jetée dans ses retranchemens , lui apprit le triomphe des Romains au combat du Métaure. Rassemblant alors ses troupes, et résolu d'occuper le midi du Bruttium , il entraîna dans sa retraite tous les habitans de Métaponte , avec les Lucaniens qui étaient restés fidèles à son alliance. 2

Telle fut la fin d'une grande cité, célèbre par ses arts, ses lois et sa prospérité. Depuis Annibal jusqu'à nos jours, aucune habitation ne s'est élevée sur cette belle plaine , excepté des chaumières de laboureurs, et quelques tours, destinées autrefois à protéger la côte contre les descentes des barbaresques.

1 T. Liv. lib. XXVII c ifi

' °- Ib- ' T. Liv. lib. XXVII, c. 5i.

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